L’espoir renaît à Karo Kaliptis quartier difficile dans la banlieue nord de Port-Louis

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Longtemps considéré comme infréquentable, Karo Kaliptis voit se profiler à l’horizon une lueur d’espoir. Les travaux d’embellissement initiés par la National Empowerment Foundation donnent aux habitants de ce quartier une raison d’espérer.

La National Empowerment Foundation (NEF), sous l’égide du ministère de l’Intégration sociale, s’est lancée dans un vaste projet de relooking du lieu-dit Karo Kaliptis. Il s’agit d’un programme de nettoyage couplé d’un projet d’intégration sociale calqué sur celui du village intégré de La Valette. Outre la construction d’infrastructures publiques, la NEF se propose d’y ériger des maisons sur le même modèle que celles construites à La Valette.

«La campagne de nettoyage n’est que le début d’un plan de réaménagement qui comprend des aménités essentielles, comme le logement, l’eau, l’électricité, et un réseau routier asphalté et éclairé » précise le ministre de l’Intégration sociale, Xavier-Luc Duval.

Coincés entre Sainte-Croix et Roche-Bois, les habitants de ce quartier, qui ne jouit pas d’une bonne réputation, voient dans cette initiative une raison, un moyen, une chance d’imaginer une vie meilleure. Les travaux ont été officiellement lancés par Xavier-Luc Duval, le jeudi 30 juin. Les résidents s’en réjouissent et espèrent.

Pour la plupart, originaires de Rodrigues, ils sont venus à Maurice à la recherche d’un avenir meilleur. Mais, ils se sont retrouvés prisonniers de la misère. A Karo Kaliptis, une centaine de familles vivent dans des conditions les plus déplorables depuis de longues années. Abandonnées, en quelque sorte, par les autorités.

Aujourd’hui, ces familles croient voir une lumière au bout du tunnel avec l’annonce du projet intégré de la NEF. Cependant, suspendus aux promesses des politiques depuis plus d’une décennie, certains résidents attendent de voir la fin du projet pour se prononcer sur sa réussite éventuelle.

Louis Eddy Aublet, 52 ans, divorcé, vit uniquement d’une aide sociale. Il a un enfant à sa charge et ne cache pas, lui, son optimisme sur l’avenir de son «village» enclavé en région urbaine. Cela fait plus de quinze, maintenant, qu’il habite à Karo Kaliptis.

«Au début Karo Kaliptis était un grand terrain boisé avec quelques maisonnettes. Mais il a toujours eu une mauvaise image publique. Les gens croyaient que tous les habitants du quartier étaient des récidivistes. En fait, c’est absolument faux. La grosse majorité des résidents sont des pères et des mères de familles qui travaillent dure pour subvenir aux besoins de leur famille. C’est le manque de moyens financiers qui nous ont poussés à devenir des squatters», explique-t-il.

Il accueille avec satisfaction la décision de la NEF de faire d’intégrer son «village» dans le développement du pays.

«C’est une très bonne initiative. C’est un bon début. C’est un plus pour ces familles démunis, un coup de pouce important. Par ailleurs, offrir un environnement convivial changera peut-être l’image que le public a de notre village. Nous entendrons peut-être à l’avenir des bonnes nouvelles provenant de Karo Kaliptis», espère Eddy Aublet.

«Nous nous réjouissons que le gouvernement, à travers le ministre Xavier-Luc Duval, reconnaisse notre existence et nous apporte un soutien», estime, pour sa part, Gurtie Clifford, une autre résidente du quartier.

A 50 ans dont huit passés dans sa case en tôle à Karo Kaliptis, Gurtie Clifford ambitionne à des jours meilleurs pour ses enfants. Depuis la mort de son mari elle ne vit que de sa pension de veuve. Elle voit dans ce projet une porte de sortie pour la prochaine génération.

«Un environnement sain a toujours été la solution idéale pour aider les jeunes. En leur offrant un environnement plus agréable nous leur donnons en même temps les moyens de rêver. C’est ce qui va leur donner envie d’une meilleure qualité de vie», explique Gurtie Clifford.

Ah-Moy Ernest, une autre habitante de Karo Kaliptis est plus mésurée. «Certes nous avons l’espoir que nous allons pouvoir aspirer à un avenir tout court. Toutefois, il y eu tellement de promesses des politiques. Aujourd’hui je vois que le travail a commencé. Mais je préfère attendre qu’il soit terminé pour me prononcer sur sa réussite éventuelle», lâche Ah-Moy Ernest.

Pourtant, Ah-Moy est loin d’être un pessimiste. Elle s’investit beaucoup dans l’éducation de ses enfants. Les trois enfants de cette veuve de 38 ans sont scolarisés à plein temps. L’aînée prépare actuellement ses examens de Form V.

En ce qui concerne la réputation&nbsp de son quartier, elle est d’avis, comme ses voisines d’ailleurs, que ces sont les étrangers, certainement avec la complicité de certains voisins, qui en sont responsables. Cet endroit&nbsp était auparavant un petit bout de nature à l’état pure. « Une petite forêt» que les habitants avaient su conquérir sans trop endommager son aspect naturel, dit&nbsp Ah-Moy.

Puis sont venus des délinquants. Ils investissaient le quartier dès le crépuscule. «Nous avions nous même peur de sortir la nuit. Il y a beaucoup d’étrangers qui envahissent les lieux au coucher du soleil. Les terrains boisés étaient devenus des repères pour toutes sortes d’activités louches», renchérit Yolande Léopold, une voisine d’Ah Moy.

Cette femme de 64 ans est arrivée à Maurice, en 1975, avec son mari et ses deux enfants. Fuyant la misère et le chômage qui sévit dans leur île, la petite famille était convaincue que l’avenir de leurs enfants se trouvait à Maurice. Pendant 23 ans, mari et femme ont travaillé dur pour essayer de s’en sortir. Pendant que son mari écumait les mers à bord des bateaux de pêche, Yolande s’éreintait dans une usine&nbsp textile.

Pendant 23 ans ils ont essayé de s’en sortir. Jamais, pourtant, n’ont-ils&nbsp trouvé ce qu’ils étaient venus chercher à Maurice. La mort du père sonnera le glas pour cette petite famille qui survit avec des modestes revenus. Le loyer est devenu insoutenable pour cette femme, désormais seule à affronter la misère au quotidien.

Il y a treize ans, ne pouvant plus payer son loyer mensuellement, elle se retrouve avec deux de ses enfants à Karo Kaliptis. Tant bien que mal, elle arrive a y ériger une petite bicoque. Elle y vit toujours et rêve de finir sa vie dans cette maison dont elle a toujours rêvée. La sienne.

Le projet intégré de la NEF se veut également inclusive. En effet, la fondation a prévu de doter Karo Kaliptis d’un d’infrastructures tel un centre de loisir pour les jeunes ainsi qu’un espace de formation pour les femmes. Une crèche y sera également aménagée. L’objectif est de rendre les femmes de Karo Kaliptis autonome financièrement.&nbsp Elles seront initiées aux techniques de l’entreprenariat.

La sécurité économique des parents et de la famille, la scolarisation des enfants, l’harmonie sociale, et le respect du voisinage et de l’environnement seront parmi les critères que devront respecter les résidents pour continuer à bénéficier du soutien de la NEF. Un ambitieux programme.

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