Khalil Elahee : «La gestion des déchets, c’est plus que d’entendre la voix de Joël de Rosnay»

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Le Dr Khalil Elahee, chargé de cours du département d’Ingénierie de l’Université de Maurice, collaborateur actif au projet Maurice Ile Durable (MID), partage ses idées sur l’après-CT Power ainsi que ses propositions pour une meilleure gestion de déchets si le projet Gamma Coventa est également abandonné.

CT Power, un projet mort-né. Quelle est, selon vous, la meilleure solution en ce qui concerne notre politique énergétique et qui cadrerait avec le concept Maurice Ile Durable (MID) ?

D’abord, il faut maîtriser la demande en électricité dont la croissance était d’au moins 5% par an dans le passé. La gestion de l’énergie a fait ses preuves à La Réunion, par exemple, où elle est passée de 10 à 3,5% durant la dernière décennie.
Le gouvernement a déjà pris la décision d’investir dans 90 MW à Fort-Victoria à partir de l’huile lourde. Dans le cadre de MID, nous devrons graduellement remplacer cette dernière par du biodiesel, par exemple à partir de ressources locales comme l’huile de coco, les huiles usées ou encore à partir d’algues.

Quelles seront les stratégies à long terme ?

Il faudra favoriser l’éolienne, le stockage d’énergie, le biogaz et, surtout, la cogénération. Il faut préserver la canne car elle nous donnera la bagasse qui, avec d’autres biomasses, doit être exploitée avec une meilleure efficacité. Le charbon sera nécessaire mais il faut l’utiliser en cogénération avec une efficience de plus de 80%, contre seulement 35% pour une centrale ‘‘coal-only’’.

Finalement, il faut revoir tout le package des Small Independent Power Producers (SIPPs) afin d’atteindre une vraie décentralisation au niveau de la production et de la gestion de l’électricité. Après cette période de transition, nous pourrons envisager d’autres options comme les photovoltaïques, la géothermie, la bio-méthanisation des déchets ou encore la gazéification de la biomasse.

Après le « timide » constat du conseiller spécial du Premier ministre, Joël de Rosnay en novembre dernier, quelles sont les évolutions du projet MID, deux mois plus tard ?

Deux mois, c’est peu avec surtout l’interruption de la fin d’année. Toutefois, l’atelier sur MID au début du mois de décembre 2010 nous laisse espérer que l’année 2011 sera cruciale et décisive. Le ministère de l’Environnement et du Développement durable commence à s’activer après avoir pris en charge le MID Fund. La décision concernant CT Power n’est nullement un fait du hasard.

Est-ce à dire que ce sont les finances qui font défaut ?

Je pense que, comme pour l’économie, il nous faut un Stimulus Package sur MID, un mini-budget qui intègre de manière holistique dans le cadre d’un programme les projets d’énergie, de transport, d’aménagement du territoire et aussi des solutions durables aux problèmes de l’eau, des déchets, de l’agriculture, de la pêche ou encore de la pollution. La consultation nationale doit se poursuivre afin d’élaborer une loi-cadre sur MID. Le secteur privé doit s’impliquer dans la mise sur pied d’une vraie économie verte. Bref, un grand chantier nous attend.

Où en est la participation de la population jusqu’à présent dans le concept MID ?

Les citoyens, en tant que consommateurs et décideurs avec un pouvoir limité, peinent à avoir un rôle participatif dans le nouveau projet de société. Nous vivons en ce moment cette pénible et dure transition où certains hésitent, d’autres ne semblent pas être convaincus. Les différentes crises que nous connaissons poussent beaucoup à un repli sur un modèle qui n’a pas marché, celle de l’économie dominante et de la société de consommation. Il faudra être patient et faire preuve de courage.

Après CT Power, est-ce que la voix de Joël de Rosnay sera-t-elle aussi prépondérante en ce qui concerne le projet d’incinérateur Gamma Coventa ?

C’est le gouvernement&nbsp qui décidera. Là encore, je pense qu’il ne suffit pas de s’opposer à un projet qui n’est pas MID-compliant. Il faut élaborer les options qui existent à la place du projet d’incinérateur. Il revient au gouvernement de définir une politique claire, cohérente et consensuelle concernant une gestion intégrée des déchets. A la lumière de celle-ci, les promoteurs doivent proposer en toute transparence, et sur un level-playing field, des projets qui cadrent avec MID. Il nous faut des propositions économiquement fiables, socialement équitables et acceptables sur le plan environnemental. Il s’agit beaucoup plus que d’entendre la voix de Joël de Rosnay.

Si c’est aussi le cas, quelle serait la proposition concrète pour la gestion des déchets et qui serait en règle avec le nouveau projet MID 4E (éducation, emploi, énergie et environnement) ?

Pour vous répondre autrement qu’en élaborant une option technique, la gestion des déchets est d’abord une affaire citoyenne. La meilleure proposition viendra seulement lorsqu’au lieu de penser pour la population, nous faisons l’effort de penser avec elle. Le rôle des spécialistes est d’accompagner la population dans cet exercice en apportant des faits et des données sur les options disponibles.

Certes, il revient au gouvernement de trancher, mais cela doit se faire par le biais d’une vraie démocratie participative. Les autorités doivent jouer un rôle, au préalable, de facilitateur aussi. L’ensemble de la population doit pouvoir chercher la meilleure solution et nous aurions ainsi la garantie que toute la population saura comment participer concrètement dans la gestion des déchets, individuellement et aussi collectivement.

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