Jocelyn Grégoire : « Une simple nomination ne veut rien dire pour les Créoles »

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La Fédération Créole Mauricien maintient toujours être apolitique. Son combat, selon son président, le père Jocelyn Grégoire, va au-delà d’une simple nomination politique. Evoquant ses relations avec le Parti mauricien social démocrate, avec qui il était en froid lors des législatives de 2010, le père Grégoire dit vouloir enterrer la hache de guerre.

On vous reproche d’avoir délaissé la communauté créole depuis les dernières élections. Pensez-vous que cette communauté compte encore sur vous, vu que vous êtes présent pour elle seulement six mois par an ?

Je ne veux pas paraître arrogant, mais en quatre ans d’existence, la FCM est parvenue à créer une synergie au sein des différentes associations créoles. Nous avons su créer une unité au sein de toutes ces associations, qui sont aujourd’hui mieux structurées et préparées pour travailler sur le terrain. La FCM continuera d’être au service de la communauté créole car nous avons d’autres combats à mener, comme la promulgation de l’Equal Opportunity Act, qui, je suis persuadé, finira une bonne fois pour toutes par éradiquer toute forme de discrimination envers toute personne se sentant lésée.

Comment comptez-vous concrètement encourager la promulgation de l’Equal Opportunity Act ?

Je suis pour l’instauration d’un tribunal qui écoutera toutes les personnes se disant victimes de discrimination.

Vous êtes concentré sur un combat. Mais pourquoi s’engager dans d’autres luttes quand on vous reproche souvent d’avoir un faible bilan….

C’est faux et malhonnête de venir dire que la FCM n’a aucune réalisation à son actif. Nous avons, durant ces quatre dernières années, créé la conscience créole. Les gens n’ont aujourd’hui plus honte de venir dire haut et fort qu’ils sont des Créoles. Je pense que cette fierté créole a été créée grâce à la FCM. Je pense aussi que dans notre combat, nous avons encouragé certains politiciens créoles à être davantage présents pour les Créoles. Par exemple, le fait que le Parti mauricien social démocrate (PMSD) ait pris position contre les nominations à la Public Service Commission (PSC). Quelques années de cela, le PMSD serait resté muet.

Vous saluez la prise de position du PMSD, un parti avec lequel vous avez eu bien de démêlés lors des dernières élections. Ce froid entre la FCM et le PMSD est encore d’actualité ?

Je ne vais pas démentir le malaise qui a existé entre la FCM et le PMSD. Nous étions dans une conjoncture particulière, et je pense que nous nous sommes laissés emporter par les événements. Sans que nous ne l’ayons voulu, la FCM a émergé comme une force politique pendant les élections, sans pourtant être un parti politique. Avec recul, je pense que la FCM est un peu plus à être blâmée, car Xavier Luc Duval est un homme politique qui a bien plus de responsabilités que nous. Xavier a des décisions importantes à prendre qui sont plus cruciales, et nous étions tellement pris dans cette vague politique que nous n’avons pas réalisé tout cela.

Donc, tout est bien qui finit bien ?

Je ne sais pas pour le PMSD, mais en ce qui me concerne je n’ai plus de problème avec Xavier Luc Duval. Je ne l’ai pas encore rencontré mais j’espère que nous pourrons oublier tout ça très bientôt. Il faut aussi savoir que le vice président de la FCM se trouve être Mario Cangy, qui n’est autre qu’un ancien proche du PMSD.

Cette vague politique dans laquelle s’est laissée emporter la FCM, vous a poussé à faire beaucoup de déclarations, comme cette fameuse phrase : Vote ar to lé cœur…

Je le répète : ce n’était pas une consigne de vote. La FCM est apolitique.

N’empêche que vous avez multiplié des rencontres avec Paul Bérenger, alors que vous vous êtes entretenu avec Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam qu’en une seule occasion…

Comme je l’ai dit dans le passé, je suis disposé à rencontrer tous ceux souhaitant me rencontrer. Je suis et reste ouvert au MSM, au MMM, au Parti Travailliste et n’importe quelles autres formations politiques. Mais cela ne veut pas dire que nous irons défendre les intérêts d’un quelconque parti.

Il vous faut penser à soigner votre ligne de communication ?

Vous n’avez pas tort. Tout homme public doit savoir soigner sa communication. Même le président Nixon a, à un moment de sa carrière, fait des bourdes dans sa communication.

Les nominations dans les différentes institutions de l’Etat ont, à plusieurs reprises, été décriées par plusieurs organisations Créoles. Vos commentaires…

Je suis d’une autre école de pensée qui pense qu’une simple nomination ne veut rien dire. C’est certes symbolique, mais qu’est ce qu’une nomination représente symboliquement ? Notre combat dépasse tout cela. Pour que le gouvernement prouve qu’il a de la considération pour nous les Créoles, il lui faut aller à la source du problème, comme promulguer l’Equal Opportunity Act, ou encore changer l’appellation « Population Générale » en « Créole ». Si nous nous contentons de quelques nominations ça et là cela voudra dire que nous sommes que des opportunistes, or nous ne le sommes pas.

Elle durera encore longtemps cette crise politique qui s’abat sur le pays depuis bientôt deux semaines ?

Ramgoolam a toutes les cartes en mains. Rien ne le presse. Le Parlement ne reprendra qu’au mois d’octobre après tout. Je suis persuadé que le Premier ministre saura comme toujours trancher en temps voulu.

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