Je cultive mon potager

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Le poids de nos besoins alimentaires annuels s?élève à 690 000 tonnes. Impressionnant ! Et quand on sait que 75 % de ce taux provient d?importations agricoles et alimentaires, au coût de Rs 23,4 milliards en 2007, on constate que l?enjeu est de taille. Cette situation alarmante est dépeinte dans le rapport du Sustainable Diversified Agri-food Strategy for Mauritius, émis par le ministère de l?Agro-industrie en juillet 2008. L?ère des légumes et aliments à bas prix est révolue. La crise alimentaire sévit à Maurice, mais aussi dans les pays en voie de développement. Ajoutez à cela, les hausses des prix des légumes inévitables après les pluies torrentielles survenues cette semaine ! Il convient d?agir au plus vite afin d?éviter que notre alimentation n?en pâtisse. D?où la tenue du Salon de l?Agriculture prévu au Centre Swami Vivekananda du 25 au 28 septembre. Une solution est martelée : la culture agricole. Le ministère préconise un programme pour booster l?autosuffisance à travers la culture agricole. « Le ministère établit des stratégies pour la sécurité alimentaire, mais cela peut aussi venir de la communauté. Nous pouvons changer nos habitudes alimentaires et nous mettre à la culture dans notre arrière-cour », suggère Sylvain Chung, Principal Extension Officer Training de l?Agricultural Research and Extension Unit (AREU). Et certains ont déjà commencé. Dhanunjaye Perwanee, 68 ans, cultive du cotomili, des tomates, des laitues, des piments et bien d?autres légumes sur le toit de sa maison, à Rose-Hill ! « Mo fine met bane drome, bidon, bout polystyrène lor lakaz ek mone plante ladan. Li pli effikas, mo pa bizin ale bazar, mo gaign mo kari en plas », indique-t-il. Le toit est donc devenu une véritable pépinière avec diverses stations vertes. Comme Dhanunjaye, Noël s?est aussi mis à la culture dans son arrière-cour. « Li ene distraksyon pou mwa, koum sa mo pa pu ale boire kot laboutik. Li plito ene bon zafer pou nou prop manze ek partaz en fami. » Ses propos sont repris par Neelaman, une habitante de Palma qui a la main verte. « Mo plante brede songes, manioc, violet? Kan nou plante nou meme, nous depens moins. Bizin komens ti guit ti guit pou nou arrive. » Des petits coups de râteau certes, pour de grandes moissons. « Chacun peut se mettre à la culture. Même dans un petit espace, on peut acheter des semences et se lancer. C?est plus économique et cela sert au quotidien. Nous regroupons les femmes pour les encourager dans ce domaine », souligne Sookmantee Mungroo, de la Krishidal Agro-Business Cooperative à Bel-Air. Aujourd?hui, beaucoup de facilités sont mises à la disposition du public pour motiver à la culture chez soi. Les coopératives, l?AREU et mêmes les compagnies privées disposent de plusieurs produits et services agricoles à petits prix. D?ailleurs, les équipements nécessaires à son potager, sont aussi accessibles. Sans compter que le jardinage est une activité manuelle qui détend et procure une source de bonheur et de bien-être. Il ne suffit que d?une bonne volonté pour démarrer. À vos pioches !
LE GUIDE DU JARDINIER ● Le site de culture Préférez un lieu propre dépourvu de débris végétaux. Celui-ci peut se situer dans l?arrière-cour de votre maison ou un autre coin à aménager. Il doit être ensoleillé et à l?abri de fortes brises, ainsi que des animaux domestiques qui pourraient causer des dégâts. Tamisez la terre et ôtez les cailloux. Un bon substrat (le sol dans lequel on cultive) se compose de trois parts de terre et de deux parts de fumier ou de compost, un mélange fermenté de résidus organiques et minéraux. On peut aussi ajouter un peu de sable. ● Compost à faire soi-même Pour fabriquer votre propre compost, munissez-vous d?un seau ou d?une poubelle. Coupez finement vos pelures de légumes (pommes de terre, carottes, brèdes, etc.) et placez-les dans le récipient. Ajoutez-y un peu de terre avant de recouvrir. Remuez avec un bâton après deux jours et renouvelez la man?uvre à cette fréquence. Au bout de deux mois, le compost sera prêt. ● Le choix des conteneurs Des sacs et des pots en plastique biodégradables, ainsi que des plateaux de semis, qui ressemblent un peu aux bacs à glaçons, sont disponibles dans les grandes surfaces et les boutiques de jardinage. Ils facilitent la mise en terre. ● Soigner les petits bobos Une fois le semis effectué, il faut veiller au grain. Car les bêtes guettent ! Les semences sont souvent sujettes aux maladies inhérentes et aux ravageurs. Un traitement permet de les contrôler. Par exemple, pour prévenir la gale et le speck des tomates, vous pouvez les soumettre à un bain d?eau chaude à 50 degrés pendant 25 minutes. Pour des pucerons, utilisez deux litres d?eau et diluez-y un bouchon d?eau de javel, un peu de liquide vaisselle et de l?huile végétale. « Vaporisez-en sur les plantes. Cela fonctionne sur tous les types de culture et prévient leur infiltration », explique Manand Baldawoo, directeur de la Serre de Palma. Quant aux haricots verts, comme la plupart des autres légumes, ils peuvent être infiltrés par des escargots, des vers gris, des mouches, des mineuses de feuille, des chenilles, des acariens, etc. Plusieurs produits comme les fongicides, les insecticides permettent d?y remédier. Ils sont disponibles chez Agro Top à partir de Rs 200 et chez Espace Maison et Jardin. ● L?entretien du potager Qui dit culture du jardin, dit aussi bons équipements ! Des pelles en passant par des râteaux métalliques, des ustensiles pour le désherbage, des pots et des vaporisateurs? autant d?équipements faciles à utiliser. Vous en trouverez chez Espace Maison et Jardin. Les prix vont de Rs 100 à monter. De la terre préparée (substrat), du fumier et du compost en sachet, ainsi que des semences à partir de Rs 44 sont également en vente. Ces dernières sont disponibles à l?AREU. Les semences de tomates, voèmes, brèdes de Chine, aubergines, coûtent Rs 10. Pour les haricots verts, les sachets de 250 g sont à Rs 30, les raves à Rs 50, entre autres. Et si vous ne souhaitez pas vous remettre au semis après la récolte, vous pouvez avoir recours aux plantules prêtes à l?emploi. Les cultures d?herbes aromatiques sont à Rs 50, d?arbres fruitiers comme le figuier, le cerisier, le manguier, le longanier coûtent entre Rs 75 et Rs 150 chez Espace Maison et Jardin.
LE CALENDRIER DES PLANTATIONS A partir du mois d?octobre, vous pouvez cultiver des pistaches, des brocolis, du chou et du chou-fleur, qui sont des variétés d?été. Idem pour le lalo, le melon d?eau et le soja. Par contre, pour les variétés d?hiver, la culture des carottes, des petits pois, du petsaï, et du radis doit être effectuée à partir du mois d?avril. Le maïs et la pomme de terre doivent être semés en mars, et l?oignon en février.
COMMENT FAIRE AVEC L?ESPACE QU?ON A ? ● L?arrière-cour : vous pouvez y aménager plusieurs petits coins destinés à divers légumes. Respectez les espacements requis entre ces derniers dans la mesure du possible pour un meilleur rendement. Attention, dans un même champ il ne faut pas succéder les cultures de pommes de terre, tomates, piments, aubergines et poivrons pour prévenir le développement du flétrissement bactérien (maladies). ● Les bacs : On peut procéder au semis directement à condition de disposer des trous d?évacuation en dessous. Dans le lit, mettez des cailloux ou macadams en commençant par les plus gros, suivis des plus petits. Puis, ajoutez la terre et le compost. Vous pouvez y cultiver des herbes aromatiques. ● Le toit : Si les plantes ne disposent pas d?un poids énorme, vous pouvez les cultiver sur votre toit directement ou dans des pots. Les herbes aromatiques sont idéales ou encore d?autres légumes qui poussent bien au soleil comme le brède chouchou, entre autres.
CES CULTURES AUXQUELLES ON NE PENSE PAS On n?y pense pas souvent ! Certes, mais il y a des légumes que l?on peut bien cultiver chez nous. Par exemple, les champignons (pleurotes) sont faciles à faire pousser. Des sacs de substrat, contenant de la bagasse et ensemencés sont disponibles à la Mushroom Unit de l?AREU. Ils existent en logement de 750 g à Rs 10 et de 3 kg à Rs 30. Préférez un endroit frais, bien aéré, assez humide et à l?abri du soleil. Les sacs peuvent se placer sur des étagères ou dans le garage, dans la cuisine ou sous l?escalier. Il vous suffit de vaporiser avec un peu d?eau deux fois par jour. Après sept à dix jours, les sacs vont fructifier et les petits boutons vont sortir. Les champignons se formeront quelques jours plus tard (photo). Un sac de 3 kg peut vous rapporter 750 g de champignons. Environ trois à quatre productions sont possibles. Les sacs à pleurotes sont en vente de 9 à 11 heures et de midi à 14 heures à la Mushroom Unit. Sur commande, ils peuvent aussi être transférés aux ailes de l?AREU les plus proches de votre domicile. Les asperges ainsi que les cornichons peuvent aussi être cultivés. Dans le premier cas, vous devez les faire pousser dans une région chaude et en planche. Le semis se fait en octobre. Après six à neuf mois, de jeunes plants seront formés. La transplantation est effectuée en mars. La collecte se fait lorsque les pousses atteignent une longueur de 15 à 20 cm. Les cornichons conviennent à tous les sols ameublis. La récolte commence entre deux à huit mois après.
POUR FAIRE LE PLEIN DE CONSEILS Envie de vous familiariser aux techniques de cultures et de vous lancer dans votre potager ? Plusieurs organisations sont à votre disposition. Solitude Sub Office. Tél. : 261.92.16. Maison des Eleveurs, Henrietta. Tél. : 684.12.28. L?Unité Farmers Service Center. Tél. : 416.92.09. Rivière-du-Rempart Sub Office. Tél. : 412.99.69. Beau-Champ Sub Office. Tél. : 417.66.99. Union Park Sub Office. Tél. : 577.01.17. Quatre-Bornes Sub Office. Tél. : 466.41.09 Mapou Demonstration Center. Tél. : 266.15.87. Flacq Demonstration Center. Tél. : 413.25.01. AREU Saint-Pierre Sub Office. Tél. : 433.93.50. Mushroom Unit, La Brasserie, Tél. : 670.64.56. Barkly Experimental Station. Tél. : 464.26.05. Agro Top, Forest-Side. Tél. : 664-57.73. Espace Maison et Jardin. Tél. : 467.99.90. Serre de Palma : Tel. : 427-6375 ● Vous pouvez également adhérer à des formations dispensées par l?AREU et le Human Resource Development Council en Crop Production, culture hydronponique, agro-processing, pratiques agricoles, entre autres. ● Le guide agricole, ouvrage disponible à Rs 75 à l?AREU, est un atout. Il s?agit d?un livre pratique et détaillé sur la culture de divers légumes à Maurice. ● Le Salon de l?Agriculture est ouvert de 10 à 19 heures du 25 au 28 septembre au Centre Swami Vivekanda à Pailles. Des conférences sont prévues sur la Food Production and Security, Agri-Business in a Regional Perspective, entre autres.
LES FICHES PRATIQUES ● La tomate Riche en vitamines A et C, la tomate (pomme d?amour), peut être cultivée tout le long de l?année. Trois types existent : la tomate cerise, salade ou de cuisson, et conviennent aux régions humides et sèches irriguées. Pour commencer, semez les graines dans des plateaux de semis ou des pots de yaourt percés en dessous pour évacuer l?eau d?arrosage. Celui-ci doit être régulier et sans excès. Les pots doivent être exposés légèrement au soleil. Après trois à quatre semaines, les plantules atteignent le stade de trois à quatre feuilles, signe qu?il faut les transplanter. Dans des fossés préalablement bêchés et fumés, de 15 cm de côté et 15 cm de profondeur, placez et espacez chaque plante d?environ six pieds carrés. Au bout de trois mois et demi, les tomates, légèrement roses ou rouges, sont prêtes pour la cueillette. Après une première récolte, la production continue pendant un mois et demi. Celle-ci s?achève après cinq mois. Il faut alors enlever la plante et recommencer. ● Les haricots verts Importante source de fer, les haricots verts avec ou sans fil peuvent être produits à tout moment. On peut mettre les semences en terre ameublie dans une profondeur de 20 cm et à des intervalles de 15 cm. Leur pousse est très rapide. La récolte se fait au bout de 40 à 45 jours, après un arrosage régulier et une exposition au soleil. La plante continue à rapporter pendant un mois. Son cycle s?achève au bout de trois mois. ● Les légumes d?accompagnement Laitues et brèdes sont des légumes qui s?invitent souvent à nos repas. Dans le premier cas, elle contient de la vitamine A, C, du calcium et du fer. La laitue mignonnette est couramment utilisée en salade, mais aussi en bouillon. Sa culture convient mieux en hiver, mais elle peut aussi être produite à toute période de l?année. Le semis se fait en préparant des pépinières. La transplantation doit être effectuée lorsque les plantules affichent trois à quatre feuilles. Il faut alors les enlever avec une motte de terre humide pour les placer sur des planches (des plates-bandes réalisées en bêchant les deux extrémités). Un espace de 30 cm x 30 cm est nécessaire. Il faut les protéger du soleil pendant deux à trois semaines. La récolte se fait lorsque les laitues sont bien pommées, donc au bout de 60 à 80 jours. Vous pouvez également opter pour les brèdes ou légumes grimpants. Comme leur nom l?indique, ils poussent rapidement. Le brède chouchou, par exemple, ne nécessite que la mise en terre de deux à trois chouchous germés dans un fossé. La pousse se fera au bout de quelques semaines. Quant au brède cotachi (malbar), vous devez le cultiver sur des plates-bandes. Un mois plus tard, l?heure de la récolte aura sonné. Une autre brède populaire est le Tom Pouce ou chinois. Après le semis sur des bandes d?un mètre, vous devez le transplanter ou effeuiller le surplus. La récolte se fait après un mois et demi. ● Les herbes aromatiques Thym, persil, coriandre (cotomili), menthe, échalote (queue d?oignon) : autant d?herbes qui ajoutent de la saveur à nos mets. La majorité d?entre elles nécessitent la culture par semence ou en bouture. Mais attention, évitez de placer la menthe à proximité des autres herbes aromatiques, car celle-ci file vite et peut envahir les autres plantations. Elle pousse mieux en climat humide tandis que les autres s?adaptent à toutes les régions. On peut les cultiver en pots ou sur des plates-bandes. Leur cycle est de 35 à 90 jours. Après la récolte, il faut les enlever et redémarrer la culture.
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