Italie : Berlusconi échappe à la motion de censure

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Silvio Berlusconi a survécu de justesse mardi à une motion de censure à la Chambre des députés mais l''''avenir politique de l''Italie demeure incertain, compte tenu de la majorité très fragile dont il bénéficie.

L''issue du vote a confirmé la résistance à toute épreuve d''"Il Cavaliere", rescapé à 74 ans d''une nouvelle crise politique provoquée par sa brouille avec son ex-allié Gianfranco Fini.

La majorité a demandé la démission du président de la chambre basse tandis que la rue réclamait celle de Berlusconi, paralysant le centre de Rome dans des scènes de violence jamais vues dans la capitale depuis des années.

Des voitures ont été incendiées par les manifestants, qui ont lancé des bombes fumigènes et de la peinture sur des bâtiments officiels.

Les affrontements ont fait une cinquantaine de blessés, dont plusieurs policiers. il y a eu une quarantaine d''interpellations. La plupart des manifestants étaient des étudiants qui dénoncent depuis plusieurs semaines la réforme des universités.

A la Chambre, 311 députés ont voté pour la censure et 314 ont voté contre, deux députés s''abstenant. Trois députés du mouvement de Fini ont fait basculer le vote en donnant leur voix au chef du gouvernement. L''annonce de ce choix a provoqué un début de bagarre dans l''hémicycle et une interruption de séance.

Quelques heures plus tôt, le Sénat avait voté la confiance par 162 voix contre 135, à l''issue d''un vote demandé par le gouvernement lui-même.

Le chef de l''opposition, Pier Luigi Bersani, a parlé d''une victoire à la Pyrrhus pour le gouvernement.

"La crise politique n''en est que plus profonde à l''issue de ce vote", a déclaré le dirigeant du Parti démocrate en parlant de "gouvernement en état de mort clinique".

A Rome, des opposants à la réforme de l''université, jeunes pour la plupart, ont brûlé des voitures et saccagé des rues du centre-ville.

Des affrontements entre forces de l''ordre et manifestants ont transformé le Via del Corso, principale avenue du centre historique, en champ de bataille avec fumée, gaz lacrymogènes et visages ensanglantés.

De la fumée s''élevait de la colline du Pincio, au-dessus des escaliers de la Trinité des Monts, où des manifestants ont incendié des voitures, renversé des poubelles et empêché les pompiers d''intervenir. Des devantures de banque ont été attaquées et des distributeurs de billets détruits.

Des étudiants ont également bloqué l''aéroport de Palerme, en Sicile, et brièvement occupé la Bourse de Milan, la capitale lombarde.

La courte victoire parlementaire de Berlusconi lui évite de remettre sa démission au président Giorgio Napolitano mais la possibilité d''élections anticipées demeure. Les prochaines législatives sont prévues en 2013.

"J''ai parlé à Berlusconi, sa satisfaction était mesurée", a dit Fabrizio Cicchitto, chef de file des députés du Peuple de la liberté.

Par le passé, Silvio Berlusconi a su déjouer les pronostics et renverser des situations compromises pour remporter trois législatives depuis sa première victoire, en 1994.

Ce nouveau succès était difficile à prévoir au terme d''une année marquée par des soupçons persistants de corruption et de conflits d''intérêts, des scandales de moeurs et un divorce politique spectaculaire avec Gianfranco Fini.

Des membres de l''opposition, à commencer par l''ancien magistrat Antonio Di Pietro, du parti Italie des Valeurs, ont accusé Berlusconi d''avoir acheté ou menacé des députés pour remporter la décision.

L''attention se porte maintenant sur Silvio Berlusconi. Quelle place le président du Conseil accordera-t-il aux transfuges de Fini et aux élus du centre dans son prochain gouvernement ?

Le magnat est tiraillé entre sa gauche et sa droite, ses puissants alliés de la Ligue du Nord étant défavorables à une alliance tirant au centre.

"Soit les conditions sont réunies pour poursuivre l''action gouvernementale avec une majorité solide, soit il est préférable d''aller à des élections", a dit avant le vote l''un des dirigeants du parti, le ministre de l''Intérieur Roberto Maroni.

"Nous feront un point à la rentrée (après les fêtes) pour voir si les conditions sont réunies pour continuer", a-t-il dit après le vote.

Des élections ne seraient pas défavorables à Silvio Berlusconi, qui reste populaire dans l''opinion alors qu''aucun dirigeant n''émerge à gauche.

Gianfranco Fini a reconnu une défaite "douloureuse", citant les défections in extremis de trois parlementaires de son mouvement Futur et liberté pour l''Italie (FLI). Mais la victoire de son ancien allié n''est que mathématique, a-t-il dit.

"Dans quelques semaines, il sera clair que Berlusconi ne peut également revendiquer une victoire en termes politiques", a-t-il dit dans un communiqué.

L''opposition considère que Silvio Berlusconi n''a plus assez de marge pour gouverner le pays en pleine crise de la dette dans la zone euro. La dette italienne représente 120% de son PIB, l''un des taux les plus élevés au monde.


(Source: Reuters)

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