IPP: Les dessous d’une guerre politique annoncée

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Navin Ramgoolam repart en guerre contre l’industrie sucrière. Du moins, c’est ce que le chef du gouvernement a laissé entendre lors de son intervention sur le budget.

La pomme de discorde se situe au niveau du rapport concernant les Independent Power Producers (IPP).

Ce rapport, commandité d’un commun accord entre le gouvernement et la Mauritius Sugar Producers’ Association (MSPA) en juin dernier, a été soumis le 30 octobre dernier par le consultant américain Hunton &amp Williams. Les Terms of Reference concernaient directement les contrats, jugés juteux par une frange de la majorité, que le gouvernement souhaitait revoir.

Selon Navin Ramgoolam, le rapport donnerait raison au gouvernement. «Les conclusions du rapport final valident clairement notre position initiale», déclarait le Premier ministre au Parlement, le lundi 7 décembre. Mais les sucriers veulent, semble-t-il, faire de la résistance.

C’est, muni de ces informations, que le Premier ministre a lancé un appel aux sucriers pour qu’ils reviennent à de meilleurs sentiments. «J''''ai été élu avec un mandat clair et j''ai l''intention de m''assurer que les intérêts nationaux prévalent sur les intérêts étroits de quelques-uns», lançait-il en guise de mise en garde. Si ce dernier avait tenu des propos fort élogieux envers les opérateurs de l’industrie sucrière en arborant un large sourire lors de l’ouverture d’Omnicane, il vient de déterrer la hache de guerre sur un sujet qui fâche les profits mirobolants encaissés par les IPP au nom d’une nouvelle politique énergétique.

Ashok Subron, qui a déposé auprès des consultants, au nom d’une plate-forme commune réunissant syndicats et politiciens et se réclamant de la gauche écologique, estime, pour sa part, qu’il est inacceptable que le rapport, payé en partie des deniers publics ne soit pas rendu public. Il va plus loin en demandant que les contrats signés entre les deux parties le soient également.

«Nous avions défendu devant le consultant le fait que l’accord entre l’Etat et les IPPs était au détriment des consommateurs, des travailleurs de l’industrie et aussi d’une nouvelle politique énergétique pour la République de Maurice. Il faut dire que même le consultant s’était étonné que ces accords soient tenus secrets alors qu’ils ont une incidence directe sur le public», explique Ashok Subron.

«On ne peut pas faire de deal sous la table ou en coulisses sur des sujet aussi importants. Ramgoolam ne peut pas venir faire ce genre de déclaration au Parlement sans que le public ne connaisse les détails de toute l’affaire», estime le syndicaliste.

Khalil Elahee, universitaire et expert en matière énergétique, pense qu’il ne faut pas en faire tout un plat. L’universitaire est clair. Le gouvernement a le pouvoir de changer la donne s’il le souhaite vraiment, soit en imposant une taxe sur le charbon soit en fermant carrément l’unique centrale qui fonctionne au charbon au nom de Maurice Ile durable. Interrogé quant à une éventuelle baisse de prix de l’électricité, Khalil Elahee estime que ce n’est même pas la peine d’en faire toute une histoire si le rapport du consultant n’ouvre pas une porte sur cette possibilité.&nbsp

Sur le plan purement politique, personne ne s’est étonné du timing. Cette déclaration de guerre n’est-il pas une tentative du leader de l’Alliance sociale de ranimer un&nbsp thème de campagne qui a fait recette en 2005? D’autant plus que la position du MMM, qui juge ce conflit «inutile», vient conforter une éventuelle campagne contre «les cousins de Bérenger».

Le porte-parole de Resistans ek Alternativ n’a aucun doute quant à l’aspect politique de cette guerre déclarée. La gestion de ce dossier représente, pour le syndicaliste, un échec personnel pour Navin Ramgoolam. «C’est lui, en tant que Premier ministre, qui a soumis la Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS) à l’Union européenne avec les aberrations qu’elle comporte. Pourquoi n’a-t-il pas, dès le départ, remis en question les contrats et la politique énergétique avant de soumettre l’accord? Pourquoi maintenant à la veille des élections?» se demande le syndicaliste.

Si Khalil Elahee pense, de son côté, qu’il ne faut pas céder à la tentation d’amplifier le désaccord entre le gouvernement et la MSPA, il estime tout de même que la prise de position de Navin Ramgoolam, à quelques mois de la dissolution du Parlement, est loin d’être innocente. Mais le scientifique préfère rester optimiste et croit dans une solution qui soit dans l’intérêt de tous et surtout en accord avec le projet Maurice Ile Durable.

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