Il y a 150 ans, P.-Louis perdait son 1er maire

Avec le soutien de
Le conseil municipal de la cité de Port-Louis ne manquera pas, vendredi prochain, de commémorer comme il se doit, le 150e anniversaire du décès de son premier maire, l?Honnorable Louis Léchelle. De son côté, la Chambre de commerce de Maurice se fera un devoir de rendre un hommage aussi éclatant à son premier président. C?est, en effet, la moindre des choses, lorsque l?occasion se présente, que nous rendions l?hommage dû à ceux qui se sont dévoués corps et âme pour nous permettre de devenir ce que nous sommes devenus. Et qui contestera qu?un 150e anniversaire ne se commémore pas tous les jours. On est fier de son patrimoine ou on ne l?est pas. En ces jours où les patriotes mauriciens se font un devoir de se souvenir de la contribution exemplaire de Louis Léchelle à l?édification de la nation mauricienne, la moindre des choses c?est qu?ils se fassent le devoir, mais aussi le plaisir, de relire le livre que l?éminent historien, Rivaltz Quenette, consacre à cet éminent fils du sol. C?est d?ailleurs la principale source de référence de la présente chronique. Cet auteur, qui est aussi le biographe de Jean Lebrun, d?Onésipho Beaugeard, d?Emmanuel Anquetil, (en attendant la vie du Grand Laurent, Eugène), nous renvoie d?emblée au 29 avril 1856, au cimetière de l?Ouest où le Tout Maurice se transporte pour rendre un dernier hommage à Louis Léchelle. Emile Pipon, un des adjoints du défunt, souligne ceci : ?Il a fait partie de toutes les institutions que possède son pays. Dans toutes, il a su se placer au premier rang. Il ne le doit qu?à son mérite.? Son biographe talentueux et consciencieux évoque aussi le souvenir de Louis Léchelle, père, né à Québec, Canada, le 17 mai 1758. Il débarque à Maurice en 1784. En février 1790, il participe à la réflexion entourant la formulation d?une nouvelle constitution, ?dans la foulée libératrice de la Révolution française?. Négociant et armateur, il est appelé à assumer diverses responsabilités pendant cette période révolutionnaire, éminemment transitoire. L?occupation anglaise de l?Ile de France ne modifie en rien la notoriété de Louis Léchelle, père. Le 22 janvier 1788, il épouse à Port-Louis, Françoise Athanase Chenard de la Giraudais, originaire de Saint-Malo. Il meurt à Pamplemousses le 17 avril 1834. Le 1er septembre 1789, année particulièrement emblématique, voit la naissance de Louis Léchelle. Il débute dans la vie active comme agent de change et courtier juré, à une époque charnière : l?Ile de France devient Mauritius; une nation de négociants et d?armateurs se métamorphose en une de planteurs canniers et de producteurs sucriers ; une population servile cède la place à l?immigration de travailleurs agricoles engagés en Inde ; un embryon de vie démocratique et même d?administration autonome doit se soumettre aux diktats de Londres avant de repartir à la conquête de ses libertés perdues, sous l?égide d?Adrien d?Epinay, de Rémy Ollier et de Louis Léchelle, en attendant la venue d?autres porte-drapeaux. Le 12 octobre 1848, l?inspecteur général de police (aujourd?hui commissaire de police), Charles Anderson, agissant, sous les ordres du gouverneur Gomm, ?en villégiature à Mahébourg?, met fin à une tentative de fondation d?une corporation municipale. Ce n?est que partie remise. Le 17 octobre suivant, les mêmes protagonistes se rendent à la Triple Espérance pour rédiger une pétition à la reine Victoria, en vue de la création d?une assemblée élective, d?une corporation municipale et de quelques autres institutions civiques. Une autre tentative du même genre a lieu le 6 juin 1849. A la même époque, Louis Léchelle et le Dr Perrot militent en faveur d?un service maritime entre Maurice et l?Europe via Aden et Port Saïd (avant l?aménagement du Canal de Suez). Il est aussi le syndic de l?association des agents de change et de courtiers jurés. C?est alors que Blyth Brothers apprend que des hommes d?affaires britanniques se penchent sur les moyens d?assurer la protection de l?industrie et des capitaux anglais. Cette même maison de commerce propose par conséquent la création d?une Chambre de commerce de Maurice. Louis Léchelle est nommé à la tête du comité préparatoire. Le 4 décembre suivant, il conduit une délégation au nouveau gouverneur, George William Anderson. Celui-ci, n?étant pas Gomm, et c?est tout dire, manifeste, sur le champ, son accord de principe. Le 25 janvier 1850, la Chambre de commerce renaît de ses cendres et fait de Louis Léchelle son premier président et de James Blyth son premier représentant à Londres. Décidément ce mois de décembre 1849 est riche en événements car le 27 de ce mois, le conseil du gouvernement vote une loi ?pour faire de la municipalité du Port-Louis la première instance intégralement élue? de l?occupation anglaise. Les 21 et 23 février 1850 ont lieu, toujours à la Triple Espérance, les premières élections municipales de l?occupation anglaise. Louis Léchelle sort en tête de liste et le gouverneur Anderson le désigne comme le premier maire du Port-Louis depuis la période révolutionnaire. Le 4 mars suivant, Louis Léchelle et son adjoint, Félix Koenig, sont assermentés à l?Hôtel du Gouvernement. Le lendemain, à la Triple Espérance, ils reçoivent le serment des autres conseillers municipaux. Louis Léchelle porte le toast d?adieu au gouverneur Anderson, le 17 octobre 1850. Il obtient que le peintre Alfred de la Hogue fasse le portrait en pied de ce gouverneur, tableau devant prendre place dans le salon d?honneur du futur hôtel de ville. Mais pour l?instant, la nouvelle corporation municipale est en quête de mouillage. Elle bivouaque successivement à la Salle des Colons, au 37 de la rue Desforges, dans l?immeuble de Numa Geoffroy, à l?angle des rues du Rempart (Edith-Cavell) et des Créoles (Mère-Barthélemy), puis retour à la rue Desforges. Elle manque même et de peu de s?installer à l?Hôtel du Gouvernement, construit, entre autres, par Mahé de La Bourdonnais et dont l?occupation anglaise veut se débarrasser. Mais le gouverneur Higginson se montre trop gourmand. Il veut que la nouvelle municipalité achète également le château du Réduit. S?ensuit un tollé général, alimenté déjà par les défenseurs de notre patrimoine architectural. Ce n?est que le 31 août 1866 que la municipalité du Port-Louis peut s?installer dans ses nouveaux murs : l?Hôtel d?Europe d?où est partie la délégation, dirigée par Louis Léchelle, et réclamant au bon gouverneur Anderson la mise sur pied d?une corporation municipale. Les défenseurs de notre patrimoine architectural manqueront, hélas, à tous leurs devoirs, un siècle après, quand disparaîtra à jamais l?ancien Hôtel d?Europe pour céder la place à l?actuel blockhaus en béton servant d?hôtel de ville à notre capitale. (A suivre)
Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires