Il quitte son pays pour être détective privé

Avec le soutien de
Goolam Monsoor a le regard franc. Il n?a rien à cacher. Contrairement aux gens qu?il suit à la trace. Mais il a beau soutenir qu?il est détective privé, on a un peu de mal à le croire. Car Goolam Monsoor n?a pas la tête de l?emploi. Il n?a pas l?air d?un baroudeur qui traque les maris infidèles. Non plus l?air de tremper dans des affaires louches. On est loin du stéréotype «Mike Hammer». Peut-être parce que 80 % de ses enquêtes sont d?ordre commercial. Les histoires de divorces, d?héritages ou de personnes disparues, il en traite moins. Les affaires ayant trait à la politique, il les refuse. «Aujourd?hui, la plupart des demandes concernent l?espionnage industriel, la concurrence déloyale et le détournement de clientèle ou de compétences», explique Goolam Monsoor dans le métier depuis près de 30 ans. Goolam, c?est un vrai caméléon. Aujourd?hui en costume, demain en blouson de cuir et baskets. Dans le coffre de sa voiture immatriculé à Paris : son armoire. Ou presque. Des vêtements et des accessoires pour être prêt en toute circonstance. Jamais de fausse moustache ou de barbe. Certaines fois une démarche différente. Toujours un duvet et une brosse à dents. Car, «on ne sait jamais quand on va rentrer à la maison». «C?est un métier très dur. Mais jusqu?à présent, j?ai eu la chance d?avoir le soutien de mon épouse Valérie et de mes deux enfants Maël, 15 ans, et Léa, 12 ans. Ça aide.» S?il est aujourd?hui moins présent sur le terrain, cela n?a pas toujours été le cas. Il était à peine plus âgé que ses enfants lorsque Goolam Monsoor a annoncé de but en blanc à son père qu?il voulait être détective privé. Ce dernier lui a alors rétorqué que la réalité est bien loin de ressembler à la fiction. «Détective privé ? Cela n?existe que dans les films». Goolam n?en croit rien. La preuve, c?est que bien des années plus tard, il vit toujours de cette passion d?adolescence. Même si c?est à Paris et non pas à Maurice qu?il exerce. A Maurice, en 1977, alors qu?il a tout juste 20 ans, on lui refuse la licence de détective privé sous le Police Act de 1974. «Ils considéraient certainement que j?étais trop jeune», souligne Goolam Monsoor. Et pourtant, le jeune homme a déjà suivi une formation pour exercer ce métier qui lui tient à c?ur. «Alors que j?étais en Form V, au collège London, à Port-Louis, j?avais suivi une formation par correspondance avec un institut belge.» Ce refus n?entame pas pour autant le désir de Goolam d?être détective privé. Il continue sa formation de terrain en Angleterre. De retour à Maurice, il traque la fraude en assurance pour le compte de diverses compagnies. Mais Goolam Mansoor veut être détective privé. Puisque ce n?est pas possible à Maurice, il le fera à Paris. «Une agence de détective privé m?a donné ma chance.» Pour sa première enquête, on lui confie la recherche d?une personne disparue. Notre jeune détective la retrouve en moins de 24 heures. Dans cette agence parisienne, il fait ses armes. Fort de ces années d?expérience, en 1987, Goolam Monsoor se lance à son propre compte. Dans le coffre de sa voiture : son armoire. Ou presque. Des vêtements et des accessoires pour être prêt en toute circonstance. Jamais de fausse moustache ou de barbe. Certaines fois une démarche différente. Aujourd?hui, il gère le groupe AS (Enquêtes Civiles et Commerciales) qui compte deux bureaux à Paris et dans l?Essonne. Il emploie une dizaine d?enquêteurs. Pour une affaire de divorce, il faut compter 2 000 à 3 000 euros pour 20 à 30 heures de travail. Le coût de la filature est de 70 euros de l?heure. Et pour une «grosse» affaire commerciale, on peut compter jusqu?à 50 000 euros. Goolam Monsoor est également le président du syndicat : Office national des détectives privés en France. Et depuis 2000, il fait partie du Council of International Investigators (CII), dont le siège se trouve à Seattle, aux Etats-Unis. Il est membre du conseil d?administration de cette organisation qui lui permet d?être efficace à l?échelle mondiale. C?est d?ailleurs une enquête qui l?a amené dans la région cette semaine. Il n?en dira pas plus. Secret professionnel oblige. Alors, il en a profité pour venir passer quelques jours à Maurice. Revoir un peu la famille. Une famille qui est fière de l?activité de Goolam. Car s?il a choisi d?exercer ce métier, c?est surtout pour «défendre les intérêts des tiers». «Bon nombre de nos rapports sont utilisés devant les tribunaux», soutient l?homme. Certes, il aurait pu le faire en devenant policier mais Goolam Monsoor voulait être «libre de ses mouvements». Et parce qu?il est lui-même épris de liberté, il n?empiète jamais sur la vie privée d?autrui lors de ses enquêtes. «Pour tout ce qui est photo, etc., je n?en fais que lorsque les personnes sont dans un lieu public. Un restaurant par exemple. Mais je n?enjamberai jamais un mur pour prendre quelqu?un en photo.» Des anecdotes, Goolam en a. Comme cette fois, où il avait suivi un mari soupçonné volage par son épouse aux sports d?hiver. «On s?est retrouvé en difficulté sur les pistes. Je pensais qu?il m?avait repéré. Je l?ai perdu et quand finalement, je suis arrivé à la station, le mari m?attendait. Il voulait s?assurer que j?allais bien», rigole Goolam. Il y a également la fois où il a «réussi» à perdre un camion de déménagement lors d?une filature. «Heureusement que j?avais pu obtenir sa nouvelle adresse. J?y suis allé directement et je l?y ai attendu pendant trois jours». Plus dramatique, la fois où il a réussi à échapper à un traquenard. Goolam est d?avis que le premier entretien est déterminant. «Il est impératif de poser les bonnes questions. 50 % des chances de réussite de l?affaire résident dans cet entretien.» «On ne joue pas au détective. Il y a trop d?intérêts impliqués.» C?est pourquoi une formation est obligatoire en France avant de pouvoir prétendre obtenir son permis d?opérer. Faire autre chose ? Goolam ne l?envisage pas. «Je ne sais faire que ça. Ou alors chauffeur de taxi.» Les routes parisiennes, il connaît?
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