Hépatite C : plaidoyer pour l’accès aux soins

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Le Dr Vikrant Sibartie, hépatologue et gastro-entérologue à «Apollo Bramwell», et président de «Hep Support» et le Dr Prithiviputh Rittoo, cofondateur de «Hep Support».

L’hépatite C toucherait 40 000 Mauriciens ; pourtant le traitement reste quasi inaccessible dans le système public. Une injustice dénoncée par l’association «Hep Support», qui mènera sa sensibilisation comme chaque 28 juillet à l’occasion de la Journée mondiale contre les hépatites.

Surnommée «l’épidémie silencieuse», l’hépatite C peut être présentedans le corps pendant20 ou 25 ans, sans symptôme,avant de se développerde manière foudroyanteet dégénérer en cancer du foie. À Maurice, l’épidémieconcerne notamment les toxicomanes, infectés lors dupartage de seringues souillées: 96 % d’entre eux vivent avec le virus de l’hépatite C (selon une étude comportementaleet biologique de2011). Mais ce n’est pas le seul public touché.

Autre mode de contamination : la transfusion sanguine. «Avant 1994, au niveau international, et avant1997 à Maurice, les poches de sang collectées n’étaient pas testées pour éliminer les poches infectées par l’hépatite C… Des hémophiles et des patients opérés ont été contaminés par l’hépatite C, souligne le Dr Prithiviputh Rittoo, cofondateur de l’association Hep Support. Jeconnais des personnes âgées qui développent aujourd’hui des complications très graves comme la cirrhose, alors qu’il aurait été possible de contrôlerl’évolution de la maladie, en leur administrant un traitement avant que le virus n’affecte le foie».

L’hépatite C a fait l’objet d’une Résolution de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2010, engageant les 193 États membres, dont Maurice, à mettre en place un système de surveillance épidémiologique avec un registre des patients et à dispenser un traitement. Pour le Dr Prithiviputh Rittoo, «le pays n’a pas respecté ses engagements».

Côté chiffres, on ne dispose que d’une estimation. Selon une étude de la Commission de l’océan Indien (COI) réalisée en 2011, la prévalence de l’hépatite C parmi la population adulte mauricienne serait de 3,1 %, soit 40 000 cas estimés.

Côté traitement, «seulement une minorité de personne a droit au traitement gratuit à l’hôpital, regrettele Dr Prithiviputh Rittoo.Je dirais que deux à trois patients par an seulement bénéficieraient du traitement, en priorité les personnes ayant été contaminées par transfusion sanguine avant 1997».Impossible d’en savoir davantage,le ministère de la Santé n’ayant pas souhaité communiquer.

Toutefois, tous les porteurs de l’hépatite C ne nécessiteront pas forcément un traitement ; tout dépend du stade atteint par la maladie et de la capacité de certaines personnes à la combattre naturellement. Ainsi, selon l’Organisation non gouvernementale (ONG) Médecins du Monde, 15 % des patients infectés parviennent à éliminer le virus sans traitement ; au contraire, 85 % développent une hépatite chronique et parmi eux, 20 % une cirrhose du foie.

L’association «Hep Support» a animé une formation sur l’hépatite C, le 5 juillet, au Centre Idrice Goomany pour les travailleurs sociaux de différentes ONG.

Pas d’unité spécialisée

Un suivi de tous les patients s’avère donc essentiel. Mais le président de Hep Support, le Dr Vikrant Sibartie, également hépatologue et gastro-entérologue à Apollo Bramwell, remarque qu’il n’existe pas aujourd’hui «d’unité spécialisée dédiée aux hépatites et aux maladies du foie dans le système public. Pour savoir quels sont les porteurs de l’hépatite C qui nécessitent untraitement, il faudrait contrôler la charge virale de chaque patient,voire réaliser des biopsies du foie. Ensuite, il existe six génotypesde l’hépatite C susceptibles de répondre différemment au traitement. Une analyseprécise est donc nécessaire afi nde déterminer l’approche laplus appropriée pour le malade.Or, aujourd’hui pour connaître la charge virale et legénotype, les tests sont envoyésen France ou en Afrique duSud et sont onéreux – environRs 11 600 pour réaliser les deux tests pour un seul patient.»

Bombe à retardement

À l’avenir, Hep Support souhaite financer, chaqueannée, un test de chargesvirales pour dix porteurs del’hépatite C. En fonction desrésultats, l’association solliciterale ministère de la Santépour tenter d’obtenir untraitement gratuit pour cegroupe de patients.

Mais ce plaidoyer est loin d’être gagné. En cause notamment le coût du traitement à base d’injections d’Interferon et de comprimés de Ribavirin, qui s’élève aujourd’hui à Rs 480 000 par patient pour 48 semaines de traitement au total.

«L’an passé, à la demande de Hep Support, les laboratoires Roche ont accepté de baisser de Rs 100 000 le coût du traitement. Ce serait probablement possible pour le ministère de la Santé de négocier encore davantage, si un volume plus important de patients étaient traités dans le système public, concèdele Dr Prithiviputh Rittoo.Et il faut considérer que traiter un patient pour l’hépatite C aujourd’hui reviendrait toujours moins cher que de le soigner dans quelques années pour un cancer du foie ! »

Ainsi, selon l’étude de la COI réalisée en 2011, soigner un porteur de l’hépatite C en amont de la cirrhose représente une économie de Rs 347 490 par patient.

Selon ce même rapport, avec une projection de 384 cirrhoses attendues par an, la prise en charge de cette complication évitable coûtera chaque année Rs 208 millions au ministère de la Santé mauricien !

Epidémie silencieuse, l’hépatite C est donc également une bombe à retardement économiquement !


Quel avenir pour les génériques ?

D’ici deux à quatre ans, les brevets protégeant le «Pegylated Interferon» produit par les laboratoires Roche et Merck arriveront à échéance, ce qui pourrait ouvrir la voie à la production de médicaments génériques moins coûteux. D’autant plus que l’Égypte a déjà franchi le pas en fabriquant localement ses propres génériques après des accords exceptionnels avec les laboratoires ! Il faut dire que l’Égypte fait face à la plus importante épidémie d’hépatite C jamais observée : 8 millions de malades, avec 18 000 décès enregistrés chaque année. Le virus de l’hépatite C a été transmis par des aiguilles infectées par les autorités médicales elles-mêmes, lors de campagne d’éradication d’une maladie parasitaire dans les années 1960.

Autres pistes à suivre dans le traitement de l’hépatite C, l’émergence de nouvelles molécules très prometteuses, selon Nicolas Ritter directeur de PILS, «lors du Colloque VIH-océan Indien qui se déroulera à Maurice à la fin de l’année, les représentants des laboratoires seront présents. On annonce déjà l’émergence de nouvelles molécules pour traiter l’hépatite C, beaucoup moins onéreuses que les traitements actuels. Dans cette négociation commerciale, l’État mauricien aura un grand rôle à jouer auprès des laboratoires…»


Dépistage gratuit le 18 juillet

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’hépatite, le 28 juillet, l’association Hep Support organisera une journée de dépistage gratuit de l’hépatite C à la clinique ApolloBramwell à Moka, de 10 à 15 heures.

La transmission du virus de l’hépatite C s’effectue le plus souvent par exposition à du sang infectieux dans les situations suivantes : transfusion sanguine ou réception d’un greffon contaminé, injections réalisées avec des seringues contaminées en milieu de soins, utilisation de drogues injectables, tatouage, piercings, acupuncture, rapports sexuels non protégés, partage de rasoirs, transmission de la mère contaminée à l’enfant lors de l’accouchement…

Aujourd’hui, il n’existe pas de vaccin contre l’hépatite C, contrairement aux hépatites A et B.


La Hotline 701 5828

L’association Hep Support offre un service de hotline pour toute personne souhaitant des informations surles hépatites. Des professionnels de santé répondent 24 heures sur 24aux interrogations du public surle 701 5828.Par ailleurs, Hep Support recommandele site web de l’Alliance mondiale des hépatites,dont l’association mauricienne est membre : http://www.worldhepatitisalliance.org

Suivez toute l’actualité sociale sur www.ACTogether.com  

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