Gilles Simon : « Le tennis, ce n’est pas la vraie vie »

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Son apparence est trompeuse. Sous son allure frêle, le 12ème joueur mondial cache une immense détermination et un moral de battant. Il sera l’un des hommes à suivre, aux Masters de Paris, à partir du 8 novembre à Bercy.

L’Humanité Dimanche : L’année touche à sa fin, quels regards portez-vous sur la saison écoulée ?
Gilles Simon : Je me dis que je n’ai pas forcément progressé dans la hiérarchie mondiale, mais que j’ai découvert au cours de l’année plein de nouvelles choses. Etre tête de série dans tous les tournois, par exemple. Me retrouver dans la peau du favori dans la plupart de mes matchs, également. Et, enfin, avoir la possibilité de privilégier les moments les plus importants de la saison, c''''est-à-dire les tournois du Grand chelem, en ne jouant pas au cours de la semaine précédente.

Et vos résultats, vous les jugez comment ?

J’aurais pu mieux faire. Mais, dans l’ensemble, j’ai stabilisé mon niveau de performances. C’est encourageant, car il est fréquent de retomber après une année de très forte progression.

On entend souvent dire, dans le sport de haut niveau, qu’il est plus difficile de rester au sommet que de l’atteindre. C’est vrai ?

Je n’en sais rien. Et je m’en fous. En tennis, aux yeux des gens, les médias notamment, on ne confirme jamais assez. Donc, j’ai pris le parti de ne pas me préoccuper de ces considérations. La preuve : je n’ai pas disputé les trois tournois que j’avais remportés l’an dernier (Casablanca, Indianapolis et Bucarest). J’ai privilégié les étapes du Grand chelem. Au risque, justement, de ne pas confirmer mon classement mondial.

Vous avez atteint l’an passé le top 10 mondial. Ca vous change un homme, une étiquette de membre de cette super élite du tennis ?

Non. J’étais le même homme, et finalement aussi le même joueur, avant d’intégrer ce cercle très fermé. Les gens vous perçoivent différemment. Mais moi, je n’ai pas eu l’impression de devenir un super tennisman en entrant dans le top 10. Le vrai changement, on le découvre au moment de composer son programme de l’année. Un joueur aussi bien classé ne va pas chercher les points semaines après semaines, il vise l’Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et Flushing Meadows. Depuis que je suis entré dans le top 10, je ne pense plus qu’à une seule chose : me retrouver parmi les cinq premiers mondiaux. Et pour cela, il faut briller dans ces grands tournois là.

Vous connaissez la recette pour y parvenir ?

Je dois faire évoluer mon jeu. Forcer ma nature en allant plus vers l’avant. Savoir abréger les points. Cinq échanges en moins dans un jeu, ça peut faire une grande différence à la fin d’un tournoi. On puise moins dans ses réserves. Et on arrive ainsi en meilleure condition dans les matchs qui comptent.

Vous travaillez ainsi à l’entraînement ?

Oui, je bosse surtout mon jeu au filet. Aujourd’hui, je monte à l’entraînement, mais j’hésite encore trop à le faire en match. Ma nature me pousse à attendre. Je vais devoir la forcer.

Vous vous inspirez d’un ou plusieurs joueurs en particulier ?

Non, en aucun cas. Je n’ai jamais cherché à copier un joueur. Et je ne le ferai jamais, au moins sur le plan technique. Mais je m’inspire beaucoup de l’attitude et du comportement des meilleurs. Quand je suis éliminé d’un tournoi, j’essaye d’aller voir les derniers matchs, les demies ou la finale, là où apparaissent le mieux les qualités et les défauts. J’essaye de comprendre pourquoi ils gagnent, comment ils enchaînent les points. Je me transforme en spectateur.

Joueur de tennis, c’était une vocation ?

Oui. Je crois avoir toujours voulu faire ce métier. J’en ai rêvé depuis ma plus petite enfance. A 8 ou 9 ans, un instituteur nous avait demandé quel métier nous aimerions exercer plus tard. J’avais répondu tennisman professionnel. Aujourd’hui, j’ai vraiment le sentiment d’être un privilégié. Non seulement par la vie que je mène, mais aussi pour avoir la chance de faire ce dont j’ai toujours rêvé.

Beaucoup de joueurs, ou joueuses, se plaignent du rythme infernal du calendrier, de l’enchaînement sans répit des tournois.

Vous aimeriez jouer moins ?

Oui. Mais l’organisation du circuit pousse à jouer de plus en plus. Quand ça marche, on marque des points, on est en confiance, alors on a envie de poursuivre, d’enchaîner pour profiter de cette dynamique. Et quand les résultats ne sont pas là, on attend le prochain tournoi avec impatience, en se disant que les choses iront mieux. Les vraies semaines de repos, sur une année, je les compte sur les doigts d’une seule main.

Vous avez l’impression, vous les joueurs de tennis, d’appartenir à la vraie vie ?

Non, certainement pas. Passer le plus clair de son temps dans des 5 étoiles, ce n’est pas la vraie vie. Mais la réalité de cette existence se révèle différente de l’image que les gens en ont. Elle est souvent plus difficile. C’est vrai, on voyage de villes en villes, dans des endroits souvent supers. Mais cette roue tourne toujours dans le même sens, elle s’arrête toujours dans les mêmes lieux. Et le tennis mondial devient de plus en plus exigeant, physiquement et mentalement. On est seuls sur les tournois. Et seuls pour trouver les solutions. En plus, le public ne voit que le haut du panier. Mais un joueur mal classé, comme on l’a tous été au début, enchaîne parfois un mois de compétition sans gagner un seul match. Là, la vie devient moins drôle.

Dernière question : vous préférez affronter Nadal ou Federer ?

Avec mon jeu, il est souvent préférable pour moi de rencontrer Federer. Mais j’aime affronter Nadal. Avec lui, c’est un combat, une vraie bataille. Et ça m’amuse. J’y prends du plaisir. Et puis Federer, il fait tout tellement bien…

Propos recueillis par Alain Mercier pour www.lexpress.mu


Gilles Simon en chiffres
24 ans
1,80 m, 69 kg
12ème jour mondial
Meilleur classement mondial : 6ème en janvier 2009
Six victoires en simples sur le circuit ATP
Meilleur résultat en Grand chelem : ¼ de finaliste à l’Open d’Australie en 2009

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