Félix Laventure se souvient d?Aunauth Beejadhur

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Des voix autorisées se permettent d?insinuer que les Mauriciens de la diaspora sont trop déphasés par rapport à la réalité mauricienne pour pouvoir prendre part à nos élections locales où souvent le vainqueur n?est que le meilleur menteur en lice ou encore le champion ès-promesses mensongères, ce qui revient au même. Je me laisserais peut-être convaincre par leurs arguments anti-diaspora quand un Mauricien de nos 2 000 km carrés pensera écrire sur Aunauth Beejadhur un texte aussi émouvant et aussi fraternel que celui rédigé par le ?canadien? Félix Laventure et publié par la presse en août 1981. Félix Laventure est un de nos légistes les plus prometteurs du deuxième quart du XXe siècle. Parallèlement à ses réussites professionnelles, il s?intéresse à la politique, devient conseiller municipal et est nommé membre du conseil législatif des années 1950. Bien que très proche de Raoul Rivet et de plusieurs membres actifs du Ralliement Mauricien, cet ancêtre du futur PMSD de Gaëtan Duval, Seewoosagur Ramgoolam a suffisamment confiance en lui pour en faire son ministre des Administrations régionales où il se fait remarquer en consolidant la législation existante dans une loi-cadre, connue comme la loi Laventure, ce qui n?est pas un mince compliment car peu de lois, à Maurice, sont connues par le patronyme de leur concepteur. Au Conseil des ministres du début des années 1960, il côtoie celui auprès de qui il fait ses premiers pas dans la basoche à la fin des années 1920 : Aunauth Beejadhur qui y fait fonction de ministre de l?Education (un des meilleurs que nous ayons eus). Félix Laventure quitte Maurice pour le Canada en 1964, commettant ainsi ce qui, aux yeux des esprits chagrins, constitue un crime impardonnable de trahison envers le pays natal. Aunauth Beejadhur n?est heureusement pas de cet avis et cela nous rassure amplement. Laventure et lui s?écriront régulièrement et ils se retrouveront avec un plaisir renouvelé, toutes les fois que l?exilé canadien vient revoir son ami de toujours au Port-Louis ou à son domicile quatre bornais parmi les siens, ses roses, ses orchidées et ses chiens, qui ne l?ont jamais trahi, à l?instar de tant de pseudo ?amis? politiciens, experts dans l?art d?utiliser le double langage. Félix Laventure évoque pour commencer la volonté de Beejadhur de rédiger en français son histoire des Indiens à Maurice pour réfuter la thèse de ceux voulant faire des travailleurs agricoles engagés au service de l?industrie sucrière, à partir de 1834, les premiers Indiens à s?installer à Maurice. Il n?a aucune peine à mettre en exergue tous les natifs des possessions françaises en Inde venus aider Labourdonnais à faire du Port Louis l?Athènes des Mers du Sud. Il faudra revenir, espérons-le, sur les barons sucriers qui, jusque dans les années 1920, essayent vainement de recruter encore et encore de nouveaux travailleurs engagés, alors qu?il y a pléthore de main d??uvre dans nos champs et moulins. Il évoque ensuite la fondation d?Advance par, entre autres, Seewoosagur Ramgoolam et Abdool Razack Mohamed, qui trouvent en Beejadhur, l?écrivain francophone qu?il leur faut pour diriger le nouveau quotidien et en faire le No 1 de la presse mauricienne des années 1950 et 60. Après le départ de Laventure pour le Canada, Beejadhur lui confie ?les jalousies, les rivalités, les médisances et autres saloperies?, l?obligeant à démissionner comme gouverneur de la Banque de Maurice puis comme directeur de la Banque de Développement. Il devient de plus en plus amer et critique. Il estime que la politique à Maurice devient (déjà) ?dégoûtante?. Laventure n?est pas surpris mais consterné car il connaît la ?scrupuleuse honnêteté? de son ami. Déjà en décembre 1965, celui-ci se plaint de ?changements d?allégeance politique comme on change de chemises?. Il se plaint de devoir vivre dans un ?panier de crabes?, de l?atmosphère qui devient ?irrespirable?. ?C?est le règne de l?opportunisme, de la médiocrité, du népotisme, de la corruption?. Il se plaint des inconvénients du gouvernement de tous les partis. ?C?est un perpétuel atermoiement.? Tout cela n?est guère gentil pour Seewoosagur Ramgoolam. Laventure se souvient alors de la commission d?enquête infligée à Gaëtan Duval, alors maire de Curepipe et qui ressemble comme deux gouttes d?eau à celle présidée par Keith-Lucas, visant à saper la crédibilité d?Abdool Razack Mohamed, premier musulman à être élu au conseil législatif. Après avoir pris connaissance de toutes les pièces du dossier, concocté par le PTr contre l?étoile montante du PMSD, et les avoir étudiées sous tous leurs aspects, il conclut que rien ne justifie l?institution d?une telle commission d?enquête. Ses collègues ministres passent outre. Me Marc David, nommé pour présider cette commission d?enquête, lui donnera raison : il n?y a pas grand-chose de répréhensible dans l?administration duvalienne à Curepipe. Le PTr ne pardonnera jamais à Laventure de s?être opposé à cette enquête anti-Duval. Le PMSD en fera de même, lui reprochant de n?avoir pas empêché l?institution de cette commission. Cela n?était d?ailleurs pas en son pouvoir. Mais il y a des choses qu?il convient d?oublier quand on accède au gruyère gouvernemental.Il salue la droiture d?esprit de Beejadhur qui abhorre le communalisme sous toutes ses formes. Il lui reproche d?engendrer la médiocrité, ?cette gangrène qui corrompt jusqu?à l?âme d?une nation?. Quel est l?homme fort qui aura le courage ?de nous débarrasser de ce cancer généralisé ?? se demande-t-il.
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