Félix Laventure pleure son ami Raymond Hein

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Les imbéciles croient stupidement que nul n?est irremplaçable et que nos cimetières sont remplis de personnes émérites qu?on croyait indispensables. La vérité est tout autre. Nos livres d?histoire, nos panthéons, nos obélisques Liénard regorgent en fait de personnalités uniques et à nul autre pareil. A-t-on jamais entendu parler de clones de Beethoven, de Van Gogh, de Baudelaire, de Gandhi, d?Alexandre le Grand, de Charles de Gaulle, de Rémy Ollier, d?Emmanuel Anquetil, de Maurice Rault. Ça se saurait en tout cas s?il y avait toujours parmi nous, un autre Georges André Decotter ou un autre Félix Laventure, capables de rédiger des obituaires aussi émouvants que les leurs, en mémoire de leurs amis et compagnons de labeur. Rivaltz Quenette, qui fait paraître ces jours-ci le deuxième tome de son histoire, révélatrice par tant d?égards, de la Loge franc-maçonne de la Triple Espérance, est du calibre de Laventure et de Decotter en matière de nécrologies. Mais comme il réserve ses hommages mortuaires principalement aux parlementaires ayant suscité l?admiration du secrétaire de notre Assemblée nationale qu?il a longtemps été mais aussi du censeur impitoyable, formé par Raoul Rivet et Marcel Cabon, qu?il est également, ses notices nécrologiques tendent à se raréfier au fur et à mesure de l?extinction de la race des parlementaires dignes d?être honorés par sa plume, sinon infaillible, du moins n?ayant jamais failli à notre connaissance. De son lointain Canada où il s?est exilé, Félix Laventure prend la plume, en ce début d?avril 1983, pour pleurer un ami cher et un compagnon de travail et de réflexion en la personne de Sir Raymond Hein, décédé le 6 janvier précédent. L?annonce de ce décès le désole particulièrement. Il donne libre cours à l?émotion qui s?empare de lui, «La mort, louve affamée, rôde sans cesse autour de nous sans que nous fassions attention à ses allées et venues?. Il cite Confucius, incapable de savoir de quoi est faite la mort puisqu?il ne sait même pas de quoi se compose notre vie humaine. Félix Laventure connaît Raymond Hein au collège Royal de Curepipe. Il le retrouve jeune avocat, revenant de Londres et faisant ses premières armes juridiques en même temps que ses condisciples Jules Koenig, Raoul Brouard et Maxime de Spéville. Il sera leur avoué attitré comme il l?est déjà pour Amand Esnouf et Alfred Gellé. Il se souvient plus particulièrement du dernier dossier qu?il prépare pour Raymond Hein avant de cesser toute activité juridique pour s?adonner entièrement à ses nouvelles fonctions de ministre des Administrations régionales, poste occupé, en 1982-83, par Prem Koonjoo et Lutchmeeparsad Ramsahok successivement. Ce dernier dossier concerne un terrain convoité par plusieurs parties conflictuelles. Des négociations ardues ne parviennent pas à un réglement à l?amiable. Un verdict de nos instances judiciaires ne pouvant être rendu avant un temps considérable et préjudiciable aux personnes concernées, elles se mettent d?accord sur l?arbitrage incontestable de l?ancien juge Georges Espitalier-Noël. En moins d?un mois, celui-ci rend son verdict. Il est favorable aux clients du tandem Raymond Hein/Félix Laventure. Ce dernier se souvient de sa première victoire juridique notable. Il s?agit d?un procès de diffamatioin dans lequel il prépare victorieusement la défense de Me Amand Esnouf, rédacteur en chef du journal, traduit au banc des accusés. Félix Laventure se fait un devoir mais aussi un immense plaisir de rencontrer Raymond Hein à chacun de ses retours au pays natal. Il garde un souvenir inoubliable de ces longs entretiens où ils parlent de tout et de rien mais une profondeur de vue, valorisant le moindre des propos tenus. Il s?agit davantage d?un double entretien philosophique que d?une conversation amicale. Raymond Hein et Félix Laventure font plus ample connaissance quand ils sont tous deux conseillers municipaux au Port Louis. L?occasion leur est donnée de confronter leurs vues sur les problèmes de la capitale, sinon du pays. Ils apprenent ainsi à mieux se connaître. Quand leurs avis divergent, ils épousent spontanément la sagesse proverbiale anglaise. We agree to disagree. Hein accuse volontiers Laventure d?être un socialiste. Celui-ci rétorque qu?il tempère son socialisme par certains facteurs locaux. Il est de ceux qui pensent que refuser de voir venir certains problèmes sociaux conduisent souvent des pays à d?inévitables raz-de-marée. Félix Laventure cite la dernière lettre reçue de Raymond Hein en réponse à un compte-rendu d?une fête musicale grandiose, donnée au château royal allemand d?Heidelberg et que son fils Philippe inaugure par un discours en allemand. Dans sa dernière lettre à son ami, exilé au Canada, Sir Raymond lui fait part de ses ennuis de santé, d?une opération chirurgicale subie en Angleterre et d?une laborieuse convalescence. Il la conclut ainsi : A revoir cher ami. Soyez heureux là où vous êtes.
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