Entrepreneuriat : Quand recycler réchauffe…

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L’association «Magic Fingers» utilise des chutes de tissus d’usines pour confectionner nappes, sacs et autres dessus-de-lit grâce à la technique du «patchwork».

Morceau après morceau, le dessus-de-lit prend forme, rappelant les tapis mendiant de l’époque… En cette matinée d’hiver, trois des dix membres actifs de l’association Magic Fingers sont à l’oeuvre dans leur local de Rose-Hill. Ici, les chutes de tissus que les usines textiles destinaient à la poubelle sont transformées en nappes, sacs, gants de cuisine, taies d’oreillers, housses de coussins, couettes et dessus-de-lit. Si la récupération de chutes de tissus de tailles, de formes et de couleurs différentes est à l’origine du quilting, lorsqu’elle a commencé à enseigner cet art il y a quelques années à travers le NationalWomen Entrepreneur Council (NWEC), Sadhana Ramanjooloo, initiatrice de l’association Magic Fingers, demandait à ses élèves d’acheter le tissu à être utilisé.

Jusqu’au jour où «une de mes élèves m’a parlé du fait qu’elle ne pouvait se permettre d’acheter le tissu nécessaire. Puis, j’en ai vu une autre récupérer dans la poubelle du tissu qu’elle avait vu une personne jeter. Elle m’a demandé si on pouvait utiliser ce tissu et je me suis dit pourquoi pas ?» se souvient Sadhana Ramanjooloo. C’est ainsi qu’elles ont fait appel aux usines textiles qui leur donnent depuis «du tissu magnifique que l’on ne trouve pas forcément en magasin».

Depuis, pas moins d’une centaine de femmes ont été formées à l’art du quilting à travers le pays, dont Marie-Michelle à New Grove, Jocelyne à Roche-Bois, Marie-Rose à Montagne- Blanche et Vimla à Bel-Air… Sadhana Ramanjooloo est arrivée à la conclusion que «toutes les femmes sont des artistes, tous les êtres humains sont des artistes. Certains d’entre nous mettent en pratique leurs talents et le réalisent. D’autres ne le réalisent jamais», dit-elle.

Il y a maintenant des femmes éparpillées à travers Maurice qui font du patchwork mais Sadhana Ramanjooloo ne veut pas en rester là. Elle voudrait, dans le local que l’association a obtenu en emprunt à Curepipe, enseigner l’art du quilting à davantage de gens et ambitionne d’en faire, en outre, un lieu où divers craft seront enseignés. La tapisserie et le tricot, entre autres. Autant de choses qui «permettraient à celles qui ont des soucis de tout oublier pendant un certain temps» et aux autres d’apprendre à créer de leurs mains...

Primées

Primées, en 2006, lors de l’Innovators Mauritius Award II, organisé par le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC), les dames «aux doigts magiques» en ont fait du chemin depuis. Si avant, tout le travail se faisait à la main, aujourd’hui, elles ont reçu deux machines à coudre en cadeau, dont une de New Island Clothing qui leur offre également du tissu. «Le local pourrait facilement accommoder au moins dix machines mais nous n’avons pas les moyens de nous en payer autant», souligne Sadhana Ramanjooloo. Elles ont quand même pu, à travers une subvention de l’Unio et un don de Star Knitwear, acquérir une machine – l’American professional quilting system – qui leur facilite grandement le travail. Assembler les trois différentes «couches» de tissus, notamment, est pour le moins compliqué avec une machine ordinaire. Or, avec la machine «spécial patchwork» cela change tout. En 20 minutes, un quilt pour adulte peut être fait. Enfin, cela, elles pourront le faire quand elles auront appris à manier la machine correctement. Ce qui n’est pas forcément évident car elle est pour le moins impressionnante.

Cependant, malgré l’apport de ces machines, le quilting est quand même «time consuming». Mais, comme le dit si bien Sadhana Ramanjooloo, «Si vous aimez faire quelque chose, vous ne comptez pas le temps que vous y passez». «C’est un travail qui demande beaucoup de précision et de concentration pour avoir un bon résultat. Et si l’on veut toucher le marché haut de gamme, il faut que les finitions soient excellentes», ajoute Angela Moutou, trésorière de l’association. Elles prennent des commandes essentiellement de particuliers. Des Mauriciens mais aussi bon nombre d’étrangers en vacances dans l’île. Une Allemande, propriétaire d’une usine de patchwork, leur a même offert quelque 300 livres après avoir vu leurs créations. «Nous avons, certes, un marché mais nous aimerions en avoir un plus conséquent.
Nous sommes encore en quête d’un bon marché », explique Angela Moutou.

Dans cette optique, elles font actuellement du démarchage auprès des hôtels. Les membres de l’association touchent un certain pourcentage après les ventes. Après tout, l’association Magic Fingers «est née de la volonté de valoriser le savoir-faire et la créativité des femmes à travers la création artisanale de produits en patchwork, tout en offrant aux femmes sans emploi ou en situation de repli social la possibilité de se prendre en main grâce à cette activité». Comme une multitude de petits bouts permet de créer des merveilles, de la même manière, c’est l’union des talents et des idées qui permet la réussite du réseau de Magic Fingers, souligne-ton du côté de l’association. «Comme pour l’harmonie des couleurs, parfois le hasard fait bien les choses…»


Le «patchwork» en bref

Il existe trois différents types de patchwork. Des «simple quilts», des «simple patchwork quilts» et des «artistic patchwork quilts». Pour un quilt, trois différentes couches sont nécessaires. Celle du haut, la ouate au milieu et ensuite celle du bas. On peut assembler des carrés ou deux triangles pour créer un carré. Sadhana Ramanjooloo et Angela Moutou expliquent que «la ouate donne un certain relief au quilt. Elle n’est pas essentielle mais elle apporte un plus». Elles utilisent, en fait, de la fibre antiallergique. La même que celle dont on se sert pour les couettes. Un quilt pour adulte coûte Rs 4 500. Un quilt pour bébé, Rs 3 200. La commande doit être passée au moins deux semaines à l’avance. Lavables, les quilts de Magic Fingers vous garderont bien au chaud tout l’hiver. Aujourd’hui, Magic Fingers est «un acteur incontournable de la production de patchwork à Maurice».

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Valrie OLLA

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