Elections américaines : la classe politique mauricienne a un faible pour Barack Obama

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L’intérêt des Mauriciens pour les élections présidentielles américaines ne se dément pas. Malgré quelques déceptions, Barack Obama reste très populaire.

Certains se sont réveillés très tôt pour suivre en direct les débats télévisés.

D’autres inondent leurs pro- fils Facebook d’articles et de messages sur les mérites respectifs de Romney et d’Obama.

Congénitalement atteints du virus politique, accros aux chaînes de télévision internationales, beaucoup de Mauriciens suivent avec attention les élections américaines qui auront lieu ce mardi.

Steve Obeegadoo, député du MMM, confie ainsi « vivre intensément toutes les présidentielles américaines depuis l’adolescence » . Un intérêt justifi é, selon lui, par « l’infl uence énorme que ce scrutin, dans le pays le plus puissant au monde, a aux quatre coins de la planète » . Même son de cloche pour la parlementaire rouge Nita Deerpalsing. Elle cite en exemple l’aide internationale des Etats- Unis pour le planning familiale. « Cette élection est importante car si Romney gagne, les républicains remettront en question cette politique et cela affectera de nombreux pays, en Afrique et en Asie surtout » , explique- t- elle. C’est sans surprise que les préférences de Deerpalsing et d’Obeegadoo vont au candidat sortant c’est un choix partagé par la majorité des Mauriciens. Il suffit, pour s’en convaincre, de se lancer à la recherche d’un supporteur de Mitt Romney.

Pourquoi une telle popularité? Les sources de cette affection résident sans doute dans le profi l du 44 e président. Nita Deerpalsing se souvient de « la vague d’espoir suscitée par l’accession du premier Noir à ce poste » . Pour l’ancienne colonie française et britannique, peuplée majoritairement de descendants d’esclaves et d’engagés, la victoire de 2008 était un symbole fort. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, déclarait d’ailleurs à l’époque que « la lutte de Martin Luther King et de Rosa Parks n’a pas été vaine » . L’espoir pour les Mauriciens, c’était aussi celui de voir conjurés nos propres démons. En premier lieu, celui de l’idée du Premier ministre obligatoirement hindou et vaish . Jocelyn Grégoire, président de la Fédération Créoles Mauriciens, disait ainsi qu’ « à travers cette élection, on peut se dire qu’à Maurice dorénavant n’importe qui peut accéder au poste de Premier ministre… »

ROMNEY N’INSPIRE PAS CONFIANCE

Mais le symbolique a été accompli en 2008. Désormais, c’est sur son bilan qu’est jugé Barack Obama, à la fois par les Américains et les habitants du monde entier. Pour ces derniers, dont les Mauriciens, c’est l’action internationale d’Obama qui est la plus scrutée. Et là, les motifs de déception existent, comme le résume Nita Deerpalsing : « Il aurait pu mieux faire, notamment en soutenant plus la Palestine et en tenant sa promesse de fermer Guantanamo. » Steve Obeegadoo déplore aussi le peu d’implication du président sortant dans les Objectifs du millénaire pour le développement des Nations unies.

Mais tous deux reconnaissent que la marge de manoeuvre d’Obama était limitée par un Congrès républicain des plus hostiles. Et surtout, si Obama reste le candidat préféré des Mauriciens, c’est que son adversaire suscite une mé- fi ance bien plus grande. « Romney et ses alliés ont des idées dangereuses pour la paix mondiale, de par leur attitude vis- à- vis de l’Irak, de l’Iran et même de la Chine » , observe Obeegadoo.

C’est ainsi que, sans déclencher l’enthousiasme de 2008, le candidat démocrate recueille le soutien, presque par défaut, de la majorité des Mauriciens. En aurait- il été autrement si c’était un autre membre de son parti qui affrontait Romney ? Pas sûr, car à Maurice c’est bien la gauche qui domine les esprits. Le PTr et le MMM affi chent clairement leurs origines socialistes tandis que MSM et PMSD ne revendiquent jamais leurs inclinaisons droitières. Les Mauriciens sont attachés au modèle de l’Etat- providence et on trouve peu d’adeptes du small government cher aux républicains américains. L’action démocrate – illustrée par la réforme de la santé et une politique keynésienne privilégiant l’investissement à la lutte contre l’infl ation – est donc applaudie par Obeegadoo et Deerpalsing.

DES LEÇONS À TIRER

L’élue du PTr retient de la campagne américaine qui s’achève la qualité du débat d’idées qui l’a accompagnée.

« Vivement que nous en arrivions là, souhaite- t- elle. Malheureusement, pour cela, il faut des politiciens ayant un vrai bagage intellectuel. Ici, on monte sur des camions et on privilégie les attaques personnelles. » Une autre leçon de cette campagne peut être utile aux politiques locaux. Si Barack Obama venait à perdre, ce serait surtout à cause des difficultés économiques de ces quatre dernières années. Les sondages indiquent que les américains font plus confi ance à Romney pour sortir le pays de la crise, cela malgré les actions décisives d’Obama pour enrayer la spirale infernale. Le PTr, qui vante souvent la « résilience » de l’économie mauricienne, devrait sans doute méditer ceci : « Cela aurait pu être pire » n’est jamais très porteur auprès des électeurs.


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