Dr Vaughan rend hommage à Wenceslas Bojer

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À l?occasion du centenaire du décès du savant Wenceslas Bojer (23.9.1795-4.6.1856), la Société royale des arts et des sciences demande au Dr Reginald Vaughan de lui rendre un hommage digne de ses éminents services, dont bénéficient tant son île d?adoption, Maurice, mais encore les chercheurs et les hommes de science du monde entier. La semaine dernière, cette chronique a rappelé les faits saillants de sa vie, de sa carrière et de son ?uvre scientifique hors normes. Le panégyrique plus approfondi du Dr Vaughan, prononcé quatre ans après la parution de la notice que lui consacre le regretté Noël Régnard dans le Dictionnaire de biographie mauricienne, éclaire les zones d?ombres sur ses faits et gestes. Il comporte aussi l?avantage de projeter un éclairage plus vif sur ses travaux et recherches, effectués tant en laboratoire que sur le terrain, à Maurice comme à Madagascar, aux Comores, à Agaléga et sur les côtes africaines. Prendre ou reprendre connaissance des détails les plus intéressants du panégyrique du Dr Vaughan est peut-être un des moyens de rendre, à titre privé, hommage au Pr Wenceslas Bojer, à l?occasion du 150e anniversaire de son décès. Reginald Vaughan rend d?abord hommage à ceux qui, avant lui, ont tenu à rappeler les faits saillants de la vie et de l??uvre de Bojer. Il explique ensuite la confusion au sujet de sa date de naissance. Elle tient au fait que son certificat de décès mauricien porte la mention d?une fausse date de naissance, celle du 1er janvier 1800. Il estime n?avoir aucune raison de mettre en doute celle du registre paroissial de son village natal, Resanice. Son père, Simon, place son fils, Wenceslas, en apprentissage chez le comte Gaspard von Sternberg, à Radnitz. L?explorateur naturaliste autrichien Franz Sternberg Sieber (1789-1844) remarque ses aptitudes pour l?histoire naturelle et lui permet de parfaire ses études au Musée impérial de Vienne. Sieber est alors connu pour son désir de créer un Institut d?histoire naturelle, devant s?enrichir des découvertes d?expéditions scientifiques, menées aux quatre coins du monde, dont une destinée à Madagascar et aux îles Mascareignes. Vaughan explique la curiosité scientifique autrichienne pour notre région indocéanique. En 1782, l?empereur Joseph II reçoit une collection de plantes que lui envoie notre Jean Nicolas de Céré, un des principaux responsables du Jardin des Pamplemousses. Sonnerat Commerson, Bory de Saint-Vincent et d?autres botanistes poursuivent la correspondance scientifique, ainsi initiée entre Port-Louis et Vienne. Le Musée impérial de Vienne expose aussi en permanence le célèbre portrait de notre dodo emblématique, dû aux pinceaux de Roelandt Savery. Si on sait peu de choses sur l?apprentissage du jeune Bojer, on sait qu?il étudie la taxidermie, la conservation des plantes et des animaux, l?art de les peindre avec l?exactitude scientifique requise. C?est alors que Sieber confie au jeune botaniste Charles Hilsenberg d?Erfurt le soin d?une expédition scientifique dans l?océan Indien et lui adjoint Wenceslas Bojer. Ils s?embarquent à Marseille en mars 1821 et arrivent à Port-Louis le 6 juillet. Si la chance de Bojer en Europe s?appelle Sternberg et Sieber, à Maurice elle se nomme Charles Telfair et, dans une moindre mesure, Lowry Cole, le gouverneur. L?amitié, liant Telfair et Bojer, s?achèvera avec la mort du premier nommé en 1833. Il est à la fois son protecteur, son conseiller, son hôte, son ami, son frère. Sitôt arrivés, Hilsenberg et Bojer acceptent d?être envoyés à Madagascar à la requête du gouverneur Farquhar. L?objectif de cette expédition n?est pas seulement scientifique. On leur demande aussi un rapport sur les ressources naturelles qui y sont disponibles. Hilsenberg et Bojer arrivent sur la côte Ouest malgache le 6 mai 1822. Ils explorent et recueillent les spécimens de plantes et d?animaux disponibles. Ils se dirigent ensuite vers les hauts plateaux et la capitale, Tananarive, qu?ils atteignent le 10 juin suivant. Hilsenberg décrit à Telfair des palmiers en éventail de 130 pieds de haut, des vaquois et dracaenas aussi hauts et forts que les plus beaux chênes d?Europe. À leur arrivée dans la capitale malgache, l?agent anglais, James Hastie, les présente au roi Radama 1er. La protection royale favorise dans une grande mesure leurs expéditions scientifiques sur les hauts plateaux. Cela ne veut certes pas dire qu?elles sont une partie de plaisir car nos deux naturalistes doivent affronter les milles et une embûches de chaque journée de marche, à travers des forêts quasi impénétrables. Ils doivent aussi composer diplomatiquement avec les caprices des roitelets et des chefs de tribu quand il leur faut traverser leur territoire. Hilsenberg et Bojer passent environ un an et demi à Madagascar. Ils assemblent une collection de plantes et d?animaux d?une grande valeur scientifique. Des spécimens sont expédiés à différentes institutions savantes européennes, dont la Société linnéenne de Londres, le Musée impérial de Vienne. D?autres institutions bénéficient de leur correspondance. Ces envois sont tellement abondants et généreux que leur commanditaire, le gouvernement de Maurice, finit par prendre ombrage. C?est du moins la mauvaise nouvelle qui leur parvient quand, en septembre 1823, ils décident de rentrer à Maurice, en raison de leur état de santé déclinant. Ils sont fraîchement accueillis, à Port-Louis, par le Dr William Augustus Burke, chef officier médical, curateur honoraire du Jardin botanique des Pamplemousses et l?homme de confiance du gouverneur Lowry Cole. Le mécontentement est assez grand pour que nos deux explorateurs soient tenus de remettre aux autorités mauriciennes leurs spécimens et notes scientifiques. Il convient, cependant, estime le Dr Vaughan, de faire la part de la jalousie et de l?envie des autorités gouvernementales d?accaparer une part de la gloire scientifique, devant couronner tôt ou tard les découvertes scientifiques malgaches du tandem Hilsenger-Bojer. Heureusement pour eux, Lowry Cole revient à de meilleures dispositions. Hilsenberg ne pourra pas profiter de ces bonnes dispositions. Il effectue une autre expédition scientifique dès décembre 1823, aux Seychelles. pour s?achèver en mai 1824. Il rembarque de nouveau en direction de Madagascar où la mort l?attend à l?île Sainte-Marie. Bojer ne semble pas l?avoir accompagné dans ce dernier voyage. Des notes additionnelles semblent indiquer qu?à la même époque, il explore d?autres régions de la Grande Ile et des côtes orientales du continent africain. (À suivre)
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