Comment naîtra la troisième force

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Un nouveau parti, soit. Le Ralliement citoyen pour la patrie ambitionne de casser la bipolarité historique du paysage politique mauricien. Belle ambition. Même s’il n’en a pas la primeur. D’autres ont essayé avant lui de devenir la « troisième force », sans succès. Les conditions pour que se lève un vent nouveau n’étaient pas réunies. Mais le sont-elles aujourd’hui ?
Offrir une alternative aux partis traditionnels.

C’est la raison d’être du Ralliement citoyen pour la patrie ( RCP), lancé cette semaine. Ce parti rejoint sur la scène politique d’autres qui, avant lui, ont tenté d’incarner le changement. Tous ont estimé que la population les attendait en sauveurs. Et pourtant, les Mauriciens, si prompts à critiquer leurs politiciens et à réclamer de nouvelles têtes, n’ont plébiscité aucun d’entre eux.

Peu conservent encore l’espoir de réussir un jour. Le projet d’une nouvelle force politique est- il condamné d’avance ? S’il ne faut « jamais dire jamais en politique » , selon les mots de Paul Bérenger, force est de constater que la tâche de ces militants du renouvellement est des plus ardues. Leur succès dépend en effet de la délicate réunion de plusieurs ingrédients hors du commun.

« Notre système électoral, basé sur le scrutin majoritaire ( First Past the Post), favorise la bipolarisation , explique le politologue Jocelyn Chan Low. Le parti en tête voit sa victoire amplifi ée, le second récolte quelques sièges et le troisième n’a pas grand- chose. » Le statu quo est aussi favorisé par les très grands moyens dont disposent les partis traditionnels.

Et aussi par le fait qu’à Maurice, l’allégeance partisane est encore majoritairement transmise des parents aux enfants.
L’introduction d’une dose de proportionnelle pourrait changer les choses. Elle permettrait à un parti qui décolle d’obtenir des sièges à l’Assemblée nationale avec un score modeste mais prometteur ( disons 10%). Mais le plus grand coup de pouce à l’émergence d’une troisième force pourrait venir des partis traditionnels euxmêmes.

« La perspective d’une alliance PTr/ MMM a accéléré la formation de notre parti » , confie Shabana Raman, secrétaire générale du RCP. Si les deux principales forces du pays venaient à s’allier, le vide ainsi créé dans l’opposition serait propice à un nouveau parti incarnant le changement. L’exemple s’est vu dans le passé, quand la coalition PTr- PMSD, survenue après l’indépendance, a poussé tous les déçus du gouvernement vers le MMM naissant.

Evidemment, on ne peut faire des événements du passé des instructions strictes pour les nouvelles générations. Mais l’exemple de l’émergence du MMM, tout comme celle du PTr, rappelle, selon Chan Low, une donnée fondamentale : « Nos trois grands partis - PTr, PMSD et MMM - sont tous nés en réponse à une situation sociale et économique critique » . Le PTr est issu de la lutte des travailleurs pour leurs droits, le PMSD des inquiétudes des minorités avant l’indépendance et le MMM du choc entre les aspirations des jeunes baby- boomers et la stagnation des années 70. Les jeunes partis tels que le RCP n’ont certes pas à espérer que la crise économique perturbe le pays à tel point qu’elle pousse les citoyens à réclamer un changement radical. Mais, comme le dit le politologue, « ils doivent se demander quelles forces sociales existantes ont besoin de s’exprimer » . L’éventuelle réussite d’une troisième force dépendra ainsi de sa capacité à sentir les dynamiques profondes de la société mauricienne et à les capter dans un programme et un positionnement. « Pour le moment, les jeunes partis expriment surtout un désarroi au sujet de la pratique politique prévalente » . Cette récurrente complainte des conversations à Maurice ne semble pas, tout comme la fameuse « lutte contre le communalisme » , suffisante pour constituer une plateforme capable de secouer les habitudes et le confort des citoyens. « Il faudra que le parti indique clairement sur quelle ligne il combat plutôt que de rester dans des généralités », résume Amédée Darga, ancien membre du MMM.

Lire la suite dans l''''express Dimanche du 26 août

 

N. Moolna, A. Bucktowarsing, G. Gouges, V. Moonien

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