Cafouillage dans la surface

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Depuis le départ du Français Jean-Marc Nobilo en 2001, le foot mauricien attend la venue d?un DTN. Sept ans déjà et toujours rien de concret. Des promesses, des noms de candidats potentiels cités à profusion? Mais toujours rien à l?horizon. Du bricolage, rien de mieux. Pour preuve, la situation du Club M, coaché par un sélectionneur intérimaire, Benjamin Théodore. Appelé en « pompier » il y a trois semaines, il dirigera la sélection, pour un seul match, face au Cameroun samedi à Yaoundé en éliminatoires de la CAN et du Mondial 2010. Avant, sans doute, de céder la place. La Mauritius Football Association (MFA) clame qu?elle n?a pas les moyens de payer l?oiseau rare. Est-ce vraiment le cas ? Prem Jodha, président de l?instance foot, est catégorique : « La MFA ne dispose pas de moyens pour amortir, seule, les coûts de l?embauche d?un DTN. Il ne faut pas se leurrer. Un entraîneur étranger coûte énormément, surtout si nous en voulons un de calibre. » La MFA doit prévoir un budget annuel de Rs 3 millions si elle décide, malgré tout, de recruter un DTN. Anwar Elahee, responsable de la Commission technique, donne les détails : « Il faut compter au moins 6 000 euros par mois, environ Rs 250 000, tous frais compris, si nous voulons avoir un bon technicien. La MFA, seule, n?en a pas les moyens. » Auparavant, elle bénéficiait de l?aide de la Coopération française. Cette dernière prenait une bonne partie des dépenses à sa charge. Ce qui avait permis de recruter des entraîneurs étrangers, de François Blaquart à Patrick Parizon, en passant par Jean-Michel Bénézet. « Ce n?est plus le cas désormais, précise un cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS). La France n?aide plus dans ce secteur. » Des questions se posent. La MFA ne peut-elle vraiment pas payer un entraîneur étranger ? Ne bénéficie-t-elle pas de plus de Rs 7 millions de la Fifa chaque année ? A la MFA, l?argent demeure un sujet tabou. Le trésorier Nazir Bowud confie que ce « pactole » est utilisé pour les dépenses courantes : « Avec l?allocation annuelle de l?instance suprême du football, il nous est impossible d?encourir les frais d?embauche d?un DTN. Cette dotation est catégorisée, chaque item a été identifié, comme l?administration, le foot féminin ou encore l?arbitrage. » Et les Rs 7 millions de la dotation annuelle du ministère de la Jeunesse et des Sports ? Là encore, ce n?est pas aussi simple. Un «Sports Officer » explique que la somme n?atterrit pas directement dans les caisses de la MFA. « Cet argent, nous ne le donnons pas directement à la MFA. Il est utilisé pour les frais de déplacement des équipes à l?étranger, entre autres choses. Nous décaissons au fur et à mesure qu?il y a un déplacement. Il y a un suivi perpétuel de cette allocation », fait-il ressortir. Parizon, l?épisode qui fâche Une aide de l?Etat reste pourtant incontournable. D?où les nombreuses approches de la MFA ces dernières années. Des noms sont cités continuellement : de Gérard Gili à Wilfred Rainer, en passant par Manuel Amoros, Armancin, Cavagnaro, Bickelhaupt. La liste est longue. La dernière fois que la MFA a frappé à la porte du ministère, c?était pour présenter deux dossiers : celui du Français Gili et de l?Allemand Rainer. « Ces deux personnes nous intéressent, avoue Anwar Elahee. Le ministère a reçu notre demande depuis quelque temps déjà. Mais nous attendons toujours une réponse. La MFA ne peut pas avancer sur l?un ou l?autre dossier sans le ministère. » Au MJS, l?éventuel recrutement d?un de ces deux entraîneurs n?est pas une priorité. « Il y a eu une demande dans ce sens, lâche un cadre au bâtiment Emmanuel Anquetil. Le ministère ne s?engagera pas dans cette voie sans avoir étudié tous les axes. Gili n?aurait été qu?un consultant, alors que pour Rainer, le soutien à travers les accords bilatéraux entre Maurice et l?Allemagne n?a pas abouti. » Il y a une bonne raison pour laquelle le MJS ne traite pas la demande de la MFA avec égard. L?épisode Patrick Parizon lui est resté en travers de la gorge. Un cadre du ministère raconte : «Dans le cas de Parizon, la MFA devait payer la moitié des Rs 120 000 mensuelles. Or, elle n?a jamais honoré son engagement et le ministère avait eu à tout prendre à sa charge, soit environ Rs 3 millions. » Un précédent qui fâche. Surtout avec des relations entre l?association et le ministère souvent tendues. « Le MJS a toujours eu l?impression que la MFA l?utilisait selon ses envies. La dernière fois, c?était la nomination de Chundunsing comme coach national. L?association, autonome, n?a jamais consulté le MJS, considéré comme partenaire ponctuel seulement », entend-on du côté du MJS. Entre affaire de sous et problèmes relationnels, le football mauricien s?impatiente dans l?attente d?un DTN. Les techniciens sont plus que jamais unanimes à dire que cette discipline a besoin d?une expertise étrangère pour se relancer. Les entraîneurs de club et les formateurs sont généralement en faveur de la venue d?un DTN. Ils se refusent tout de même à témoigner ouvertement. « La formation souffre à tous les niveaux, c?est la cause de la décadence de cette discipline », murmure-t-on autour des terrains. Depuis quelques semaines, l?embauche d?un DTN étranger est revenue sur le tapis. Devanand Ritoo, nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, semble déterminé à atteindre cet objectif. « Le fait que le ministre montre un intérêt croissant à faire venir un entraîneur étranger nous fait plaisir », exulte déjà Prem Jodha. A la MFA, l?espoir renaît. Idem au sein de la communauté foot. [email protected] [email protected]
PORTRAIT-ROBOT Le sélectionneur idéal Existe-t-il un sélectionneur idéal pour la sélection de foot ? Ce n?est pas sûr qu?il court les rues, vu les conditions « alambiquées » à réunir pour obtenir le bon candidat. Le sélectionneur idéal devrait en effet être un étranger, pas cher, expérimenté à son poste et possédant de grosses facultés d?adaptation. Il doit aussi avoir de bonnes notions de communication, chose qui avait cruellement fait défaut à l?ancien titulaire, Ashok Chundunsing. Ce dernier s?était en effet marginalisé par ses sarcasmes répétés envers les journalistes, qui avaient osé dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Un véritable oiseau rare?
CHRONOLOGIE DES ENTRAINEURS ■ De Mc Lennan à Parizon 1974-1975 : Danny Mc Lennan devient le premier étranger à entraîner la sélection nationale. L?Ecossais revient pour un court séjour en 1984. ■ 1985-1986 : Helmut Kosmehl prend en main l?équipe nationale. L?Allemand, épaulé par Mamade Elahee, aide Maurice à remporter la médaille d?or aux 2es Jeux des îles à domicile. ■ 1989 : Hervé Revelli ne passe qu?une année à la tête de la sélection nationale. Le Français, associé à Parmanand Ramchurn, ne marquera pas les esprits ■ 1989-1993 : François Blaquart est le premier « DTN » du football mauricien. Le Français lance le Centre national formation de football (CNFF), berceau de la réussite du sport roi dans les années 90. ■ 1991-1993 : Rudi Gutendorf est responsable de la sélection avec Mukesh Ramrekha comme assistant L?Allemand succède à Blaquart à la tête de l?équipe nationale. Le Français continue, entre-temps, son excellent travail au CNFF, qui, plus tard, portera son nom. ■ 1994-1996 : Jean-Michel Bénézet reprend le flambeau de Blaquart. Pendant deux années, le Français poursuit le travail de son compatriote sur le plan de la formation. ■ 1996 : Philippe Goubet fait un passage éclair au poste de DTN. Un mois seulement ! Un trio mauricien, Akbar Patel - Govind Thondoo - Sarjoo Gowreesungkur, tient alors les rênes de l?équipe nationale. Une expérience qui ne dure que quelques mois. ■ 1996-1998 : Pas de DTN. Ashok Chundunsing se retrouve à la tête de la sélection. Un chapitre « inoubliable » : faillite aux Jeux des îles à La Réunion et départ tumultueux du coach qui n?a jamais été en odeur de sainteté avec la presse. ■ 1999-2001 : Après l?arrêt d?une année de toute compétition, Jean-Marc Nobilo est nommé DTN. Le Français ne s?attelle qu?à la formation et passe deux années à tenter de remettre sur les rails les centres de formation avant de partir pour la Libye. ■ 1999-2002 : Rajen Dorasami et France l?Aiguille sont co-entraîneurs de la sélection. Le tandem réussit à mener l?équipe vers une bonne campagne africaine, avec notamment des victoires sur le Gabon et l?Angola. ■ 2002-2003 : Patrick Parizon débarque comme sélectionneur en vue des Jeux des îles à venir. Le Français est assisté de Rajen Dorasami et France l?Aiguille. Il rend son tablier après une débâcle contre l?Egypte. ■ 2003 : A quelques semaines des Jeux des îles, Akbar Patel se voit confier la dure tâche de prendre en main la sélection. Avec son fidèle compagnon, Désiré L?Enclume, il mène Maurice à la médaille d?or à ces Jeux. ■ 2004 : La confiance est placée en deux entraîneurs mauriciens, Rajesh Gunesh et Elvis Antoine. ■ 2005 : La paire inséparable Rajen Dorasami - France l?Aiguille revient, pour quelques mois, au-devant de la scène. ■ 20062007 : Sarjoo Gowreesungkur devient entraîneur du Club M avec Patrick Prêle comme assistant. Aux 7es Jeux des îles à Madagascar, Maurice prend une piteuse quatrième place au terme d?un parcours catastrophique. ■ Août 2007 : Comme en 2003, Akbar Patel est appelé pour dépanner l?équipe nationale, cette fois, pour un match qualificatif de la CAN 2008 après la démission de Gowreesungkur. ■ 2007-2008 : Le bouillant Ashok Chundunsing revient aux affaires. Sa titularisation comme entraîneur national ne fait pas l?unanimité. Il est évincé de son poste en septembre de cette année pour manque de résultat positif. ■ Septembre 2008- ? : Benjamin Théodore est nommé entraîneur national à titre temporaire. Il dirigera la sélection samedi à Yaoundé. Son avenir avec l?équipe nationale reste flou.
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