Arnaud Carpooran: «C’est aux Mauriciens d’adapter le concept de créolité à leur réalité»

Avec le soutien de

Dans le cadre de la 4ème édition du festival créole, le professeur Arnaud Carpooran de l’université de Maurice et auteur du dictionnaire créole, lancé en février 2009, revient sur le concept de «créolité».

«Parler du festival créole sans mentionner la créolité, c’est comme un ‘satini sans piment’», avance Arnaud Carpooran. Pour lui, ce terme d’origine antillaise a traversé les océans et s’est mauricianisé. «Le concept est vieux et c’est un mot intellectuel qui a été proposé aux Mauriciens. C’est sûr que sans le festival, il ne serait pas connu du grand public. En bref, ce concept désigne l’ensemble de faits culturels qui existent dans les îles coloniales, ayant connu plus ou moins la même histoire. C’est aux Mauriciens de s’en approprier et de l’adapter à leur réalité», ajoute l’universitaire.

Parlant de la polysémie du mot ‘créolité’, Arnaud Carpooran cite le simple fait de la langue créole. «Le créole met les Mauriciens sur un même pied d’égalité. C’est une langue qui appartient à tous les Mauriciens. C’est un point de départ vers une ouverture, le créole est unificateur», précise, à cet effet, le chargé de cours à l’Université de Maurice.

«Ceux qui s’approprient la langue créole ne font que revendiquer ce qui leur appartient déjà et ceux qui la rejettent où ne la valorisent pas sont dans un processus d’aliénation car ils rejettent ce qui leur appartient», précise Arnaud Carpooran.

Autre son de cloche du côté d’Alain Ah Vee, membre de Ledikasyon Pou Travayer (LPT). «La notion de créolité est vague et pas très claire. C’est utilisé dans le cadre du festival créole pour masquer les réalités de classe qui existent à Maurice», affirme-t-il. Selon lui, c’est le travail qui dessine les contours d’une identité puisque les 525,000 travailleurs passent plus de temps au travail. «C’est dans leurs lieux de travail que les Mauriciens définissent leur culture», précise-t-il.

«Pour les jeunes, la notion de créolité ne veut pas dire grand-chose, car ils refusent d’être enfermés dans des catégories», avance Alain Ah Vee, qui rappelle les dangers d’une mauvaise utilisation de ce concept. «D’autres groupes dans notre société peuvent ne pas se retrouver dans cette notion. La preuve qu’il est mal utilisé, c’est que les autorités songent à un festival tamoul», conclut-il.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires