Alain Tolbize : « Les Rodriguais n’accepteront pas le renvoi des élections régionales »

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A la veille des élections partielles à Rodrigues, le président de la Rodrigues Workers Federation (RWF), Alain Tolbize, revient sur la situation politique dans l’île. Dans son analyse, ce samedi 11 juin, il se montre extrêmement sévère envers le gouvernement central.


Comment s’est passée la campagne électorale à Rodrigues&nbsp?

Le Mouvement rodriguaise (MR) souhaite des élections partielles suivies d’amendements à la loi sur l’autonomie. Nicolas Von-Mally a exprimé son souhait que les élections régionales, qui doivent se tenir en décembre, soient renvoyées pour un an au moins. Les deux autres partis de l’opposition ont eux réclamé des élections régionales générales.

La décision d’organiser des partielles a été mal accueillie par l’opposition et la société civile rodriguaise…

En général, la population rodriguaise ne souhaitait pas de partielles. Si la décision en incombait aux Rodriguais, je ne pense pas qu’il y aurait eu des élections partielles. Les Rodriguais n’ont pas apprécié d’avoir été suspendus à une décision de Navin Ramgoolam pendant des semaines. A attendre tous les jours une déclaration du prince de Port-Louis. Ce n’est effectivement pas normal que nous soyons, en tant que peuple, suspendus à une décision de Port-Louis. D’autant plus qu’il s’agit d’un décideur que nous n’avons pas eu l’occasion de voter d’une manière ou d’une autre et que nous ne pourrons pas sanctionner en cas d’insatisfaction. C’est contre le principe de base de la démocratie.

Personnellement, comment avez-vous accueilli l’idée d’élections à quelques mois de la dissolution automatique de l’Assemblée régionale&nbsp?

Si le gouvernement central a privilégié l’organisation de partielles dans le plus strict respect de la démocratie alors nous disons que c’est une bonne chose. Mais si cela fait partie d’une stratégie pour effectivement renvoyer les élections régionales alors ce serait purement et simplement un manque de respect pour l’autonomie et la démocratie. Si le gouvernement central est en train d’organiser ces partielles dans cette optique alors c’est très grave. Ce sera clair à ce moment qu’il n’était pas question de démocratie mais d’une stratégie politique dictée par le gouvernement. D’autant plus que les Rodriguais verront cela comme un gaspillage d’argent alors que les dossiers brûlants nécessitant des investissements urgents ne manquent pas.

Que pensez-vous des amendements proposés par le MR&nbsp?

Le MR propose principalement deux amendements. Premièrement, une interdiction aux élus démissionnaires de se représenter devant l’électorat et, deuxièmement, l’élimination complète de la section liée à la proportionnelle. Ce sont deux amendements que nous rejetons sur toute la ligne.

Dans le cas d’une démission, c’est à l’électorat de décider si son représentant a pris la bonne décision. Si l’électorat juge que celui qu’il a élu n’aurait pas dû démissionner, il le sanctionnera sur le bulletin de vote. Nous ne pouvons cautionner une loi qui empêcherait quiconque de se présenter devant l’électorat. C’est un amendement qui va restreindre l’espace démocratique.

En ce qu’il s’agit de la proportionnelle, le MR estime que ce système ne permet pas de garantir une majorité confortable à l’Assemblée régionale. Moi je dis aux politiciens que s’ils veulent avoir une majorité confortable, il faut présenter un projet de société auquel une majorité de Rodriguais adhérera.

Ce n’est pas parce qu’on n’arrive pas à faire élire un grand nombre de ses candidats par les moyens démocratiques existant qu’il faut amender la loi pour y parvenir.

Et qu’en est-il de la proportionnelle&nbsp?

Le système de proportionnelle existant n’est pas une mauvaise chose en soi. Il y a certes des nombreuses avenues d’amélioration mais je ne pense qu’il faut complètement l’éliminer.

Vous n’êtes, donc, pas pour le statu quo en ce qu’il s’agit de la législation&nbsp?

Non, je dis que les amendements proposés et les raisons avancés par le MR ne sont pas les bonnes. Il existe cependant beaucoup des choses à faire pour améliorer le cadre législatif de Rodrigues. Par l’exemple, il faut des amendements pour permettre l’utilisation du kreol à l’Assemblée régionale. Toutefois, tout projet d’amendements doit obligatoirement se faire après les élections régionales générales. Ainsi, les partis politiques qui participeront à ces consultations pourront l’inclure dans leur programme électoral et le présenter à l’ensemble de la population. C’est un exercice important qui mérite la participation de toute la population. Ce n’est certainement pas la prérogative d’un parti politique qui n’a pas été élu avec un tel mandat.

Le MR pense qu’avec le système actuel, il lui sera difficile de remporter les élections. Alors il propose d’apporter des changements qui lui garantiront une victoire.

Quels sont les enjeux de ces consultations&nbsp?

Sur le plan du rapport des forces à l’Assemblée régionale, les résultats de lundi prochain ne changeront rien dans la configuration actuelle. De toute façon, la majorité du MR n’est nullement menacée.

Personnellement, je pense qu’il n’y aura pas d’autre élection cette année à Rodrigues. Je pense que la stratégie de Von-Mally et de ses alliés est de renvoyer les élections qui devraient normalement avoir lieu en décembre.

Croyez-vous encore dans l’autonomie&nbsp?

L’autonomie n’a jamais fonctionné à cause du peu de pouvoir accordé à l’Assemblée et l’administration régionale. Ce ne fut qu’un semblant d’autonomie. Toutes les décisions sont prises à Port-Louis.

Mais vous avez un représentant au gouvernement…

Von-Mally est un homme compétent peut être même plus que d’autres membres du cabinet. Cependant son gouvernement impose une hausse de 30&nbsp% du fret vers Rodrigues et il ne peut rien faire pour éviter ce poids additionnel. La plupart des produits se vendent déjà plus chères qu’à Maurice. Avec cette hausse la différence va encore s’accentuer. La répercussion sur la vie des Rodriguais sera conséquente alors que la compensation sera décidée à Port-Louis à partir de la réalité des Mauriciens uniquement.

D’autre part, il suffit de Rs 9 millions de subventions additionnelles pour que le riz se vende au même prix qu’à Maurice. On veut nous faire croire que le ministre de Rodrigues ne peut mobiliser Rs 9 millions pour soulager le peuple rodriguais. Cela soulève deux questions. Quelle est la place au cabinet du ministre de Rodrigues et quel est son pouvoir. Les Rodrigues ne se contenteront plus d’un ministre symbolique et impuissant.

La dernière fois que vous avez été interviewé par lexpress.mu vous disiez que la revendication indépendantiste prenait de l’ampleur. Qu’en est-il aujourd’hui&nbsp?

L’indépendance n’est plus une option pour nous, c’est devenu une obligation. Il y a des gens à Maurice qui disent que nous ne savons pas diriger. Vous pouvez donner le meilleur bus qui existe au meilleur des chauffeurs. Mais sans moteur, il n’ira pas loin.

L’heure est venue pour les Rodriguais de décider d’eux-mêmes de leur devenir. Ce n’est pas une faveur que nous demandons mais un droit humain que nous réclamons. Nous sommes déjà au bord du précipice qu’on nous laisse la possibilité de nous en sortir par nos propres moyens.

N’êtes-vous pas trop sévère envers Port-Louis…

Je suis venu à Maurice dans le cadre des consultations avec le Pay Research Bureau. Nous avons refusé de déposer devant cette instance après avoir constaté que 93&nbsp% des recommandations concernant Rodrigues n’ont pas été implémentées à ce jour alors qu’à Maurice plus de 90&nbsp% des recommandations sont déjà appliquées. Cela s’apparente beaucoup à de la discrimination sur la «&nbspplace of origin&nbsp». Si à partir de là, je dis que le gouvernement central est anti-rodriguais, me traitera-t-on de sécessionniste&nbsp?

Vous donnez l’impression que la République n’a aucune considération pour cette partie de son territoire&nbsp?

Il me semble que la seule politique qui existe pour Rodrigues, c’est d’encourager la migration vers Maurice. Un gouvernement ne peut se contenter de décider, de diriger et d’imposer sans se soucier des problèmes au quotidien d’un groupe de citoyens.

Propos recueillis par Jean-Yves Chavrimootoo


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