?After Tokyo?, la subtile verticalité japonaise de Firoz Ghanty

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A l?entrée de la galerie Evershine, à Rose-Hill, sont disposés des bambous géants. Ce qui pourrait évoquer le Japon, ou la Chine. Mais, si l?on a en mémoire le thème de l?exposition qu?elle abrite, notamment After Tokyo, de Firoz Ghanty, l?on ne peut s?y méprendre. Et l??il du regardeur se pose, à quelques pas, sur un kakemono déroulé portant, en noir dynamique sur fond muscade, le signe du toril. Le regardeur accède à la terre du Soleil Levant, celle du Matin Calme. Le toril, on le sait, est ce portique qui précède l?entrée des temples shintoïstes, au Japon comme ailleurs. A San Francisco, par exemple, où il introduit le vi-siteur au jardin du thé. En ligne de fuite, l??il accroche d?autres bambous au fond de la salle. Ils ferment l?exposition; soulignent habilement la profondeur de l?espace. Fascinant ! 700 pieds carrés, lieu rêvé pour tout artiste à tendance monumentale. Enclin aux épousailles ?uvre-espace. ? Rehaussez ce plafond ! Et relevez ce kakemono allongé, pour délit de gigantisme, et nous serons comblés. ? Firoz Ghanty a su occuper ce vide, habité des seuls colonnes de soutènement, sans trait éminent Ils participent de belle manière, du caractère vertical des kakemonos, sans jamais diviser l?espace. Le doux flux et reflux des ?uvres légères sur papier, sous le souffle délicat de la brise, apporte un surcroît de vie à cette ambiance japonaise qui nous est proposée. Le Japon ? Le plasticien s?y est plongé durant neuf semaines; résidence offerte par le collectionneur japonais, Yuji Inoyama. Qui acheteta la collection Le Pont 1 lors de l?exposition du Réunionnais André Béton, et des Mauriciens Firoz Ghanty et Ismet Ghanti, à la galerie Max Boullé en juillet 2000. L?ambiance offerte aux Galeries Evershine est la re-création du vécu japonais ghantien. Outre des kakemonos de toutes dimensions, Firoz présente, dans l?esprit de la contemporanéité, une salle de séjour, avec ses tapis et coussins au sol, sur fond de kakemono géant, et autres meubles, pa-ravents, coffre et carnet de voyage. Par la différence de formats des kakemonos, le regardeur appréhende déjà la relation de l?artiste avec l??uvre : intimiste pour le petit et relation physique plus marquée pour le monumental. Un dialogue autre L?éloge du vertical, auquel l?on est convié, est, par le kakemono, la résultante d?une démarche du plasticien depuis un peu plus d?une décennie. C?est le rejet de la peinture sur chassis et des cimaises européennes. Aussi s?est-il donné à c?ur joie pour le choix des tissus et papiers japonais, supports de sa présentemanifestation. Eux-mêmes tout un art. Le raccourci de l?artiste par l?expression graphique allège ses espaces. Il transcrit, à la manière d?un haïku, la subtilité japonaise. Terre du geste juste et des nuances par excellence, elle lui dévoile l?élégance du gris. ?Alors que, intervient l?artiste, j?ai toujours utilisé le noir et porté une chemise noire lors de mes activités politiques, par exemple. Le noir ramasse les énergies. Le Coran est enveloppé d?un tissu noir.? En effet, La Kabba, elle-même est parée de noir. Les références à la nature abondent, pour recréer cette aire de cerisiers en fleurs, mais aussi terre ?rude et sauvage, accidentée en permanence. L?hiver japonais est sombre, mais ce n?est pas l?obscurité européenne?, souligne l?artiste. Qui le traduit en noir et blanc. Un signe récurrent, le Kamon. Pour l?expliquer dans son ?uvre, Firoz Ghanty dira : ?Le Japonais est un copieur. Il prend ce signe d?une armoirie familiale, y ajoute une bricole à sa guise. Mais le Japonais copie pour rendre encore plus subtil. J?ai suivi la même démarche.? After Tokyo est un hommage à la sophistication japonaise, toute de soie fignolée. Sans oublier la Japonaise, dont Firoz Ghanty dira: ?Les plus belles femmes du monde sont au Japon.? Cette exposition a bénéficié de l?aide de la National Art Gallery et de son président, Sheshcoomar Seetohul, du ministère des Arts et de la Culture, et d?autres sponsors. La réalisation textile est de Rosh Déko; les meubles, de Kamlesh Nithoo. Jeanne Gerval-Arouff
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