75 ans du Parti travailliste : Rivaltz Quenette et Guy Narainsamy se souviennent encore…

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Ils étaient encore enfants quand le Dr Maurice Curé crée le Parti travailliste (Ptr) en 1936. Quelques années plus tard, ils allaient tous deux rejoindre les rouges. Rivaltz Quenette (à gauche)&nbspet Guy Narainsamy (à droite)&nbspont côtoyé des personnages emblématiques de ce parti et se souviennent.

C’est aux côtés d’Emmanuel Anquetil et de Guy Rozemont qu’ils ont fait leurs premiers pas sur la vie politique. Rivaltz Quenette et Guy Narainsamy, aujourd’hui 83 et 80 ans, respectivement, ont été les témoins privilégiés de l’émancipation politique de notre pays durant la période pré-indépendance.

Il a à peine 14 ans quand il intègre le Ptr fin 1944. «J’étais un jeune salarié et je me joignis à la mouvance syndicale menée par le parti. Je détestais cette société injuste et j’étais prêt pour la révolution», se remémore Guy Narainsamy.

Il se souvient des fers de lance du Ptr à cette époque. «Rozemont, Anquetil, Barthélemy Ohsan, entre autres. Et puis il y avait ce jeune homme que nous appelions l’intellectuel des pauvres – Rivaltz Quenette.»

De son côté, Rivaltz Quenette se souvient d’un meeting de Marcel Mason tenu un dimanche matin. A côté de lui se tenait quelqu’un qui interrompait constamment l’orateur pour le contredire. «C’était Anquetil et à côté de lui se tenait Rozemont», précise-t-il. Ces deux personnages allaient le convaincre de la nécessité d’un engagement politico-syndical.

Cependant, Rivaltz Quenette n’a jamais été membre du Ptr. Il était membre du Cercle Rémy-Ollier. «C’était, en quelque sorte, le cercle politico-culturelle du Ptr.»

Rivaltz Quenette estime que c’est sa défaite aux élections de 1936 qui pousse le Dr Curé à radicaliser ses actions. Ainsi il appelle à un grand rassemblement le 23 février 1936 au Champ-de-Mars. Il y annonce la création d’un parti politique pour représenter les travailleurs au sein du conseil législatif.

Toutefois le choix du nom ne sera connu qu’au moment où il enregistre son parti à la municipalité de Port Louis trois semaines plus tard, le 13 mars 1936. Le Parti travailliste est né.

Emmanuel Anquetil rejoindra le Ptr l’année suivante. Son arrivée va donner un essor au parti. Si son fondateur reste à la présidence, beaucoup voit en Anquetil le vrai leader. Il en va de même pour l’administration coloniale.

Dans une correspondance adressée au secrétaire d’Etat aux colonies, en date du 13 septembre 1938, le gouverneur Bede Clifford, administrateur de la colonie, confirme cette thèse.

«Le Dr Curé est, comme vous le savez, officiellement le dirigeant du parti. Mais l’organisateur de génie et le cerveau derrière ses actions est, à mon avis, Anquetil», écrit le gouverneur Clifford sans doute pour contester le retour dans l’île d’Emmanuel Anquetil, déporté à Rodrigues.

Trois ans après, le Dr Curé va se retirer en laissant la présidence du parti à Emmanuel Anquetil. Il meurt le 29 décembre 1946 et c’est son lieutenant Guy Rozemont qui prend la direction du parti.

«Bref, arrivent les élections de 1948. Il y a eu un petit désordre au sein du parti au moment il fallait allouer les tickets aux éventuels candidats. Il y quatre candidats à choisir», raconte l’historien-témoin.

Guy Rozemont, qui a pris entre temps la direction est un candidat incontestable des rouges en tant que président. Renganaden Seeneevassen et le Dr Emilien veulent imposer leur candidat et sont expulsés du Ptr. Finalement après d’âpres pourparlers, le Ptr accepte de parrainer la candidature des deux expulsés qui réintégreront le parti par la suite. Sir Seewoosagur Ramgoolam siège déjà au conseil législatif, nommé sur recommandation du gouverneur général Bede Clifford.

«L’autre candidat du Ptr est un certain Zamudio. Ce dernier sera battu par un novice de la scène politique, Benjamin Emilien qui profite des dissension au sein du Ptr», ajoute Rivaltz Quenette. Les trois autres candidats sont élus. C’est une victoire écrasante du Ptr.

Nos deux témoins s’accordent à dire que cette victoire manque un tournant dans l’histoire du parti.

Guy Narainsamy est lui encore plus catégorique dans ses propos. «A partir de cette victoire les gens se sont rendus compte de la montée en puissance du Ptr. Un groupe d’intellectuels a alors intégré le parti avant d’y fomenter un véritable hold-up. Ils nous ont volé notre parti», se souvient avec colère et amertume le doyen du Ptr.

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