Rappel de la loi: les taxis «marron» voient rouge

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Elle brave chaque jour le soleil et la pluie dans sa petite voiture pour nourrir ses deux enfants. Elle, c’est Cécilia, 34 ans. Mère célibataire de deux enfants âgés de trois et 13 ans respectivement, Cécilia confie qu’elle fait «taxi marron» depuis deux ans et que cela fait aussi deux ans depuis qu’elle joue au chat et à la souris avec les forces de l’ordre pour pouvoir travailler. «Ena deux ans kan lavi inn kumans vinn dur avec konfinnman tousala monn lance mwa ladan pou kapav gagne la monnaie pou nouri mo zanfan. Se enn travail ki fer gramatin pou manze tanto sa mai li pe aide mwa. Parski travay nepli ena em. Sa laloi la depi lontan sa et bokou problem gagne pou travay.» Travailler comme «taxi marron» lui permet aussi d’accomplir son rôle de mère comme il faut. «Je peux être présente pour mes enfants entre une ou deux courses. Je travaille tous les jours de 9 à 18 heures.» 

Secrétaire de métier, la jeune femme explique qu’il n’y a pas un jour où c’est facile de faire ce métier. Non seulement parce qu’elle est une femme mais aussi parce que les policiers veillent au grain «les gens comme moi». «Ils surveillent chaque fait et geste à Port-Louis. Je fais les courses de Port-Louis à Baie-du-Tombeau. Et kan pe pran passaze pe fer li dan la peur. Deza pe trase gagne enn kontraventyon Rs 3 000 li pa fasil.» 

Elle explique que travailler dans l’illégalité n’était pas son choix car elle a déjà soumis une demande pour une patente de taxi mais elle a été envoyée sur les roses. «On m’a dit que dans ma localité il y a trop de taxis. Mais ce n’est pas juste.» 

Des propos que soutient Abou, 40 ans, taxi «marron» à Curepipe. Ce dernier explique que de son côté il essaie d’avoir une patente depuis cinq ans mais à chaque fois on lui répète qu’il ne l’aura pas. «Je suis père de quatre enfants. Mon père était chauffeur de taxi, c’est le métier que j’ai appris mais je n’ai pas le droit de travailler ; c’est injuste.» 

Pour ce dernier, imaginer que son gagne-pain est illégal est très dur. D’autant plus que l’argent qu’il gagne sert non seulement à s’occuper de sa famille mais aussi à acheter des médicaments pour une de ses filles qui est très malade et autrement capable. 

Comme Cécilia, Abou explique que l’injustice est surtout que beaucoup de personnes obtiennent une patente de taxis alors qu’ils ont un autre métier à plein temps ou loue leurs taxis par exemple alors qu’eux c’est leur véritable métier. «Il y a une certaine injustice et préférence dans l’obtention des patentes. La NLTA devrait plutôt vérifier cela au lieu de nous faire payer des contraventions.» 

Pour Koshik Reesaul, Road Transport Commissioner à la NLTA, le rappel de ce communiqué sur les réseaux sociaux ne fait que rappeler la loi qui existe déjà et qui existera toujours. «Un propriétaire de véhicule sans patente n’a pas le droit d’exercer comme taxi, c’est la loi et elle ne changera pas.» 

Selon lui, il est faux de dire qu’il y a des préférences dans l’obtention des patentes. «Beaucoup de ces personnes qui ont fait une demande ont soit déjà eu une contravention pour justement avoir officié comme taxi marron ou autre. Pour obtenir une patente il faut avoir un casier vierge et agir selon les lois.»

Les propriétaires de taxis menacent de faire grève contre le TOWF 

Plus de 200 chauffeurs de taxis organisent depuis plus d’une semaine des réunions et des manifestations contre l’obligation de faire partie du Taxi Operators Welfare Fund (TOWF) sous peine de voir leur patente de taxi résiliée. En effet, cette règle fait partie de la TOWF Act datant de 2021. Cette loi souligne que tous les propriétaires de taxis doivent en faire partie et payer une somme de Rs 3 600 par an. En retour, ils obtiendront plusieurs bénéfices comme des facilités de prêts ou encore de l’argent pour des funérailles, entre autres. Mais pour plusieurs propriétaires de taxis, il s’agit là d’un chantage et ils refusent de l’accepter. «D’après la Constitution, chaque personne a le droit de choisir si oui ou non elle fera partie d’un groupe où d’une association. C’est complètement injuste de menacer d’enlever la patente de ces travailleurs s’ils refusent d’en faire partie. Ils sont libres de leur choix», explique George Ah-Yan qui agit comme conseiller technique pour la Island Taxi Owners Association (ITOA) dont plus de 200 membres refusent de faire partie du TOWF. Le président de la de la ITOA, Ajit Soopaul, dit ne pas comprendre comment cela peut être une obligation alors qu’ils paient déjà des assurances. «Non seulement Rs 3 600 par an, c’est cher, car nous avons déjà d’autres frais à payer pour notre voiture ; de là à nous menacer de retirer nos patentes nous n’allons pas rester tranquilles.» Selon Georges Ah-Yan, ils ont la ferme intention d’organiser plusieurs meetings et même une grève de la faim pour montrer leur désaccord. Du côté de la NLTA, Koshik Reesaul explique que «la loi est la loi et qu’on ne peut pas la changer».

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