Tourisme: quand la drogue entrave l’adhésion des jeunes aux postes dans l’hôtellerie

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Selon les travailleurs sociaux, beaucoup de jeunes tombent dans les filets de la drogue, tant pour la consommation que la commercialisation, au détriment du boulot.

Selon les travailleurs sociaux, beaucoup de jeunes tombent dans les filets de la drogue, tant pour la consommation que la commercialisation, au détriment du boulot.

Si auparavant, bon nombre de jeunes étaient à l’affût des emplois dans le secteur de l’hôtellerie, désormais, la génération actuelle s’en désintéresse. D’où l’éventualité pour certains gestionnaires de solliciter la main-d’œuvre étrangère. Au banc des accusés pour ce désintérêt : les conditions de travail et surtout un fléau - la drogue. Accros, les jeunes Mauriciens cumulent consommation et commercialisation.

«La drog syntetik pe fer ravaz dan Moris… bel ravaz. Bann zeness kinn pourtan etidie, ou net pe trouv zot tom ladan. Ladrog la tro bo marse. Li pe bien affekte bann zenn», constate Salomon Gédéon, président du groupe Solidarité Miséricorde et de l’Association des marchands de plage de l’île-aux-Cerfs. Par conséquent, observe-t-il, les jeunes Mauriciens ne sont plus motivés à travailler dans l’hôtellerie. Pourtant, ils scrutaient autrefois la moindre opportunité d’emploi dans ce secteur qui incarnait le prestige et la fierté du service aux touristes. Selon lui, d’autres facteurs, comme, entre autres, le barème salarial et les conditions de travail qui incluent le service de nuit, sont imputables à un tel désintéressement.

Néanmoins, la dépendance à la drogue demeure un enjeu capital qui détourne nos jeunes des emplois existants dans la filière touristique. Aussi, Salomon Gédéon a décidé d’aller davantage vers cette génération pour des actions préventives. «Bann kinn finn emprizone, difisil pou tir zot. Me nou bizin sey guett bann ki a risk avan ki li tro tard», explique-t-il.

Pour Danny Philippe, chargé de prévention à l’ONG Développement Rassemblement Prévention Information (DRIP), la consommation de drogue s’étend dans tous les coins de l’île. «Actuellement, des formations de prévention à la toxicomanie se tiennent dans les hôtels à l’intention des employés. Plusieurs sessions sont prévues. Sur le terrain, on voit beaucoup de jeunes en proie à des difficultés professionnelles et dans leurs régions», affirme-t-il.

Selon lui, il est impératif de sensibiliser le personnel plus à même de voir les dangers possibles de la drogue. Il concède au fait qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre dans ce domaine. DRIP assure aussi la formation des jeunes que le Covid-19 a éloignés du secteur de l’hôtellerie, les décourageant d’intégrer cette filière. «Comme les hôtels ont dû fermer pendant et au-delà du confinement, la vulnérabilité du secteur était visible, ce qui freine cette génération à y prendre de l’emploi», ajoute-t-il.

Le salaire ainsi que le besoin de formation et d’expérience sont aussi d’autres facteurs qui ne rendent pas le secteur attractif. Pour en revenir à la dépendance à la drogue, cela peut résulter d’une instabilité familiale, et de la vulnérabilité de certains milieux, entre autres.

Un constat partagé par Rajesnarain Gutteea, coordinateur des forces vives de Trou-aux-Biches. «Certainement, on observe les méfaits de la drogue au sein de la nouvelle génération. Parallèlement, après la pandémie, les jeunes Mauriciens boudent ces emplois qui peuvent être également temporaires avec des contrats spécifiques. Pour ces raisons, bon nombre de jeunes ont été happés par la drogue. Pour certains, c’est de l’argent facile à gagner.» Ainsi, poursuit-il, en 2021, avec la fermeture des entreprises suite au confinement, plusieurs jeunes étaient au chômage et ont bifurqué vers des activités illicites comme la vente de stupéfiants.

D’après lui, après la canne à sucre, le tourisme a été l’épine dorsale de l’économie. Aussi, une prise de conscience s’impose auprès des jeunes pour maximiser leurs chances d’emploi et fuir cette dépendance. «Il y a une grande prédominance de la drogue, aussi bien en trafic qu’en consommation. Avec cette addiction, l’avenir ne tient pas. C’est ce que les jeunes doivent comprendre», avance-t-il.

Équilibre

Quant à Raj Reedoy, directeur général du Salt of Palmar, il concède que ce fléau et ses séquelles sont un problème généralisé parmi les jeunes. D’autres éléments entrent en jeu, comme l’importance qu’accordent les programmes scolaires à ce secteur, ou encore l’impact du Covid-19 qui a éloigné la main-d’œuvre. Il appelle à rehausser le Work-life balance, un impératif pour les jeunes aujourd’hui. «Bien sûr, il y a un manque de main d’œuvre dans les hôtels. Du moment qu’on arrive à leur apporter cet équilibre, ils seront motivés à y travailler.»

De son côté, Ramjheetun Vedprakash, président de la Federation of Hotels Taxi Association, souligne que la jeune génération décroche des petits boulots mieux rémunérés comparés aux postes dans l’hôtellerie. Donc, ils n’éprouvent même plus la nécessité de franchir le seuil d’un hôtel pour postuler.

Pour sa part, Lindsay Morvan, président de la Tourism Authority, estime que ce serait réducteur que d’attribuer le désintéressement des jeunes de ce secteur au seul problème de drogue. Et ce, bien qu’il reconnaisse que «Maurice fait face une recrudescence de la toxicomanie parmi les jeunes.» D’après lui, le problème de main-d’œuvre dans le secteur touristique est un défi auquel beaucoup de destinations touristiques, dont la France, font face.

Les raisons sont notamment le départ des employés de ce secteur après la période de restriction liée à la pandémie, la migration vers les bateaux de croisières où «les rémunérations sont beaucoup plus intéressantes malgré des horaires de travail assez difficiles». «Les horaires et conditions travail incluant les salaires pratiqués du secteur agissent également comme frein auprès des jeunes qui intègrent le marché du travail. Le secteur fait face actuellement aux mêmes défis que le textile durant les années 1980 concernant la main-d’œuvre locale», déclare-t-il.

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