Décès d'un bébé à Rodrigues | la mère: « et si le gynécologue était présent? »

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Après avoir accouché d’une fille morte à la naissance, Joanna Volbert Saint Pierre se demande si l’intervention immédiate de la gynécologue n’aurait pas augmenté les chances de survie de son bébé.

Après avoir accouché d’une fille morte à la naissance, Joanna Volbert Saint Pierre se demande si l’intervention immédiate de la gynécologue n’aurait pas augmenté les chances de survie de son bébé.

Le 13 août, Joanna Volbert Saint Pierre, enceinte de 39 semaines, a accouché d’une petite fille, morte à la naissance, à Rodrigues. À son arrivée à l’hôpital, une décélération du cœur du bébé a été constatée et la gynécologue de garde a été appelée d’urgence. Après l’accouchement, le bébé n’a pas survécu. Voulant obtenir des réponses sur les responsabilités de la spécialiste, la maman a porté plainte à la police. La gynécologue aurait-elle dû être sur place ? Une intervention immédiate aurait-elle pu sauver la petite ? Les autorités devront enquêter.

«J’ai demandé à la police de mener une enquête, si possible en collaboration avec le comité de négligence médicale, à la suite du décès de mon bébé le 13 août à l’hôpital Queen Elizabeth de Crève-Cœur. Cela est survenu aux petites heures du matin. Je veux savoir si la gynécologue aurait dû arriver à l’hôpital dès le premier appel quand le personnel médical a constaté que les battements cardiaques de ma petite fille étaient anormaux. Y avait-il des chances de survie de mon enfant si elle était déjà sur place pour intervenir immédiatement ?», s’interroge Joanna Volbert Saint-Pierre, mère de deux garçons.

Cette jeune femme de 34 ans a porté plainte lundi dernier au poste de police de Port-Mathurin. Depuis le 6 septembre, elle a envoyé une lettre pour relater les faits liés à son accouchement et la perte tragique de son bébé à huit instances locales et internationales, dont le bureau du Premier ministre, le ministère de la Santé, le ministère de Rodrigues, le chef commissaire de l’Assemblée régionale de Rodrigues, le commissaire à la Santé et celui des Women’s Affairs, Child Development and Family Welfare de Rodrigues, les Nations unies et l’Organisation mondiale de la Santé à Maurice.

Quels sont les points de discorde ? Joanna Volbert Saint Pierre affirme s’être rendue à l’hôpital de Crève-Cœur le 13 août vers 1 h 30 du matin. Après des examens médicaux, notamment à travers un cardiotocographe, une anomalie a été relevée au niveau des battements cardiaques du bébé. «Il n’y avait pas de gynécologue présent physiquement à l’hôpital. Celle de service a été informée du problème par téléphone. Cette dernière n’allait pas venir sur place mais don- nait des instructions téléphoniques. Il y a eu au minimum trois appels par deux à trois membres du personnel, dont la Charge Nurse et le généraliste, lui demandant de venir à l’hôpital mais cette dernière continuait à donner des conseils à distance», précise-t-elle.

«La santé, un droit inclusif»

La jeune femme affirme que c’est au bout d’une énième tentative téléphonique que la spécialiste se serait déplacée. Elle est entrée en salle d’opération vers 2 h 45 du matin pour son accouchement. Hélas, vers 6 heures, son mari, venu pour la visite matinale, lui apprend que le bébé est mort-né vers 3 h 19 du matin, à la suite d’une césarienne. «L’hôpital a appelé mon époux vers 4 heures pour l’informer du décès du bébé. Qui est responsable de cette situation ? Le droit à la vie de mon enfant at-il été respecté ? La santé est un droit inclusif. Est-ce le cas pour Rodrigues ? Pourquoi le même protocole de présence pour les gynécologues, pédiatres et anesthésistes à Maurice n’est pas appliqué pour Rodrigues ? Ici, il y a un seul gynécologue de service mais que se passe-t-il s’il tombe malade et ne peut opérer ?» s’interroge-t-elle.

C’est pour avoir des éclaircissements à toutes ces interrogations que Joanna Volbert Saint Pierre a entamé les démarches auprès des autorités et de la police. Sollicité sur ces aspects, le ministère de la Santé nous a affirmé que suite à la déposition de Joanna Volbert Saint Pierre, la police doit contacter cette instance comme le veut la procédure.

Parallèlement, en date du 12 septembre, un document sur ce cas a été remis à la commission de la Santé de Rodrigues. Celui-ci mentionne l’admission de la patiente ainsi que le déroulé des examens médicaux effectués sur cette dernière. «À 2 h 30, la gynécologue a recommandé une césarienne en urgence, en indiquant la détresse du fœtus. L’intervention a commencé à 2 h 50», lit-on dans le document. Après la naissance du bébé, la réanimation a été entreprise par un pédiatre, sans succès.

Hélas, poursuit la maman, aucun élément jusqu’à ce stade ne répond à ses questionnements, à savoir pourquoi la gynécologue n’est pas arrivée plus tôt et si cela aurait permis de sauver l’enfant. D’après le Dr Sattianundsingh Deonarain, secrétaire de la Government Medical and Dental Officers Association, seule une enquête peut déterminer si une intervention immédiate aurait augmenté les chances de survie de la petite fille.

Cela dit, le système à Rodrigues diffère de celui de Maurice, qui assure la disponibilité 24/7 pour les spécialistes, incluant les gynécologues, dans les hôpi- taux locaux depuis le 1er août 2022. «24 sur 24… 7 sur 7… ce n’est pas le cas pour Rodrigues, pourquoi donc ? Nou fami ti pé atann sa bébé-la, apré dé garson linn vinn enn tifi. Malérezman, nou pa pou gagn pou chérir li dan nou lébra», poursuit la maman. Le Dr Sattianundsingh Deonarain explique qu’à Rodrigues, ce service de gynécologie est toujours on call et in attendance.

«La gynécologue est à l’hôtel. En cas d’urgence, l’administrateur de l’hôpital de Crève-Cœur contacte l’établissement et un transport est envoyé pour la récupérer pour qu’elle intervienne», avance-t-il. L’établissement hôtelier se situe à environ cinq à dix minutes de l’hôpital de Crève-Cœur mais il se peut que le transport prenne du temps, indique-t-il.

Avoir un seul gynécologue pour assurer le service à Rodrigues est-il suffisant ? Notre interlocuteur indique qu’une demande a été faite au ministère de la Santé pour poster au minimum deux médecins-gynécologues ou anesthésistes ou pédiatres mais «faute de fonds, on ne peut le faire».

À Rodrigues, le service reste on call. À Maurice déjà, le manque d’effectif pour assurer la disponibilité du service en 24/7 est perceptible, avance-t-il. «Si on envoie au moins cinq gynécologues à Rodrigues, cela affectera le service à Maurice. Malheu- reusement, on n’a pas le workforce pour pouvoir faire cela», souligne-t-il.

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