Trois ans après l’arrivée du métro: la décongestion en déroute ?

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C’est en 2019 que le métro a débarqué à Maurice, le but étant notamment d’alléger le trafic, selon les autorités.

C’est en 2019 que le métro a débarqué à Maurice, le but étant notamment d’alléger le trafic, selon les autorités.

En octobre, cela fera trois ans depuis que Mauricio, ses frères et sœurs ont débarqué chez nous... Bientôt, le service sera étendu à Curepipe. Initialement, ce projet devait contribuer à désencombrer nos routes. Est-ce le cas aujourd’hui ? Si les automobilistes observent plus de bouchons, les spécialistes en ingénierie sont plus positifs sur les résultats à long terme.

«Je passe au moins entre 8 à 9 heures par jour sur la route. Je ne vois pas de décongestion routière. Au contraire, la route s’est davantage saturée avec les modifications des chemins pour faire le tracé du métro. Pour moi, cela complique plutôt la situation», déclare Stéphane Maurymoothoo, responsable de la plateforme Ti Travayer Malheureux. De Rose-Hill, son lieu de résidence, vers Curepipe ou Port-Louis, il observe que beaucoup d’usagers privilégient leur voiture au lieu des transports en commun, ce qui entraîne plus de circulation et donc de congestion. À Quatre-Bornes, poursuit-il, la route est littéralement «impraticable», et surtout si un véhicule subit une panne vers Saint-Jean. «Lerla net ena panik lor baz», avance-t-il.

Pour sa part, Manoj Rajkoomar, secrétaire de la Fédération des moniteurs d’auto-écoles, soutient que la promesse de décongestion routière est caduque. «Le métro est venu pour soulager la congestion routière. J’ai l’impression que c’est l’effet inverse. Comme l’infrastructure routière existante a été redéployée pour aménager le tracé du métro, cela a engendré plus de bouchons. En somme, on a réduit la superficie des chemins pour accommoder les rails en priorité, ce qui restreint le passage des véhicules», argumente-t-il. Parallèlement, il estime que des coûts d’opération supplémentaires sont engendrés, notamment avec des policiers contrôlant la circulation à certains carrefours du tracé. Il affirme que la circulation, aussi bien pour le métro que pour les automobilistes, manque de coordination. Un autre facteur qui entrave la fluidité routière à son avis.

Yousouf Sairally, Traffic Manager d’United Bus Service (UBS), affirme, lui, que la congestion routière reste inchangée. «Je conduis tous les jours de Port-Louis à Curepipe. Je ne vois aucun changement. La route est toujours aussi bloquée», confie-t-il. Définitivement, une bonne partie des passagers ont opté pour le métro au lieu de l’autobus. Par contre, avec le tracé du métro, il estime que les temps d’arrêt peuvent occasionner des congestions. Statu quo également en termes de congestion routière, soutient Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs. «La décongestion n’a pas eu lieu à mon sens. Cependant, les passagers utilisant d’autres moyens que leur voiture se déplacent désormais en métro. Par exemple, certaines lignes maintiennent le même nombre d’autobus mais bien moins de passagers, principalement de la classe moyenne, à leur bord. En revanche, les conducteurs n’ont pas rangé leur voiture au garage pour prendre le métro. De plus, notre infrastructure routière est restée la même ou a rétréci avec l’aménagement des rails du tram. Finalement, divers automobilistes ne veulent pas conduire avec de telles restrictions mais doivent continuer à se déplacer», précise-t-il. D’après lui, la vitesse de croissance de la flotte de véhicules sur nos routes maintient la congestion routière. Les automobilistes ont-ils remplacé leur véhicule par le métro ? Stéphane Maurymoothoo répond par la négative. «Beaucoup de gens maintiennent les trajets avec le confort de leur propre voiture, après avoir essayé le métro ou être arrivé en retard au travail. De plus, je pense que le parc automobile a augmenté, ce qui accélèrera la congestion routière», confie-t-il. D’après Manoj Rajkoomar, les conducteurs n’ont pas nécessairement troqué leur voiture contre le métro surtout s’ils habitent loin d’une gare. À côté, la route a connu des améliorations avec des autoponts, entre autres infrastructures. «Cela a aidé à débloquer la route dans certaines régions mais les usagers continuent à opter pour leur véhicule. À mon avis, le nombre de véhicules en circulation n’a pas été affecté par la présence du métro. Parallèlement, le nombre de voitures a continué à augmenter sensiblement sans doute pas autant que durant les deux dernières années à cause du Covid-19», soutient-il.

Que constatent des professionnels en ingénierie ? Selon Khalil Elahee, professeur de la faculté d’ingénierie de l’Université de Maurice, il faut considérer le long terme, voire le très long terme même. «S’attendre à une nette réduction de la congestion routière ou à des profits durant les premières années relève d’une erreur fondamentale. Surtout si en parallèle, nous continuons à importer des véhicules», déclare-t-il. Le cas du métro de Hong Kong démontre qu’il faut voir loin, avec un projet pouvant engranger des profits annuels de plus de 3 milliards de dollars. La location ou la vente d’espaces commerciaux et résidentiels autour des gares du métro peut attirer des passagers et rapporter suffisamment pour subventionner le coût des trajets pour les usagers et ainsi les inciter à délaisser leur véhicule. «Avec une très forte densité de population comme chez nous, le Metro Express répondra demain à un besoin indispensable : avoir un mode de transport public efficace et durable», ajoute-t-il.

L’ingénieur appelle à considérer l’intégration des coûts et bénéfices sociaux et environnementaux. Chaque vie sauvée en évitant un accident mortel, chaque heure de gagnée en durée de trajet, chaque instant de bien-être au lieu d’une expérience angoissante et inconfortable dans un autobus bondé qui crache une fumée noire et qui n’avance pas: autant de bénéfices qu’il faudra valoriser en termes d’amélioration de la qualité de vie et d’utilité socio-écologique. «Nous sommes sur une île avec une superficie très limitée d’environ 2 000 km2, une population de plus de 1,3 million et plus de 650 000 véhicules sur nos routes avec une croissance annuelle d’environ 25 000 véhicules. Avec l’impact du changement climatique comme les flash-floods ou les calamités extrêmes, il nous faut des infrastructures et des formes de mobilité durable, pas uniquement des autoroutes et des flyovers», soutient-il.

L’importation de l’essence, à elle seule, représente une facture annuelle de plus de Rs 5 milliards, un chiffre qui a doublé avec la reprise après le confinement et avec la hausse du baril de pétrole. Même s’il est difficile de briser l’image de l’automobile comme un symbole de possession, un mode complémentaire de mobilité pour la masse est indispensable pour l’avenir, estime Khalil Elahee. «Il faut donner des encouragements dans ce sens, par exemple, par des espaces de stationnement, de pistes cyclables ou des voies piétonnes pour compléter et améliorer l’accès aux gares du Metro Express», indique-t-il.

Raj Prayag, président de l’Institution of Engineers Mauritius, constate moins de congestion routière. «Je crois que c’est un grand pas d’avancement dans la décongestion du trafic routier. Je vois l’engouement actuel pour le métro. Et il y en aura davantage avec l’extension du réseau de Vacoas à Curepipe. En tant qu’institution représentant des ingénieurs, nous sommes d’avis que la saturation des véhicules à Maurice a été atteinte. Nos routes ne sont plus capables d’en soutenir plus», explique-t-il. Il cite l’exemple de Singapour qui a totalement banni, à quelques exceptions près, l’achat de nouvelles voitures. Un tiers de ce pays est composé de routes. C’est une nécessité d’avoir un nouveau mode de transport, estime-t-il.

Toutefois, la politique de l’État n’encouragerait pas les gens à opter pour le métro. «Par exemple, les personnes bénéficiant du duty free sont obligées d’aller en voiture au bureau pour obtenir leur travelling allowance. Il y a comme une non-cohérence dans la stratégie étatique. Majoritairement, ce sont ceux qui conduisent en voiture jusqu’à Port-Louis», poursuit-il. Néanmoins, martèle-t-il, depuis trois ans, la congestion routière «a beaucoup diminué».

De son côté, la direction de Metro Express Ltd (MEL), soutient que le nombre de véhicules sur nos routes a fortement augmenté, et a doublé depuis les dix dernières années. C’est ainsi qu’un projet moderne de transport en commun s’est concrétisé avec l’arrivée du Metro Express. «Depuis que le métro opère entre Port-Louis et Phoenix, beaucoup de personnes ont délaissé leur véhicule pour voyager via ce nouveau mode de transport. On compte de 20 000 à 25 000 passagers par jour. Comme nous offrons un service moderne et efficace, nous attirons toutes les catégories de passagers, y compris ceux possédant un véhicule», confie la direction de MEL.

D’après l’institution, la circulation n’affecte pas la ligne ferroviaire puisque le métro a sa propre voie. «D’ores et déjà, le réseau ferroviaire est dans plusieurs coins de l’île. Une fois que l’accessibilité à la ligne du métro sera élargie/ étendue, la connectivité sera encore plus facile et plus de gens vont prendre le métro», précise-t-on chez MEL. Selon cette instance, la majoration du prix de l’essence en lien avec le contexte mondial, rend plus attractif ce mode de transport en commun. Selon MEL, les passagers peuvent planifier leurs trajets via le métro et arriver à l’heure, «puisqu’il n’y a pas de trafic sur la voie du métro». On ajoute qu’un traffic master plan a été conçu avec les parties concernées, incluant des organismes routiers, les mairies, entre autres, pour faciliter le passage du métro en améliorant la configuration routière et fluidifier le trafic. De nouvelles infrastructures routières ont été construites par d’autres autorités concernées, précise MEL.
 

515 263 véhicules enregistrés à maurice à décembre 2021

Selon le site https://www.ceicdata.com/, Maurice comptait 515 263 véhicules enregistrés au mois de décembre 2021. Cela symbolise une hausse du parc automobile de 3,8 % comparé à décembre 2020 où 496 464 véhicules étaient répertoriés. Dix ans plus tôt, soit en 2011, ce nombre était de 347 509 et de 424 930 en 2016.

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