Crise économique: La productivité un des remèdes à l’inflation

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L’évolution de la productivité mauricienne sur dix ans

L’évolution de la productivité mauricienne sur dix ans.

Affichant 11 % en glissement annuel, l’inflation, en partie alimentée par la dépréciation de la roupie, reste l’un des principaux combats à mener. Même si notre monnaie est jugée surévaluée par le FMI, l’institution prévient que la solution ne réside pas dans la dépréciation mais plutôt dans l’amélioration de la productivité dans le pays. Si, aux États-Unis par exemple, la productivité baisse dangereusement alors que le coût de la main-d’œuvre augmente, alimentant le feu de l’inflation, qu’en est-il de la situation chez nous ?

8,5 %, c’est l’objectif de croissance fixé par le ministère des Finances pour la présente année financière, comme annoncé il y a quelques mois dans le Budget 2022-2023. On se rappellera aussi que selon la Banque de Maurice (BoM), cette ambition économique devra passer par une meilleure performance du tourisme et des exportations en priorité. Cependant, il faudra bien garder l’inflation sous contrôle. Donc, si nos recettes d’exportations peuvent, dans une certaine mesure, bénéficier d’une roupie dépréciée sur le papier, cela peut s’avérer contre-productif ayant un impact négatif sur le taux d’inflation en hausse. C’est là qu’une meilleure productivité entre en jeu. Avant cela, voyons le contexte.

Face à la faible performance de nos secteurs pourvoyeurs de devises étrangères, la Banque centrale continue d’intervenir régulièrement sur le marché, influençant le taux de change, déjà sous pression face aux forces du marché. À titre d’exemple, de janvier à mai 2022, la BoM alimentait le marché en dollars à un taux variant entre Rs 42,90 et Rs 43,25. Par la suite, la pente redescend, la BoM vendant le dollar jusqu’à Rs 45,30 en juillet et Rs 44,50 le 9 août. Résultat sur le marché, selon le taux de change indicatif de la Mauritius Commercial Bank (MCB), de janvier à mai le dollar s’échangeait entre Rs 43 et Rs 45, pour atteindre Rs 46,8 en juillet et il s’échange actuellement à Rs 45,35.

À présent, voyons l’impact du glissement de la roupie sur nos recettes d’exportations. En mai 2018, le plus fort taux de change était de Rs 35,7 le dollar, avec des recettes d’exportations de Rs 6,7 milliards. En mai 2019, le plus fort taux de change était de Rs 36,4 pour des recettes d’exportations de Rs 7 milliards. En mai 2020 à présent, le dollar s’échangeait à environ Rs 40,8 pour des recettes d’exportations de Rs 4,2 milliards, le Covid-19 entrant en ligne de compte. En mai 2021, le taux de change affiche Rs 41,3 le dollar approximativement pour des recettes d’exportation de Rs 6,5 milliards et, finalement, en mai 2022, le dollar s’échange à environ Rs 43, pour des exportations valant Rs 8,2 milliards.

«Le coût de la main-d’œuvre est plus élevé, en roupie, comparé à la productivité qui en découle.»

Cette dépréciation de la roupie joue-t-elle vraiment en faveur de la valeur de nos exportations ? Pas si sûr. Par exemple, considérant le taux de change et les recettes d’exportations utilisés plus haut, on arrive à des exportations d’environ USD 192 millions en mai 2019 contre USD 190 millions en mai 2022. Donc, nos exportations affichent une baisse d’environ 1 % alors que la roupie est, elle, fortement dépréciée, en très peu de temps. En face, nos importations nous coûtent plus cher avec une roupie dépréciée.

On se souviendra aussi qu’en 2021, le Fonds monétaire international (FMI) jugeait notre monnaie surévaluée par 30-40 %. Mais attention, la surévaluation ne signifie pas nécessairement que le seul recours est la dépréciation de la roupie. Selon le FMI, elle signifie que les stratégies doivent être ajustées en conséquence, y compris les réformes visant à améliorer la productivité. En effet, une monnaie surévaluée (en termes réels) ne peut pas être maintenue à long terme si les gains de productivité ne sont pas suffisamment importants pour contribuer de manière significative à l’amélioration de la compétitivité des prix à l’exportation.

Nos exportations sont soumises à de fortes pressions concurrentielles, affectées par le ralentissement du commerce mondial, sans oublier la crise financière en Europe. Ainsi, à moins que des réformes sectorielles ne soient entreprises pour générer des améliorations de la productivité, le pays continuera à compter sur la dépréciation de la roupie pour renforcer, artificiellement, ses exportations au détriment de l’inflation.

À titre d’exemple, aux États-Unis, selon Reuters, la productivité des travailleurs américains au deuxième trimestre a drastiquement chuté, alors que la croissance du coût de main-d’œuvre s’est accélérée, ce qui suggère de fortes pressions salariales, qui vont contribuer à maintenir l’inflation élevée. À Maurice, selon Statistics Mauritius, en termes de valeur ajoutée à la production, nous avons atteint une croissance de 4,2 % en 2021, soit une augmentation de 1,6 % en moyenne par année entre 2011 et 2021.

La productivité de la main-d’œuvre affichait une croissance de 11,4 % en 2021, pour une moyenne décennale de 1,9 %, alors que la compensation des employés était de l’ordre de 16 % en 2021, pour une moyenne de 4,9 % entre 2011 et 2021. Cela nous conduit à un Unit Labor Cost (ULC) de 4,1 % en 2021 contre 2,9 % en moyenne décennale. Ce que cela implique, c’est que le coût de la main-d’œuvre est plus élevé, en roupie, comparé à la productivité qui en découle. Il est à noter que le niveau de productivité de notre main-d’œuvre dépend aussi beaucoup de l’apport de la maind’œuvre étrangère, qui rapatrie son salaire dans son pays d’origine.

Plus précisément, voyons la manufacture. En 2021, la croissance de la valeur ajoutée à la production était de 6,8 %, la productivité de la main-d’œuvre 13,6 % et la compensation des employées 23,2 % pour un ULC en roupie de 8,5 %. Donc, encore une fois, une productivité trop faible face à une compensation plus élevée réduit notre compétitivité vis-à-vis de la concurrence, mettant la pression sur l’inflation. Même constat au niveau des Export Oriented Enterprises (EOE), la valeur ajoutée à la production était de 5,9 % en 2021, la productivité de la main-d’œuvre 20,4 %, la compensation des employés 31,7 % pour un ULC de 9,3 %.

C’est là que les commentaires de la Banque mondiale en 2021 sont pertinents : «Si l’histoire de l’économie mauricienne au cours des dernières décennies a été marquée par la croissance et la transformation structurelle productive, ces dernières années ont vu cette croissance se stabiliser, voire décliner… L’industrie manufacturière mauricienne semble généralement rester sur une trajectoire plate ou en déclin. Cela pourrait indiquer que pour augmenter les niveaux de productivité, il faudra renforcer les compétences des travailleurs et adopter des améliorations technologiques qui complètent la structure des coûts de la main-d’œuvre.»

Quels changements peut-on apporter ? Il nous faut commencer par une évaluation de l’état actuel de nos initiatives d’innovation et de notre productivité ; il nous faut savoir comment améliorer l’écosystème de l’innovation dans le pays, réévaluer le rôle et la contribution des institutions dans l’éducation, la formation et la recherche pouvant mener à ces objectifs de productivité. Au niveau de l’innovation, l’investissement devrait être le maître mot pour l’efficacité et l’efficience de l’apport technologique.

Évidemment, il nous faut cibler les investissements directs étrangers dans les activités industrielles à forte valeur ajoutée. Si les objectifs économiques sont légion, il faut des réformes pour les atteindre.

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