Baisse des prix dans le monde: le calme avant la tempête ?

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Légère accalmie, certains indices comme le prix du baril de pétrole sur le marché mondial, le fret maritime ou encore l’indice de la FAO sur le prix des denrées alimentaires affichent tous une baisse. Cependant, il ne faudrait pas se réjouir trop vite, les experts, à l’instar de Goldman Sachs, prédisent que le prix des carburants reprendra bien vite l’ascenseur, surtout dans le contexte d’une crise énergétique en Europe à l’approche de l’hiver. Aussi, les risques de récession se précisent sur le Vieux Continent, surtout face à la crise économique aiguë en Allemagne. Avec une inflation à 11% à Maurice, que nous réservent les mois à venir ? Analyse.

Les plus grandes économies du monde souffrent, et cela pourrait bien accentuer la pression inflationniste, actuellement à 11% en glissement annuel, à Maurice dans les mois à venir. En effet, si les indices sur le marché mondial sont, en ce moment, encourageants, il ne faudrait pas s’en réjouir trop vite. Voyons pour commencer les bonnes nouvelles.

Le baril de pétrole (Brent Crude) se vend actuellement à USD 98 sur le marché mondial contre USD 112 le 31 mai dernier, USD 120 le 9 juin ou encore USD 103 le 8 juillet. La baisse de la demande, face aux restrictions des gouvernements et l’inflation, a mené à une stabilisation temporaire des prix, mais attention, l’hiver approche en Europe et pourrait de nouveau déboussoler l’aiguille à la pompe. L’indice de la Food and Agricultural Organisation (FAO) concernant le prix des denrées alimentaires se rétracte de 8,6 % sur un mois, même s’il affiche toujours une hausse de 13,1 % comparée à juin 2021. En ce qui concerne la logistique, face à une baisse de la demande, au niveau mondial le coût du fret affiche une légère baisse. Pourtant, il ne faut pas se méprendre, la situation reste délicate et les perspectives sombres.

En effet, si Goldman Sachs a revu à la baisse ses prévisions de prix du Brent pour les troisième et quatrième trimestres de 2022, à USD 110 et USD 125 le baril respectivement, contre USD 140 et USD 130 précédemment, elle maintient inchangée sa prévision de USD 125 le baril pour 2023 et prévient du risque de l’augmentation des prix du pétrole. Selon Bloomberg, en prévision de la situation, l’Union européenne a accepté de réduire sa consommation d’énergie de 15 %, ce qui a déclenché une surveillance des thermostats et des interrupteurs à l’échelle du continent ; en France, en Italie, en Grèce et ailleurs. Les risques de récession en Europe pèsent encore plus lourds avec le commerce de détail en Allemagne qui a chuté de 8,8 % en juin par rapport au même mois de l’année précédente ; la plus forte baisse depuis 1994. Donc, finalement, alors que l’économie de l’Union européenne a connu une croissance inattendue de 4 % au deuxième trimestre par rapport à l’année dernière, un ralentissement en Allemagne, son cœur manufacturier, pourrait contribuer à la faire basculer dans la récession, prévient CNN.

Qu’en est-il de la situation à Maurice ? Le porte-parole de l’Association professionnelle des transitaires, Yousouf Delbar, nous en dit plus sur la situation du fret. «Nous avons des signes positifs avec une légère baisse du prix du pétrole sur le marché mondial, mais il faut aussi mettre dans la balance la récession qui guette l’Europe et les risques économiques aux États-Unis. Le coût du fret s’est peut-être stabilisé pour le moment mais cela ne veut pas dire que le coût a baissé.» À titre comparatif, le conteneur 20 pieds pour les pays de l’Est dont la Chine, Singapour et la Malaisie coûtait USD 800 en décembre 2019 contre USD 4 800 hier. Le conteneur 20 pieds d’Inde, de Dubaï ou du Pakistan coûtait USD 850 en décembre 2019 contre USD 5 000 hier, et pour l’Europe, le conteneur coûtait USD 1 000 en décembre 2019 contre USD 3 500 hier. À présent, il faut bien évidemment y ajouter le contexte local avec l’effet de la dépréciation de la roupie, le dollar s’échangeant à environ Rs 37 en décembre 2019, selon le taux de change indicatif de la MCB, contre Rs 45,40 hier.

Quid des importateurs ? Voient-ils une différence des prix à l’achat avec la baisse des prix sur le marché mondial ? «Même si le prix de certains produits alimentaires tend à se stabiliser, l’approvisionnement reste compliqué avec peu de disponibilité au niveau mondial pour certaines catégories de produits comme le lait, dont la production en Europe souffre des conditions climatiques peu favorables», explique Sonny Wong, Chief Operating Officer à Innodis.

Selon lui, la perturbation du fret maritime est toujours d’actualité, principalement en provenance de certains pays comme l’Inde et l’Afrique du Sud, soit pour des raisons internes, soit due à la réorganisation des différentes routes au niveau de la ligne maritime. En revanche, le problème des conteneurs au niveau mondial commence à s’améliorer. Toutefois, il ne faut pas négliger l’impact de la crise en Europe sur les importations. «Jusqu’à maintenant, on a pu, malgré la situation difficile de ces derniers mois, assurer un approvisionnement régulier. On continuera à faire tout notre possible afin d’éviter d’éventuelles ruptures de stocks, en attendant que l’économie mondiale se stabilise», ajoute Sonny Wong. Et quid de l’impact du glissement de la roupie ? «Nous avons fait tout notre possible afin de retarder l’échéance au niveau des prix. On fait face à une inflation importée et notre objectif aujourd’hui est de maintenir une importation continue à un prix acceptable.»

C’est peu de le dire, il ne faut en effet pas négliger les conséquences d’une dépréciation continue de la roupie sur l’inflation à Maurice, surtout dans un contexte où résoudre le problème d’excès de liquidité sur le marché est difficile pour une banque centrale pas suffisamment capitalisée, sans oublier le manque de devises apportées par le tourisme ou les exportations en particulier. À quoi s’attendre pour les prochains mois ? «En effet, le prix de l’essence a baissé d’environ 20 % comparé à la période de la hausse record. L’indice des prix des denrées alimentaires a baissé d’environ 15 % comparé à la période de la hausse record, mais il reste élevé comparé à 2021 ou 2019. Le fret se stabilise mais reste bien plus cher qu’avant. Le tout à mettre dans un contexte où une roupie dépréciée impacte les coûts à l’importation. Maintenant avec la crise qui s’accentue en Europe, il faut faire face au prix mais aussi la disponibilité deviendra un sérieux problème dans les mois à venir», précise l’économiste Kevin Teeroovengadum.

Cela étant dit, nous avons des problèmes d’approvisionnement et de prix depuis plus de deux ans maintenant; avons-nous de notre côté changé quelques habitudes ? «On peut noter que sur la période de neuf mois du projet Food Waste Prevention program in Mauritius, en 2021-2022, il y a 43 % de gaspillage alimentaire en moins chez les hôteliers, compagnies et restaurateurs qui ont participé au projet, ce qui représente une économie de USD 209 723. Réduire le gaspillage alimentaire est important sur le long terme, c’est un moyen pour les opérateurs de réduire leur coût opérationnel mais aussi cela peut aider en termes de positionnement vis-à-vis d’une clientèle qui recherche cet aspect de durabilité», dit Benjamin Lephilibert, fondateur et directeur général de LightBlue.

Plus de deux ans plus tard, avons-nous su tirer les leçons nécessaires ? Les stratégies d’autonomie alimentaire, dans la mesure du possible, sont-elles optimales ? En tout cas, la problématique de l’alimentaire et de l’énergie reste une priorité.

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