Politique monétaire: la BoM assise sur une bombe

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Sans une réforme de la BoM Act, la banque centrale n’est pas capable d’agir efficacement contre l’inflation.

Sans une réforme de la BoM Act, la banque centrale n’est pas capable d’agir efficacement contre l’inflation.

Que nous cache donc l’absence de la publication du Statement of Financial Position de la banque centrale pour le mois d’avril ? Quel aura été l’impact du transfert historique de USD 200 millions sur le marché des changes, suivi de l’appréciation temporaire de la roupie ? Pourquoi la Bank of Mauritius (BoM) s’est-elle retrouvée avec des capitaux propres négatifs au mois de mai ? Pourquoi le Fonds monétaire international (FMI) et Moody’s insistent-ils pour que la banque centrale renonce à la Mauritius Investment Corporation (MIC) ? Essayons d’y voir plus clair. 

Pour commencer, il est important de mettre en exergue le fait que la banque centrale doit pouvoir maintenir des capitaux propres de Rs 10 milliards, comme requis par la BoM Act pour maintenir sa position financière. Cela dit, plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur le montant des capitaux de la banque centrale, ce qui réduit sa capacité à avoir une politique monétaire efficace, surtout en temps de crise face à une inflation galopante. 

Voyons d’abord les effets de la valeur de la roupie sur le capital de la BoM. Nous faisons actuellement face à une dépréciation soutenue de la roupie mauricienne, le dollar s’échangeant actuellement à Rs 46,70 selon le taux de change indicatif de la State Bank of Mauritius (SBM). On le sait, les forces du marché entrent en jeu, nos secteurs pourvoyeurs de devises n’étant pas à leur capacité optimale pour fournir le marché en devises, ce qui réduit la valeur de la roupie. Nos réserves internationales qui comprennent les recettes en devises des secteurs du tourisme et des exportations, incluent aussi les emprunts étrangers et les dépôts en devises étrangères des banques commerciales, ce qui rend le montant affiché de nos réserves, volatile. Prenons un exemple, en mars 2022, nos réserves se chiffraient à USD 8,1 milliards, soit Rs 361,7 milliards contre USD 7,3 milliards en avril, soit Rs 314,4 milliards, affichant une baisse de USD 854 millions. En mai les réserves internationales étaient de l’ordre de USD 7,1 milliards, soit Rs 307,3 milliards et en juin elles se chiffraient à USD 7,6 milliards, soit Rs 346 milliards. La baisse subite des réserves internationales en avril pourrait s’expliquer par un retrait des dépôts des banques commerciales par exemple. 

Un autre élément viendrait toutefois s’ajouter aux possibilités. Pour contrer les spéculations sur le marché des changes, la banque centrale intervient le 13 avril dernier avec la vente de USD 200 millions sur le marché. Au total, pour le mois d’avril, la BoM aura vendu USD 265 millions sur le marché, ce qui mène à une légère appréciation de la roupie. À titre d’exemple, selon le taux de change de la Mauritius Commercial Bank (MCB), le 30 mars dernier le dollar s’échangeait à Rs 45,0 contre Rs 43,8 le 29 avril. On peut aussi le voir sur le taux de change de la banque centrale (End of period), où en mars le dollar s’échangeait à Rs 44,9 contre Rs 43,4 en avril, ce qui représente un gain de Re 1,3. 

Voyons à présent l’impact que peut avoir une appréciation de la roupie sur le capital de la banque centrale. À titre purement illustratif, admettons qu’en avril le montant des réserves internationales était le même que celui du mois de mars, soit USD 8,1 milliards. Appliquons à présent le taux de change apprécié du mois d’avril, c’est-à-dire, Rs 43,4. On se retrouve donc avec des réserves en roupie de Rs 351,5 milliards. Si, selon le taux de change déprécié du mois de mars, nous avions des réserves internationales de Rs 361,7 milliards, nous nous retrouvons donc d’un coup avec près de Rs 10 milliards en moins dans les réserves, uniquement à cause de la fluctuation du taux de change. Ces pertes se répercutent donc sur les capitaux propres de la banque centrale qui se serait retrouvée avec un bilan négatif au mois d’avril. 

Venons-en à présent sur les pertes liées aux investissements dans les actifs à l’étranger. En effet, la BoM s’est retrouvée avec des pertes de Rs 5,5 milliards au mois de mai, liées à ses investissements à l’étranger. 

Nous l’entendons chaque jour, la Federal Reserve (la banque centrale américaine) a beaucoup augmenté ses taux d’intérêt depuis la pandémie et depuis la crise russo-ukrainienne pour combattre son taux d’inflation locale. La répercussion pour la BoM pourrait être sur l’investissement dans les TreasuryYields, ou autres bonds. Une augmentation des taux d’intérêt est généralement considérée comme négative pour l’investissement sur les obligations car lorsque les rendements augmentent, les prix des obligations déjà sur le marché baissent, ce qui implique des pertes. 

Dans les deux cas, pertes liées à l’investissement étranger ou pertes sur le taux change, le capital de la BoM prend le risque de se retrouver négatif. Des pertes éventuelles sur les investissements de la MIC, qui compte comme un actif domestique de la banque centrale, posent aussi un risque de crédit pouvant sévèrement impacter les capitaux propres de la BoM, d’où l’insistance du FMI ou encore de Moody’s pour que la banque centrale renonce à sa participation dans la MIC. 

Pourquoi des capitaux propres négatifs de la banque centrale posent un problème? Toutes entraves à la profitabilité de la banque centrale réduisent sa liberté d’action pour combattre l’inflation. Nous nous retrouvons dans une situation où la banque centrale se doit d’entreprendre des exercices récurrents pour réduire l’excès de liquidité sur le marché. Une méthode est l’émission d’obligations. Or, le paiement des intérêts provient bien des capitaux de la banque centrale. Des capitaux faibles rendent difficile cet exercice, et nous nous retrouvons donc avec trop de roupies sur le marché face aux devises et bonjour une inflation en hausse. 

Quelle est donc la solution? C’est le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, reprenant les recommandations du FMI, qui nous en parle lors de son intervention au Parlement le 26 juillet. «J’ai été informé que la banque de Maurice travaille activement sur les deux nouveaux projets de loi. La banque mène d’ailleurs des consultations avec le FMI sur la rédaction de ces projets de loi. La législation relative à la banque centrale reviendra en détail sur le mandat de la banque de Maurice et les pouvoirs spécifiques dont elle dispose pour atteindre ses objectifs, notamment en matière de politique monétaire, de création des conditions favorables au développement économique et de stabilité financière, y compris au niveau macro-prudentiel. En outre, la banque de Maurice est en train de remanier son cadre de politique monétaire, avec l’appui du FMI, afin de renforcer encore davantage l’efficacité de sa politique monétaire. J’ai été informé que la stratégie de la banque sera axée sur un certain nombre d’éléments opérationnels et stratégiques clés, tels qu’une cible d’inflation définie et flexible qui ancrera les anticipations d’inflation et permettra une plus grande clarté sur le mécanisme des interventions de change.» 

Donc, c’est clair, sans une réforme de la BoM Act, et cela au plus vite, la banque centrale n’est pas capable d’agir efficacement contre l’inflation pour aider la population mauricienne. Cette réforme annoncée, on l’attend donc avec impatience.

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