État de la nation: scénario d’un échec annoncé

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Le PM (à g.) et Sherry Singh, du temps de jours meilleurs et de relations conviviales entre les deux hommes.

Le PM (à g.) et Sherry Singh, du temps de jours meilleurs et de relations conviviales entre les deux hommes.

• Le Roi dénudé 
L’Empire Soleil part-il en flamme ? Le Prince de la majorité, Icare lui-même, si proche de l’Empire Soleil, a décidé que ce soleil n’était finalement pas une étoile qui éclaire l’avenir, mais plutôt un astre qui fait table rase sur tout ce que nous avons construit depuis trois siècles. À part ses valises pleines à craquer pour amadouer la résistance, Pravind Jugnauth aura tout perdu. Sa crédibilité, ses proches et même le respect de la population. La déconstruction de la démocratie parlementaire, des principes de bonne gouvernance et des libertés individuelles, gagnées par la sueur et le sang. Pravind Kumar Jugnauth (PKJ), roi des ruines. Tel est le scénario annoncé dont Sherry Singh nous fait part, lui, revenu des entrailles de la bête.

• Atteinte à la souveraineté 
Le principe premier de tout État-nation est sans aucun doute la souveraineté. Notre constitution d’ailleurs cite avant tout autre chose que : «1. The State – Mauritius shall be a sovereign democratic State which shall be known as the Republic of Mauritius.» Nous imaginons bien que même si tous les grands principes étaient bafoués, brader la souveraineté d’une nation est cependant un acte de trahison contre l’État. Si Sherry Singh dénonce une tentative de «reniflage» (sniffing) à MT, ce n’est malheureusement pas la première fois que celui doublement responsable de la sécurité du pays, notamment en tant que Premier ministre et ministre de l’Intérieur, est accusé de mettre le pays en danger. Tantôt face à des feux dans les locaux de la police, ou face à des bâtiments de mer déversant du poison pour poisson dans nos lagons, face à des personnalités étrangères comme Sobrinho, face à la mafia qui tue notre jeunesse, ou encore en bradant du territoire à des fins militaires, pour s’ingérer dans des rivalités impériales qui pulvérisent notre capacité exceptionnelle à demeurer un pays neutre, non-aligné. 

Notre souveraineté sous-entend que le gouvernement que l’on aura choisi par les urnes est habilité à exercer le pouvoir sur tout le territoire mauricien ; et cela est souhaitable dans une démocratie, car les gouvernants sont censés représenter les intérêts du peuple. Toutefois, les allégations de Sherry Singh ne tombent malheureusement pas du ciel. L’affaire Wakashio avait éclairé le grand public sur le manque de mainmise que notre gouvernement détient sur notre territoire maritime. L’exploitation de ressources par des nations plus puissantes, le trafic maritime sauvage et même des craintes d’incursions de pirates venus de la corne de l’Afrique. Le 21e siècle et les bouleversements géopolitiques forcent la main de l’île Maurice à se réinventer et surtout à se sécuriser. La prolifération d’entités non-étatiques, décentralisées et efficaces dans la lutte armée exige que le Chef de la nation, soit celui qui saura préserver nos avantages auprès de grandes puissances sans que nous en devenions assujettis. Dans une conjoncture où nous n’avons plus droit à l’erreur, PKJ est comme une malédiction que doit chasser le peuple, urgemment, si nous voulons sauver la démocratie mauricienne.

• Libertés fondamentales et droits humains 
La situation du pays aujourd’hui ne peut être dissociée du fait que le Premier ministre a échoué dans presque tous les aspects de la gouvernance, que ce soit en tant que leader moral, en tant que rassembleur ou en tant que figure de Protecteur de la nation. Telle était la conclusion à laquelle j’étais arrivé en avril. Dans la foulée des événements où le cri de colère de la population avait résonné un peu partout dans l’île, j’avais conclu que Pravind Jugnauth avait échoué, car il avait manqué à ses responsabilités premières, de montrer l’exemple, lui qui n’avait jamais manqué de rien, afin que nous puissions sortir de l’abysse de la corruption. Ensuite, Il aura laissé pendant ses mandats un pays des plus polarisés, sur des thèmes que l’on croyait appartenant d’un autre temps. Finalement, le père et la mère de la nation se révélèrent parâtre et marâtre, souriant en public et menant une guerre par proxy au peuple, en dénaturant à leurs fins des intuitions jadis nobles comme la Police, notre Parlement ou le Judiciaire. Ce n’est effectivement pas sa première tentative de nouer nos langues. 

Rappelons-nous qu’il avait essayé l’année dernière de nous faire manger la couleuvre de l’ICTA, mesure qui aurait permis au gouvernement de contrôler les réseaux sociaux et les communications internet. Ensuite, il s’était pris aux médias privés, notamment le groupe Défi, afin d’asséner un sale coup bas à cette liberté d’expression qui le dérange tant, lui qui préfère les méthodes d’autocrates. Lorsque l’on use de l’argument facile, mais simpliste, que Sherry Singh doit se présenter au CCID, c’est lui demander de subir le sort de tous ceux qui sont entrés dans des établissements de la MPF et qui n’en sont jamais ressortis, ou avec des séquelles permanentes. Aujourd’hui, même le bureau d’un ministre de la Santé n’est apparemment pas un endroit où un membre du public ou un employé bénéficie d’une garantie de sécurité. Si M. Singh décide de choisir cette voie, je lui recommande évidemment d’être accompagné par des hommes de loi compétents ayant préparé une stratégie sur la présentation de cette affaire qui touche le plus haut sommet de l’État. On ne peut pas dire tout et son contraire. Reprocher à l’homme son machiavélisme et s’étonner qu’il ne se jette pas dans la gueule du loup.

• Démocratie parlementaire 
Mardi dernier, Xavier-Luc Duval pose une première question supplémentaire au parlement. M. Phokeer, lui-même qui a insulté, censuré et injurié, telle une brute à la table des gentilshommes, va lui couper son micro. Ne se contentant pas de réinterpréter à sa guise les standing orders, il ira jusqu’à en inventer de nouvelles, afin de dévier la question fatidique sur la conversation entre Sherry Singh et le Premier ministre sur son ingérence à MT; donner des ordres au patron de cette institution pour que des «experts» étrangers puissent accéder à des sites sécurisés de la République. D’ailleurs, ce propos ne tient pas la route et s’y dégage un profond dédain des professionnels mauriciens dont les services sont prisés par les plus grandes sociétés internationales : «Le survey dont parle Pravind Jugnauth est sinistre en soi… Qu’on me dise qu’il n’y a pas un technicien mauricien qui puisse mener un survey sur une landing station, c’est une insulte à l’intelligence de tous les professionnels desTIC», déclare Ish Sookun. 

Lorsque le Premier ministre nie pouvoir peser sur la décision de la démission de Sherry Singh, il se contredit. C’est lui qui l’aura choisi. Lui-même qui l’aura encensé. Et ce ne serait plus lui le maître de son destin aux manettes de MT ? Mais enfin, nous savons tous que PKJ ne se satisfait pas de mener des guerres de passion à ceux devenus un peu trop populaires, un peu trop aimés, mais aussi au bon sens et à la vérité, deux valeurs auxquelles il a longtemps renoncé. Il faut rappeler que PKJ est le premier dirigeant mauricien dont le destin aura dépendu de la grâce du judiciaire pour rester libre. Il aura effectivement cédé à tous les vices du pouvoir qui puissent. Corruption pour croître sa fortune privée et celle de ses proches, abus des institutions en les privant de leur indépendance, ou encore atteintes aux droits humains alors que les stations de police agissent comme des offices de torture. On aurait effectivement tout vu, tout subi. 

Toutefois, celui qui restera dans les annales comme un Premier ministre linpost avait plus de venin à cracher de sa bile. La sortie de Sherry Singh indique de nouveau que ce dirigeant a trahi son peuple maintes fois en bradant ses ressources et territoires en négociant personnellement son avenir politique auprès de ceux qui le financent. Le recrutement au PMO, les fraudes électorales, ou la censure au Parlement suivent tous des tendances qui révèlent un homme peu sûr de lui, complexé, prêt à tout pour légitimer son règne peu glorieux, gagné en héritage. Lorsque vous voyez dans son entourage des vautours de service prêts à mener les opérations des plus macabres, on comprend que PKJ est esseulé, comme Staline vers la fin, devenu paranoïaque. Mais comme la loyauté n’est pas non plus une qualité que connaissent les Jugnauth, s’étonne-t-on que leur cercle se resserre ? L’image du couple trop ambitieux ayant commis l’irréparable se prête bien au couple Jugnauth aujourd’hui. Lors de l’interpellation de Nad Sivaramen, Axcel Chenney et Yasin Denmamode, trois journalistes engagés et respectés, j’avais pour la première fois qualifié notre première dame de Lady Macbeth, elle qui planta les germes empoisonnés dans les oreilles du roi.

• L’après-Sherry Singh 
La Mauritius Global Diaspora a plusieurs fois exprimé son souhait de voir une opposition unie qui pourrait déloger nos potentats du jour. L’île Maurice est au bord du gouffre économique, les tensions sociales sont à des niveaux de la période d’indépendance, les institutions ne fonctionnent plus. Notre pays n’est cependant pas au bord d’une révolution culturelle, ou des mentalités. Nous devons donc faire preuve de pragmatisme. Nos amours et nos haines personnels ne peuvent prendre le dessus sur l’avenir du pays. Si Sherry Singh peut nous aider à faire descendre de son soleil ce roi dénudé qu’est devenu Pravind Jugnauth, nous aurions tort d’avoir des états d’âme. La situation est pressante et si le soldat Sherry a décidé de pointer un fusil politique vers l’oppresseur, nous ne manquerons pas avec la population d’appuyer sur la gâchette pour qu’enfin Pravind Jugnauth puisse partir à la retraite, pour le bien de tous les Mauriciens.

Resign! Otherwise, we’ll… 
Excuse my naiveté! I believe that if any person has reliable information concerning some unlawful activity, they (he or she) should report it to the responsible authorities and/or make it public. Honourable members of our legislative assembly have said that they possess damning information on the prime minister which they will make public if he does not resign immediately.

Excuse my naiveté! Does it mean that if the prime minister resigns, they will keep the information concealed? Is this not BLACKMAIL being given a moral coating? Is this not a colourable device? Have I not the right, as a citizen, albeit naïve, of the republic, to know what horrors the prime minister is guilty of?

Excuse my naiveté! Freedom of information and transparent governance are daily pronounced as basic rights. Have I not the right to know to be able to use my voting right judiciously?

Excuse my naiveté! Mujhe maaf kar do! Pardonn mwa!

Dev VIRAHSAWMY


«Byin bizin aret so lelan…»
La prestation à l’Assemblée nationale aujourd’hui (mardi 19 juillet) dans sa réponse au PNQ du leader de l’opposition est pitoyablement dangereuse. «Li sinp li pe zoué bouré kouma li abitye fer». Il est acculé et refuse un «select committee» pour faire la lumière sur cette affaire et connaître la vérité. Il y a des allégations extrêmement graves de «haute trahison» mettant en jeu la sécurité du pays, son indépendance, le droit à la vie privée et d’autres libertés fondamentales. 

Après avoir impliqué l’Inde dans cette affaire en nommant le PM indien Narendra Modi, aujourd’hui il a confirmé qu’il n’est pas un Premier ministre mais un vulgaire chef de parti et le chef des pyromanes quand il a accusé les oppositions et critiques de «Indiabashing ». Et sur cette toile de fond de la polémique opposant Joanna Bérenger et Kalpana Konjoo- Shah sur un proverbe créole, PKJ jette de l’huile sur le feu alors qu’il faut impérativement calmer le jeu pour faire baisser les tensions manifestes et latentes. Dans le logiciel de PKJ pour se maintenir au pouvoir, il y le calcul sectaire. Il s’accroche et va s’accrocher à cette imposture pour sauver sa peau. Il ne faut pas le lâcher. Les pressions doivent s’intensifier et s’amplifier. Le rassemblement du plus grand nombre et l’unité est plus que jamais à l’agenda national pour le faire partir. 

Malenn OODIAH

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