Incendie aux Casernes centrales: place à l’enquête

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Vue aérienne du quartier de Port-Louis où sont situées les Casernes centrales.

Vue aérienne du quartier de Port-Louis où sont situées les Casernes centrales.

Le feu a été circonscrit hier matin aux Casernes centrales après qu’un incendie a éclaté dans la soirée de lundi. Les pompiers ont été à pied d’œuvre toute la nuit mais, désormais, c’est au tour de la police d’intervenir pour enquêter sur les circonstances de ce drame qui a frappé une partie de ce patrimoine national presque tricentenaire des Line Barracks. Une cellule a été mise en place par le commissaire de police. Déjà, selon des sources, les Casernes ne disposeraient pas de «Fire Certificate»…

Après qu’une aile de la Special Supporting Unit (SSU) No 4 a été ravagée par les flammes, le commissaire de police (CP), Anil Kumar Dip, a mis sur pied une cellule de crise dirigée par l’adjoint au CP, Krishna Jhugroo. Dès qu’elle aura la confirmation que la zone du sinistre est sécurisée, explique la police, les enquêteurs, la police scientifique et des éléments du Forensic Science Laboratory examineront les lieux afin de pouvoir déterminer la cause de l’incendie, qui n’a pas encore été établie pour l’heure.

Selon l’inspecteur Shiva Coothen de la cellule de communication de la police, un premier incendie avait éclaté dans un store où la police conserve des denrées alimentaires à proximité de la SSU No 4, vers 20 h 30. Les pompiers ont été mandés sur place et après deux heures, l’incendie a été maîtrisé. Les pompiers étaient restés sur place après que le feu a été circonscrit, par mesure de sécurité, afin de s’assurer qu’il n’y avait aucune étincelle.

Cependant, un deuxième incendie a éclaté dans l’aile qui abrite la SSU No 4 vers une heure du matin. Cette fois, les dégâts ont été plus conséquents. Les flammes se sont propagées rapidement à cause des structures en bois. Les pompiers déjà sur place se sont remis au travail. Des officiers de la SSU No 4 étaient en congé alors que les recrues qui se trouvaient dans les barracks ont été évacuées par précaution dès le premier incendie, ainsi qu’une vingtaine de détenus du centre de détention d’Alcatraz. Cette partie n’a pas été touchée et aucun blessé n’est à déplorer. Les dégâts sont matériels. L’inspecteur Shiva Coothen explique que des armes à feu et des documents administratifs de la SSU, entre autres, ont été abîmés ainsi que des effets personnels des policiers. «Nous sommes attristés. Les dégâts sont colossaux, les effets personnels des policiers ont été abîmés. Nous nous penchons actuellement sur la réhabilitation de la SSU No 4», confie l’inspecteur.

«Fire Certificate» pas en règle ?

Selon nos sources, les huit barracks occupées par les éléments de la SSU No 4 ne sont pas dotées d’un Fire Certificate. Sollicité à ce propos, l’inspecteur Shiva Coothen dit qu’il n’est pas en présence d’informations à ce sujet. Déjà, nous savons que la barrack no 2, celle qui se trouve à l’étage, n’a pas d’escaliers de secours. D’ailleurs, nous avions fait état de ce problème dans une de nos éditions de l’express en février.

Voilà que quelques mois plus tard, un incendie éclate dans un store à côté de la SSU No 4 utilisé pour stocker des articles comme des matelas, ferrailles, des pièces pour véhicules et autres. Bilan : une aile des Line Barracks longeant la rue Orléans a été dévastée, la barrack SSU No 4 ainsi que celle du Special Response Group ont été complètement détruites ; idem pour un compartiment à l’étage où se trouvaient les 90 recrues.

Au rez-de-chaussée, la barrack pour les Women Police Constables, un store pour la SSU, un autre pour la cuisine, l’armoirie de la SRG et la SSU No 4 où des armes, des équipements pour la formation et du matériel utilisé en cas d’émeutes – casques, boucliers, protections genouillères, gilets pare-balles, fusils, revolvers et gaz – ont pris feu. Selon nos informations, une partie des armes appartenant à la SSU No 4 n’est pas complètement endommagée, toutefois des tests doivent être effectués pour confirmation. En revanche, les armes de la SRG ont été complètement détruites. 

Les critères

Pour tout bâtiment, une demande de certificat d’incendie est requise en vertu de l’article 19 de la Mauritius Fire and Rescue Service Act 2013 et les Mauritius Fire and Rescue Service (Fire Safety Plan and Fire Certificate) Regulations 2018, donc le feu vert du Mauritius Fire and Rescue Service à travers un Fire Safety Plan et un certificat d’incendie. Ces règlements ont été amendés en 2021.

Ainsi, un certificat d’incendie doit être valide pour une période d’au moins un an et tout au plus trois ans, en fonction de l’évaluation des risques des locaux auxquels ils se rapportent. Des locaux qui doivent faire l’objet d’une demande de certificat d’incendie comme les locaux d’habitation de plus de sept étages, les locaux commerciaux, industriels et où des explosifs sont utilisés ou entreposés et qui nécessitent une autorisation en vertu de la loi sur les explosifs. Idem pour les locaux où des liquides ou des gaz hautement inflammables ou des produits chimiques, biologiques, des matières radiologiques, nucléaires ou dangereuses sont utilisés ou entreposés.

Toutes les procédures ont-elles été respectées ?

Nous avons posé la question à Dorsamy Ayacouty, l’assistant Chief Fire Officer. En principe, répond-il, «all place of work should have a Fire Certificate». Cependant, comme il était sur le terrain, il ne disposait pas de ces informations et a indiqué qu’il les confirmerait ultérieurement.


Retour sur les événements Un bâtiment historique en fumée ? Pas dans son intégralité, certes. Mais une aile des Casernes centrales a bien été la proie des flammes durant la soirée de lundi à hier. Soirée plutôt rocambolesque et inattendue tellement personne ne s’attendait à ce que les choses prennent une tournure aussi catastrophique. Retour sur une soirée qui ne risque pas de tomber aux oubliettes de sitôt.

• 22 heures : la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Le compartiment numéro 4 de la SSU s’est enflammé. Nous nous rendons sur place vers 22 h 15 mais nous aurons moins de chance en termes d’images car le feu, selon les pompiers qui quittent les Casernes centrales au même moment, a été maîtrisé. Nous allons donc rebrousser chemin, bredouille mais rassurés.

• 00 h 30 : L’alerte est donnée. Le feu a repris de plus belle. Comment ? Pourquoi ? Nous nous rendons sur place et le spectacle qui s’offre à nous est incroyable. Le mythique bâtiment des Casernes centrales consumé par le feu. Des badauds tout aussi surpris ont entouré le bâtiment, téléphone en main, et ne manquent pas de commenter : «Ponpie kote ? Zot dir premie dife inn tegn, me la li ankor la», déplorent-ils. Les flammes semblent difficiles à maîtriser et la chaleur intense se fait sentir.

01 h 15 : Les pompiers arrivent à l’extérieur et leur première mission consiste à circonscrire le feu qui a pris d’assaut le bâtiment. Le camion portant l’échelle des pompiers arrive et les deux premiers soldats du feu armés d’une lance arrosent les flammes. Les badauds vont se rapprocher davantage jusqu’à ce qu’un événement change la donne. Une explosion soudaine va surprendre tout le monde. La police sera sur le qui-vive et avec l’aide des pompiers va placer des barrières de sécurité car la zone représente un danger imminent. D’où provient l’explosion ? Que contient ce compartiment des Casernes centrales ?

• 02 h 30 : Les pompiers ont fort à faire pour circonscrire le feu qui devient de plus en plus conséquent au fur et à mesure que les minutes s’écoulent. Les pompiers de diverses casernes seront sollicités, notamment ceux de Quatre-Bornes et Coromandel. La tâche va s’avérer plus facile, d’où l’intervention du Deputy Chief Fire Officer (DCFO) Dorsamy Ayacouty, qui va arriver à déployer ses équipes pour mieux maîtriser la situation. Le mode adopté : la défensive car les soldats de feu ne savent pas ce qu’il y a à l’intérieur. Les pompiers prennent le dessus sur le feu après plus de trois heures d’opération. La première intervention officielle de Dorsamy Ayacouty viendra. «Mo bann zom finn fer enn travay formidab. Nou pou pass an mod ofansif kot nou pou kapav rant dan batiman-la pou al atak dife la.»

• 6 heures : Ce sera finalement vers 6 heures du matin que les pompiers pourront officiellement dire avec certitude que le feu a été maîtrisé. L’étape suivante va consister à pénétrer dans l’établissement pour éteindre les débris. Les questions vont fuser. D’où proviennent les explosions ? Comment le feu a-t-il démarré ? Le DCFO Dorsamy Ayacouty va laisser la charge à la police de répondre.


Un bâtiment historique presque tricentenaire

Les Casernes centrales font partie de ces bâtiments à Port-Louis qui sont sortis de terre grâce au dur labeur des esclaves. Le rez-de-chaussée du bâtiment en pierres qui longe la rue Jemmapes, nous apprend l’ouvrage «Port-Louis, construit par les esclaves – Les pierres parlent», d’Amédée Nagapen, remonte à l’époque française. L’étage en pierres taillées est, lui, plus récent, ayant été érigé durant la colonisation britannique, au XIXe siècle.

Selon l’«État des bâtiments civils et militaires du Port-Napoléon» remis aux Anglais en janvier 1811, que l’ancien vicaire général du diocèse de Port-Louis et historien souligne dans son livre, les «cazernes» sont «contenues dans une enceinte quarrée de 150 toises de face en maçonnerie». Le rez-de-chaussée, qui date de l’année 1760, est, à l’époque, divisé en 14 chambres et quatre cages d’escaliers et la caisse en cinq pièces. «Au-dessus de la porte d’entrée est un pavillon à deux étages couvert en bardeaux», mentionne le document historique. Ce qui donne une indication sur l’état d’origine de cette bâtisse.

Sur la base de données du site en ligne de SOS Patrimoine en péril, on peut lire que la première partie des Casernes centrales, les Line Barracks, a été créée sous le Gouverneur Labourdonnais et ensuite, sous le Gouverneur Desforges-Boucher. La première partie des Casernes centrales se situe entre la rue des casernes et la rue Moka. Le Gouverneur français Mahé de Labourdonnais avait établi Port-Louis comme base navale et c’est sous sa gouvernance que les Casernes centrales ont été construites. Ensuite, le Gouverneur Desforges-Boucher a reçu l’ordre d’agrandir les casernes dans le but d’éviter que les soldats ne doivent séjourner chez des particuliers. La partie arrière du bâtiment est alors construite à cette époque. Les travaux ont pris fin en 1761. Aujourd’hui, cet ensemble architectural sert de quartier général à la police. Les bâtiments ont été réaffectés pour construire des logements pour des policiers.

Les Casernes centrales abritent les unités de la SSU, la «Major Crime Investigation Team (MCIT)», le quartier général de «l’Anti-Drug and Smuggling Unit», le «Central Criminal Investigation Department (CCID)», le bureau du commissaire de police, la cellule de communication de la police, le bureau du chef médico-légal de la police et le département administratif, entre autres.

Dans un communiqué, SOS Patrimoine en péril se dit attristé par les événements. «À maintes reprises mais en vain SOS Patrimoine a alerté les autorités de la nécessité de mettre en place un plan d’ensemble pour tous les patrimoines historiques. Nous avons demandé des protections additionnelles pour ces patrimoines contre le changement climatique, le vol, les catastrophes naturelles ou incendie. L’ancien poste de police de Fanfaron, qui a été la proie des flammes, est toujours en attente de restauration. Les Casernes centrales, étant un patrimoine national classé, nous pensons qu’il est nécessaire de mettre en place un comité d’urgence comprenant les différents ministères, la force policière, les ONG, le privé sous la tutelle du Premier ministre ou du ministre du Patrimoine culturel pour commencer un travail sur la restauration dès la semaine prochaine. Nous tenons à souligner que cet incendie ne doit être en aucun cas un prétexte pour démolir les Casernes centrales mais au contraire une occasion pour l’État de revoir sa politique vis-à-vis de notre héritage culturel», avance le communiqué.

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