Levée de la taxe: la fourniture des voitures écologiques peine à accélérer

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Les concessionnaires s’activent pour l’approvisionnement de ces nouveaux modèles hybrides et électriques tributaires de problèmes de stockage internationaux. © TOYOTA

Depuis le 1er juillet, la mesure budgétaire d’exemption de taxe sur les voitures hybrides et électriques a pris effet. Ce facteur a-t-il boosté les ventes ? Pourquoi le problème de stock perdure ? Jusqu’à quand? Selon les concessionnaires, le changement de modèle gagnera 10 à 20 % des conducteurs d’ici les prochains mois.

«Depuis l’annonce budgétaire, nous avons une vingtaine de requêtes par jour. D’ailleurs, 90 % des gens venant en showroom le font pour les véhicules électriques», déclare Arshad Bauccha, Brand Manager de MG. Mais bien que les Mauriciens semblent emballés par ces modèles écologiques, le prix constitue toujours un facteur freinant de l’achat. «Tout le monde est intéressé pour commander mais le tarif ne leur semble toujours pas accessible. Avec l’exemption de la taxe, une voiture coûte entre Rs 1,8 million et Rs 2 millions, contre environ Rs 2,3 millions. Mais ce n’est pas donné à tout le monde.»

Définitivement, déclare Sachin Sooknah, directeur du marketing de Toyota, «il y a un pic dans la demande des conducteurs suivant la mesure budgétaire». Selon lui, celle-ci est particulièrement visible pour les véhicules hybrides, vu que les électriques coûtent plus cher. D’autant qu’il n’y a pas beaucoup de modèles électriques à Maurice, précise-t-il.

Si la demande pour les voitures hybrides a considérablement augmenté, au niveau du stock, les concessionnaires n’en disposaient pas systématiquement avant la mesure. Selon lui, cette grande mutation vers les véhicules hybrides se verra d’ici la fin de 2022 ou le début de 2023. Pour commencer, cela pourrait entraîner un changement de véhicule par environ 10 à 20 % des conducteurs.

Pour sa part, Mrinal Teelock, secrétaire de la Motor Vehicle Dealers Association (MVDA), estime que la percée des voitures hybrides et électriques se fera progressivement à Maurice. «C’est une question de temps, notamment pour avoir des véhicules plus abordables et que le public en constate les bénéfices. Par exemple, cela inclut l’entretien, le carburant, etc. Le retour sur investissement est intéressant.»

De son côté, Karrim Abbasakoor, directeur de Car Club, constate également un «grand mouvement» des Mauriciens désireux de chercher des voitures hybrides et électriques auprès de son établissement. «Néanmoins, nous avons toujours un problème d’approvisionnement.» Malgré l’affluence des commandes, le stock semble avoir le dernier mot. Et ce problème d’approvisionnement international ne sera pas réglé d’ici la fin de 2022. Selon les observateurs, cela va durer probablement jusqu’en 2024, indique-t-il.

À l’origine, souligne-t-il, la production tourne au ralenti. Certaines puces de voitures sont plus difficiles à avoir tandis que d’autres composants proviennent de l’Ukraine, qui est malheureusement en guerre. «L’état d’esprit des constructeurs a un peu changé aujourd’hui. Ils produisent moins et peuvent pratiquer des prix plus élevés. Tout ce qui est seconde main est extrêmement cher», explique Karrim Abbasakoor. S’y greffent les éternels problèmes de fret et de devises étrangères. «À part la valeur de notre roupie et le coût du fret, on ne peut pas faire grand-chose. On doit attendre les solutions internationales.»

D’après Arshad Bauccha, ce problème d’approvisionnement perdure puisque peu de modèles sont reçus à Maurice actuellement. «L’Europe englobe tout. On essaie de s’en sortir et d’avoir un stock de cinq à six véhicules par mois. C’est un peu sur une base first come first served.» La durée pour la livraison après la commande oscille de deux à quatre mois. Mrinal Teelock soutient que plusieurs fournisseurs internationaux n’arrivent pas à approvisionner leur propre marché, en raison du problème des semi-conducteurs. Du coup, l’exportation en pâtit.

«Les constructeurs automobiles sont tous au courant que Maurice passe au vert et qu’il faut un effort pour nous approvisionner adéquatement à l’avenir», poursuit-il. D’ailleurs, avec les récentes flambées de l’essence, l’intérêt soutenu pour les véhicules hybrides et électriques s’est consolidé, qui plus est, avec le momentum de la mesure budgétaire.

Selon Sachin Sooknah, c’est maintenant qu’il faut passer davantage de commandes. «Si le stock est là, le véhicule prend entre deux et trois semaines à être livré. Sur le marché global, il y a un problème d’approvisionnement avec les semi-conducteurs qui sont en pénurie. Et face à la demande grandissante, je pense qu’un certain nombre de Mauriciens passera aux véhicules hybrides», affirme Sachin Sooknah. Ils sont avantageux, économiques et d’un entretien plus facile, ajoute-t-il.

Sur cet aspect, le secrétaire de la MVDA revient sur le fait qu’avant l’envoi de modèles neufs écologiques, le constructeur doit s’assurer que le personnel soit formé et que le concessionnaire a pris les dispositions nécessaires pour l’entretien. «Pour les voitures électriques, on parle d’un voltage aussi élevé que 400 volts. Évidemment, il faut un professionnel formé par le constructeur pour leur maintenance. Ainsi, pour de tels véhicules neufs, il n’y a pas de souci, et ce depuis leur commercialisation locale en 2014.»

Quid des prix puisque les modèles écologiques sont exemptés de taxe désormais ? Selon Sachin Sooknah, la baisse varie à partir de Rs 150 000 d’après le modèle. Par exemple, pour une RAV4 hybride, le prix coûte jusqu’à Rs 500 000 en moins, indique-t-il. Il tient à préciser aussi que Toyota est le pionnier de la technologie hybride à travers le monde. «Notre expertise a doté de la fiabilité réputée de la marqueles véhicules hybrides Toyota.»

Citant un prix d’environ Rs 1,6 million pour une voiture écologique, Mrinal Teelock estime que d’ici un à deux ans, la note sera moins onéreuse. «Comme on produira ces voitures à plus grande échelle, le prix chutera mais quand exactement, on ne le sait pas encore», déclare-t-il.

D’après Arshad Bauccha, les véhicules écologiques sont sujets à des échelonnements de paiement avec un taux préférentiel d’environ 3,75 %, dépendant des institutions pour le leasing sur une durée de sept ans normalement. Il appelle à aller au-delà de l’exemption de la taxe sur ces modèles plus écologiques. Car, insiste-t-il, il faut bien déterminer si on change pour favoriser l’environnement ou l’économie.

«Si c’est pour l’économie et qu’on est dans un contexte mauricien où l’on roule moins de 20 000 km par an, ce ne sera toujours pas rentable. Avec le coût de la batterie et la maintenance, combien cela coûtera-t-il ? Et si c’est pour prôner l’énergie verte, que fait-on avec les batteries après ?» s’interroge-t-il. À son avis, en sus de la décision budgétaire, l’État aurait dû élaborer une loi pour que les agences commercialisant ces véhicules écologiques puisent les jeter de façon écologique. «Au cas contraire, ces batteries finiront dans les rivières chez nous.» Loin de moins polluer.

Bornes de recharge dans des entreprises, centres commerciaux et stations-service

«Nous demandons aux particuliers d’utiliser l’énergie renouvelable. Le Central Electricity Board (CEB) mettra en place un plan pour l’installation de bornes de recharge dans les compagnies. Idem pour les centres commerciaux et les stations-service.» Déclaration du ministre de l’Énergie, il y a deux semaines. Avec les incitations budgétaires, le nombre de véhicules électriques et hybrides sur les routes devrait augmenter, d’où le besoin d’installer des bornes de recharge. Depuis le 1er juillet, tous les véhicules hybrides et électriques sont détaxés. De plus, un droit d’accise négatif de 10 % jusqu’à un maximum de Rs 200 000 est introduit pour l’achat de véhicules électriques par des particuliers. Actuellement, il existe une dizaine de bornes de recharge chez des concessionnaires de véhicules électriques, dans certaines stations-service, dont deux à Total Energies de Belle-Vue, ou dans des garages. Mais la plupart des propriétaires préfèrent investir dans une borne à domicile, car dans certains cas, il faut jusqu’à sept heures de recharge.

Le 17 décembre 2021, le Conseil des ministres avait avalisé la décision du CEB d’approuver un time-of-use-tarif 150C destiné aux consommateurs domestiques pour la recharge de voitures électriques. Cette mesure s’applique à ceux ayant souscrit au nouveau programme solaire photovoltaïque (PV) du CEB. De plus, le CEB conseille aux propriétaires d’un véhicule électrique de le recharger en périodes creuses – de 4 heures à 17 h 59 ou de 21 h 01 à 3 h 59 – quand les tarifs sont presque de moitié.

Lors d’une cérémonie à la station-service Total Energies de Belle-Vue en mai, le ministre du Transport et du métro léger, Alan Ganoo, avait déjà donné le ton. Il avait annoncé que le pays devrait compter une trentaine de bornes de recharge pour véhicules électriques d’ici fin 2025. Signe que le gouvernement veut encourager l’utilisation de véhicules électriques surtout avec la tendance haussière du prix du carburant. Selon les chiffres officiels de la National Land Transport Authority (NLTA), 3 183 véhicules hybrides ont été enregistrés, dont 535 neufs et 2 648 reconditionnés. De 2010 à mai 2022, 21 538 véhicules hybrides sillonnaient les routes.

La marque Honda est en pole position des véhicules hybrides les plus vendus avec 11 294 en 12 ans. Si l’achat de ces véhicules a démarré timidement en 2010, il y a une augmentation des ventes en 2022. Quant aux véhicules électriques, ils sont 718 à être enregistrés à la NLTA, dont 702 de 2012 à 2022. À mai 2022, ils étaient 139. Pour cette période, c’est la BMW électrique qui figure en haut du classement avec 45 véhicules contre 12 en 2021. En dix ans, la Nissan a été la plus vendue avec 289 véhicules. Quant aux bus électriques, ils ne sont que trois. L’acquisition de ces deux bus a eu lieu en 2019.

Le Budget 2022-23 propose plusieurs incitations pour la modernisation des flottes en bus électriques. L’Industrial Finance Corporation of Mauritius fournira ainsi des prêts à 3 % d’intérêt annuel sur dix ans aux opérateurs de transport pour acquérir des véhicules électriques et des stations de recharge. De plus, 200 bus électriques seront acquis pour renouveler la moitié de la flotte de la National Transport Corporation. Finalement, à partir du prochain exercice financier, le Bus Modernisation Scheme ne s’appliquera qu’aux bus électriques. Pour encourager l’utilisation de véhicules verts, des banques, notamment la MCB et la SBM, ont lancé des plans de financement pour les automobilistes. Le premier a lancé son Green Lease qui finance des véhicules hybrides, des véhicules plug-in hybrid et des véhicules électriques. Il est destiné aussi bien aux voitures qu’aux bus et minivans. De son côté, la SBM propose l’Eco Auto Lease pour rouler au vert. L’objectif du gouvernement de décarboniser le transport terrestre et d’accentuer la transition vers les véhicules électriques est en bonne voie.

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