Changement climatique: les pays de la région s’unissent pour prévenir les risques de maladie

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Pendant quatre jours, des experts de la région ont discuté de l’impact du changement climatique sur les risques de maladies vectorielles et des stratégies nécessaires pour les prévenir. © Aurélio Prudence

Pendant quatre jours, des experts de la région ont discuté de l’impact du changement climatique sur les risques de maladies vectorielles et des stratégies nécessaires pour les prévenir. © Aurélio Prudence

Depuis le 21 juin, une cinquantaine d’experts régionaux sont en grande discussion. De l’hôtel Pearl Beach, à Flic-en-Flac, comme sur le terrain, ils s’activent à décortiquer les risques liés à la crise environnementale engendrée par le réchauffement climatique, les pluies torrentielles, notamment, sur la santé humaine. Pendant quatre jours, ils ont participé à un nouvel atelier de travail organisé par le réseau de surveillance épidémiologique et de Gestion des Alertes (SEGA – One Health) de la Commission de l’océan Indien (COI). Celui-ci regroupe plus de 300 experts et oeuvre pour le renforcement des capacités régionales sur ces questions. 

Selon eux, il s’agit d’une réelle menace pour la santé publique. D’où l’importance de gagner en cohérence et efficacité dans ce domaine, comme en témoigne le Dr Harena Rasamoelina, coordonnateur de l’Unité de veille sanitaire de la COI. «L’ensemble des objectifs de cet atelier répond à des problématiques intersectorielles, c’est-à-dire liant santé humaine, animale et environnementale», indique-t-il. Il définit quatre axes en termes d’objectifs : le suivi et l’ajustement des actions du réseau SEGA – One Health concernant les syndromes et maladies climatosensibles (suivant le premier atelier régional de 2021), le renforcement des dispositifs de surveillance entomologique aux points d’entrée (ports et aéroports), l’intégration de la surveillance entomologique comme composante à part entière des dispositifs nationaux de surveillance et le renforcement du dispositif régional de surveillance de la résistance des moustiques aux insecticides. 

Qu’ont donné les échanges d’experts sur ces problématiques ? Pour Thierry Baldet, chercheur entomologiste du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et coanimateur du pôle thématique risque vectoriel, les États et territoires insulaires du sud-ouest de l’océan Indien interconnectés avec le monde et entre eux ne sont pas à l’abri de ces dangers vectoriels. «Les exemples récents d’émergence de la fièvre de la vallée du Rift à Madagascar et aux Comores et de recrudescence de la dengue à La Réunion constituent les exemples les plus frappants. D’autres maladies vectorielles transmises par les moustiques comme le paludisme ou par les tiques, comme la theilériose, continuent d’affecter la région. L’atelier avait pour but de renforcer les capacités et les compétences des États membres sur deux piliers de la prévention et de la lutte contre ces maladies vectorielles, à savoir la surveillance entomologique et la résistance aux insecticides.» 

D’après lui, ces échanges ont permis de faire un état des lieux de l’existant, partager les protocoles et les stratégies et dégager des feuilles de route communes visant à mettre en oeuvre une dimension régionale à ces activités. «Cela a bénéficié de la participation des secteurs de la santé humaine, vétérinaire et environnementale, permettant de renforcer les approches intégrées et multisectorielles pour rendre notamment plus efficaces les stratégies de prévention et de riposte. Cette feuille de route se concrétisera par des activités de renforcement des capacités et des compétences des États membres, organisées par la COI, avec l’appui des partenaires, notamment le Cirad et l’Institut Pasteur de Madagascar.» 

De son côté, le Dr Diana Iyalloo, Acting Head de l’Unité d’entomologie et de lutte antivectorielle du ministère de la Santé et du bien-être de Maurice, affirme que les pays régionaux ont pu discuter des solutions potentielles aux défis communs. Pour elle, la santé ne se limite pas aux maladies relevant de la santé publique mais englobe également d’autres aspects tels que les maladies relevant de la médecine vétérinaire, ainsi que l’environnement (par exemple, la qualité de l’air et de l’eau) qui peut affecter indirectement le bien-être humain. «Il est donc important de générer des données empiriques en choisissant les bons indicateurs pour mesurer l’impact du changement climatique. Ces données fourniraient ensuite le levier approprié pour le déploiement de mesures d’atténuation fondées sur des preuves», précise-t-elle. 

Elle souligne qu’il a, en outre, été convenu de renforcer la surveillance entomologique aux points d’entrée afin de minimiser le risque de colonisation par des espèces vectrices envahissantes présentes dans les pays voisins, notamment le moustique Anopheles stephensi, le moucheron piqueur Culicoides, la tique Riphicephalus appendiculatus et la puce du rat Xenopsylla cheopis. «Cela passe notamment par le développement et l’optimisation des outils de surveillance, la création de cartes de risque et des modèles prédictifs, le partage des observations ou encore la prise en considération des spécificités de chaque pays», soutient-elle. 

D’ailleurs, le Dr Harena Rasamoelina évoque des retombées des plus positives de l’atelier. En sus du foisonnement des connaissances et expériences des pays participants, ces discussions convergeront vers une standardisation des approches. Et au-delà de ces échanges, des séances pratiques, incluant des démonstrations des pièges à moustique ou encore une visite sur site de la surveillance entomologique à un point d’entrée de Maurice, ont eu lieu. Des enjeux et outils pour la surveillance de la résistance des moustiques aux insecticides ont aussi été présentés. «Des feuilles de route par pays, pour une période d’un an et demi, ont été discutées et seront par la suite consolidées. Elles incluent les modalités et les ressources nécessaires pour la mise en oeuvre, avec notamment l’organisation des acteurs au niveau national, la mise en place des dispositifs au niveau des points d’entrée, la formation, les acquisitions d’équipements, les modalités de collaboration intersectorielles, l’accompagnement technique, la poursuite du partage et échange régional, entre autres», déclare-t-il. 

Quelles stratégies sont à instituer d’urgence face aux risques du changement climatique sur la santé ? Selon Thierry Baldet, les changements climatiques exacerbent le risque vectoriel. À titre d’illustration, la remontée du paludisme dans les hautes terres de Madagascar pourrait être favorisée par l’augmentation des températures et l’installation des moustiques vecteurs à des altitudes plus élevées. 

Il réitère la nécessité de mise en place des stratégies intégrées de surveillance entomologique aux points d’entrée (ports, aéroports) avec un accent particulier sur le risque invasif constitué par le moustique Anopheles stephensi, ou la tique Rhipicelaphus microplus et d’assurer la surveillance entomologique sur des sites sentinelles représentatifs des différents contextes environnementaux et climatiques de nos territoires. Ce dernier type de surveillance permet de recueillir des données utiles à la modélisation du risque vectoriel comme outil d’aide à la décision mais également, sur le long terme, de suivre les tendances de ce risque en lien avec le changement climatique. Un double aspect de la surveillance priorisé par la feuille de route pour mieux prévenir et lutter contre les maladies vectorielles dans notre région, insiste-t-il. 

Pour lutter efficacement contre les maladies à transmission vectorielle et les dangers du changement climatique, estime le Dr Diana Iyalloo, la définition d’une stratégie de gestion intégrée des vecteurs à l’échelle de la région s’impose. Bien qu’il s’agisse d’un véritable défi, les acteurs clés tels que les entomologistes, les services vétérinaires, les spécialistes de l’environnement, les services météorologiques et les chercheurs doivent se concerter pour concevoir et mettre en oeuvre une telle stratégie, explique-t-elle. 

Dans un premier temps, évoque-t-elle, les États membres les plus avancés doivent mener des études pour déterminer les meilleurs indicateurs entomologiques à utiliser ainsi que la ou les meilleures méthodes de collecte pour générer ces données. «Ces indicateurs peuvent servir de lignes directrices pour aider les autres États membres à mettre en place un système efficace de surveillance des vecteurs, et ce afin de renforcer la surveillance épidémiologique régionale.»
 


La prochaine étape après l’atelier de travail

D’après le Dr Harena Rasamoelina, suivant l’atelier de travail de ce mois-ci, un premier rapport correspondant aux indicateurs de suivi des syndromes et maladies climato-sensibles sera rédigé avant la fin de l’année. Par ailleurs, plusieurs activités sont prévues, dont des stages de formation en entomologie dès cette année, la livraison d’équipements d’entomologie (qui est déjà en cours d’achat par la COI) et la mise en place de dispositifs de surveillance là où cela fait actuellement défaut. Des sessions de prélèvements pour la surveillance de la résistance aux insecticides sont aussi programmées. En octobre 2022, un suivi de l’avancement de toutes ces activités sera effectué à l’échelle régionale lors de la réunion du comité technique régional du réseau SEGA – One Health, ajoute-t-il.

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