Zones inondables: la carte de la discorde

Avec le soutien de
Si la carte de zones inondables demeure secrète, de nombreux Mauriciens payeront le prix cher…

Si la carte de zones inondables demeure secrète, de nombreux Mauriciens payeront le prix cher…

Pourquoi la carte sur les zones inondables n’a-t-elle pas été rendue publique ? Selon le ministre des infrastructures publiques, Bobby Hurreeram, cela créera, entre autres, un chaos et la population n’y comprendra rien car trop technique. Mais que nous
cache-t-on au fait ?

L’étude effectuée par Suez Consulting a alarmé l’opposition et la population car elle a pointé 302 zones inondables dont 67 sont à haut risque, a précisé Bobby Hurreeram, le 16 juin. Cependant, ces zones ne sont pas connues des Mauriciens. Lors de sa conférence de presse du même jour, le leader de l’opposition, Xavier Duval, et Nando Bodha ont fait comprendre à la population que si cette fameuse carte de zones inondables demeure secrète, les propriétaires de terrains, de maisons et même de plantations s’en trouveraient en plein désarroi. Car si jamais ils décident de construire, ils peuvent se voir refuser le Building and Land Use Permit (BLUP), rendant le terrain inutilisable pour ce pour quoi ils l’ont acheté. S’ils veulent revendre, le prix pourrait être dévalué.

Le leader de l’opposition ne comprend pas pourquoi la carte est déjà consultée par les collectivités locales, même si Bobby Hurreeram a affirmé que le Conseil des ministres n’y a pas encore donné son aval. Mais comment fonctionnera cette nouvelle procédure ?

 Pas de BLUP seulement pour les zones rouges

Il semble qu’un fonctionnaire, normalement le Town Planner, de chaque collectivité locale ait accès à cette carte digitale montrant si un terrain se situe en zone inondable ou pas, grâce à un mot de passe. Mais il ne peut voir que la région tombant sous sa responsabilité. Et lorsqu’un citoyen a déjà acquis un terrain ou le fait maintenant, il ne saura pas si celui-ci se trouve en zone inondable. Ce n’est que lorsqu’il voudra le développer, aura encouru des frais d’architecte et approchera la municipalité ou le conseil de district que le fonctionnaire accédera, en catimini si l’on peut dire, à la carte. Si celui-ci trouve que le projet se situe en zone inondable, il peut recommander le non-octroi du BLUP.

Sauf que Bobby Hurreeram souligne qu’«any potential buyer or owner of any plot of land who has any doubt of flood vulnerability can always consult the relevant local authorities for proper advice». Il faudra donc que l’on ait un doute…

Si le citadin ou le villageois qui n’a pas obtenu son BLUP veut contester ce non-octroi de permis, comment fera-t-il, se demande Xavier Duval, s’il ne sait pas si la carte indique bien que le terrain se trouve en zone inondable ? Le leader de l’opposi- tion prévoit beaucoup de procès en perspective

Mais la collectivité locale rejettera-t-elle automatiquement le BLUP si le terrain se trouve en zone rouge, c.-à-d. inondable ? Presque, à en croire Bobby Hurreeram : «In high risk flood prone areas, such developments will not be recommended.» En tout cas, voilà un critère additionnel qui comptera désormais.

Pour un Town Planner, s’il a accédé aux données de ce logiciel et a vu que le terrain se situe en zone inondable, il ne recommandera pas l’octroi du BLUP. «Je ne vois pas le comité BLUP de la collectivité locale passer outre la recommandation du Town Planner sans courir le risque de se faire taper sur les doigts après, au cas où il y a inondation et perte de vie ou dommages.» Cela, même si on a déjà vu beaucoup de comités passer outre la recommandation du fonctionnaire… Xavier Duval estime entre 10 000 et 15 000 le nombre de terrains situés en zone rouge. Mais il n’a pas précisé s’il y a déjà constructions ou pas.

Ce qui inquiète Joanna Bérenger, c’est que d’après les directives émises par la LDA aux collectivités locales, il est clair qu’aucun BLUP ne devra être délivré pour les constructions en zones inondables, sans aucune précision de zone rouge ou autre. De plus, elle craint que cette procédure vague qui donne beaucoup de latitude aux collectivités locales ne soit utilisée en toute opacité. Ce qui l’interpelle le plus, c’est comme l’a reconnu lui-même le ministre, ces données sont dynamiques. «Comment dans de telles conditions se baser sur des données changeantes pour refuser un BLUP ?» Elle cite en exemple un voisin qui a construit un mur en amont, mur qui va dès lors détourner l’écoulement de l’eau vers ou loin du demandeur du BLUP.

Maisons sur pilotis

Pour les autres zones à moindres risques (pas en zone rouge), Bobby Hurreeram affirme que «we will be able to solve by building the proper infrastructure around». Qui va construire ces «infrastructures around» ? Le propriétaire ou les autorités ? On ne le sait. Il ajoute que la collectivité locale informera qu’il y a un «drainage path there and how to construct. Now, people can build in flood prone areas subject to conditions they should know, and again the BLUP will state how to build and where to build.» Sur pilotis par exemple ? Et que «specific conditions will be imposed on a case to case basis». On espère que le cas par cas ne conduira pas à des pratiques de discrimination ou de corruption, comme le craint Xavier Duval. Pour les projets agricoles, Bobby Hurreeram assure que «development thereon can proceed as usual».

Malgré toutes ces assurances, pourquoi le ministre des Infrastructures nationales ne veut-il pas rendre publique cette carte de zones inondables ? Ses explications varient. Tantôt ce sera le chaos, tantôt le public n’y comprendra rien, tantôt c’est déjà à la disposition des collectivités locales et dans la presse. Or, la presse n’est pas un document officiel, nous dit un avocat, et puis tous les détails n’y sont pas contenus. Le ministre a justifié la non-publication de la carte aussi par le fait que les données sont dynamiques. D’ailleurs, depuis le lancement de la carte et son intervention au Parlement, il avoue que le nombre de zones inondables est passé de 297 à 302.

Guerre entre proprios

Sollicité, un haut placé au gouvernement nous donne une autre raison pour laquelle la carte n’a pas été rendue publique. «Il y a des lobbies venant d’une grande banque en particulier qui n’a pas voulu que de nombreuses terres qu’elle a prises en garantie de certains gros propriétaires et valant des milliards ne soient classées en zone rouge.» Il nous explique que ces terres actuellement sous culture de cannes ont été évaluées par cette banque non au prix de terres agricoles mais constructibles. «Largement surévaluées donc, car ces propriétaires de terres étaient sûrs d’obtenir des permis de conversion prochainement.»

Encore donc des champs de cannes qui disparaîtront sous le béton et l’asphalte comme à Fond-du-Sac et causant d’autres inondations ? Et encore des pertes en devises pour la vente de sucre produit localement ? Cependant, il semble que le gouvernement rendra publique quand même cette carte, non pour protéger le secteur sucre mais pour permettre à des «copains» d’entrer dans le business immobilier.

D’ailleurs, l’annonce lors du Budget d’autoriser tout étranger d’acquérir une propriété terrienne ne valant pas moins de USD 350 000 et à condition de verser 10 % de la valeur au Solidarity Fund semble aller dans ce sens. Et l’on ne veut pas que ce soit seulement les gros propriétaires de terres qui en profitent. Avec cette nouvelle disposition, les Mauriciens auront encore plus de mal à acheter un petit bout de terrain.

Pourquoi cette étude ?

Pour construire plein de drains, nous dit sans hésiter un haut fonctionnaire. «Ils ne s’attendaient pas à la découverte de tant de zones inondables !» Ainsi, ce serait la raison pour laquelle Bobby Hurreeram n’a cessé de parler de drains lors de la PNQ du 16 juin. Et les drains ne règleront-ils pas le problème d’inondations ? Le ministre a rassuré ce jour-là au Parlement : «The National Flood Management Programme which is ongoing, the flood prone areas are being reviewed based on the resilience that is being brought to those affected areas. These flood mitigating measures would be put under test and their effectiveness assessed prior to removing the flood prone areas from the Flood Prone Map or decreasing their relative vulnerability.» Il faudra attendre donc les prochaines grosses pluies d’été ou celles de l’année prochaine pour sortir de certaines zones de la «Flood Prone Map» ?

Publicité
Publicité
e-brochures.mu logo

Retrouvez les meilleurs deals de vos enseignes préférées.

e-brochures.mu icon
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
Suivez le meilleur de
l'actualité à l'île Maurice

Inscrivez-vous à la newsletter pour le meilleur de l'info

OK
Pour prévenir tout abus, nous exigeons que vous confirmiez votre abonnement

Plus tardNe plus afficher

x