Jean Michel Lee Shim: «Non, Pravind Jugnauth ne mange pas dans ma main»

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Est-il vraiment le mafieux tant décrié par ses détracteurs ? Celui qui obsède le conscient et l’inconscient des Mauriciens depuis un moment. Celui dont la proximité avec les dirigeants du pays est commentée à outrance. Si bien qu’il serait aujourd’hui à la tête d’une galaxie de compagnies liées au betting. Son dernier fait d’arme : son actionnariat dans une compagnie organisatrice de courses, qui met à mal le monopole de 210 ans du Mauritius Turf Club (MTC). Jean Michel Lee Shim, que nous avons rencontré à son domicile mercredi, s’est exposé à notre séance de questions-réponses. Il aborde certains sujets pour la toute première fois.

Votre nom est évocateur à plus d’un titre. Surtout depuis la prise de pouvoir du gouvernement dirigé par le MSM. On dit que vous êtes dans les bonnes grâces du Premier ministre (PM), d’où l’impossible qui est rendu possible pour vous. Le Crésus mauricien. Dites-nous toute la vérité. Le PM vous mange-t-il vraiment dans la main ?
(Rires). J’ai rencontré Pravind Jugnauth, une fois en 2010 et ensuite en 2014 avant qu’il ne devienne PM. De surcroît sur le terrain. Jean Michel Lee Shim n’a rien obtenu de tangible du PM actuel. Pas de place sur un board. Pas de terrain à bail. Pas de contrat. Rien ! Donc, non, Pravind Jugnauth ne mange pas dans ma main !

Au vu de votre fortune, il va de soi que vous n’avez pas besoin de cela. Du moins pas de cadeau de cette envergure…
Je n’ai reçu aucun cadeau du PM ! Donc, question envergure, il n’en est rien. En revanche, j’ai siégé sur plusieurs boards sous le Dr Navin Ramgoolam. Chef du gouvernement à l’époque, il est celui qui m’a permis de mettre en place la compagnie SMS Pariaz. Je ne comprends pas l’obstination sur ma supposée proximité avec Pravind Jugnauth.

Vous aviez déclaré, lors d’un entretien chez un confrère, avoir contribué seulement Rs 10 M en faveur du MSM aux dernières élections. On a un peu de mal à vous croire, au vu des récents changements législatifs ayant facilité, de manière ostentatoire, les affaires de vos compagnies.
J’affirme que le gouvernement n’a pas changé des lois du pays pour faire plaisir à Jean Michel Lee Shim (Rires). Citez-moi un seul cas.

La décision du gouvernement d’interdire les bookmakers «off-course» a pleinement profité à SMS Pariaz.
Le retrait des bookmakers off-course est une campagne de l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo. C’était une promesse électorale pour combattre une «nasion zougader». Vishnu Lutchmeenaraidoo avait fait la même chose à travers le pays en 1986.

Avec le temps, le chiffre d’affaires de SMS Pariaz a explosé…
Tout comme la compagnie ASL des Hardy en a profité. C’est aussi le cas pour Totelepep des Gujadhur. Ils en ont aussi profité. Beaucoup plus en termes de pourcentage. Allez vérifier les chiffres. Pourquoi ne dites-vous pas que tous les trois en ont profité ? Kifer pe tom zis lor SMS Pariaz ?

Excusez-moi mais des trois, vous êtes le seul à offrir le «fixed odds betting».
Et alors ? Allez voir les chiffres ! Fixed odds ou pas, les Totes en ont aussi profité. Les Totes offrent du over-the-counter betting et SMS Pariaz non ! Ce n’est pas de la discrimination ça ? Personne n’offre du over-the-counter betting, hormis les deux Totes. Ils font aussi du SMS et du telephone betting alors que SMS Pariaz n’offre que le SMS betting. La tou bon la ? C’est trop facile de jeter le blâme sur quelqu’un. Surtout lorsqu’on ne l’aime pas.

Je n’ai rien contre vous personnellement mais… (Il coupe).
Mo pa pe koz zis pou ou ! Vous savez ce qui s’était passé en 1975 lorsque Mère Teresa avait dit que grâce à Indira Gandhi, «People have more jobs and live a little bit better »? Que n’a-ton pas dit sur cette dame-sainte ? L’opposition la traitait de tous les noms, allant même jusqu’à alléguer qu’elle finançait la mafia et qu’elle serait intervenu auprès de la New York Court of Justice pour faire libérer un gros trafiquant de drogue ! D’autres graves allégations furent proférées à son encontre. Aster la mwa, kan mo dir mo pro Pravind, zot pa pou rod fini moi! Permettez-moi de souligner ici que je ne me compare pas à Mère Teresa. Loin de là.

«Navin Ramgoolam est celui qui m’a permis de mettre en place la compagnie sms pariaz.»

Allez-vous également relativiser l’adoption du «Finance Bill» ? Et les tracasseries légales imposées au MTC qui ont mis le club à genoux ? Au point de permettre l’émergence d’un autre organisateur de courses en People’s Turf PLC (PTP), dont vous êtes actionnaire.
Est-ce moi l’auteur du rapport Parry en 2015 ? Ce changement a été conseillé dans ce rapport. Le changement a été graduel. Le changement n’a pas été drastique, laissant le soin au MTC de bien se préparer. Soyons honnêtes ! Un bon businessman ne se repose pas sur ses lauriers après la lecture du rapport Parry. Il ne reste pas de marbre lorsque les choses commencent à bouger. Eski se mo fot si zot pann bouze kan ti bizin ? Puis, qu’on le veuille ou pas, la situation de monopole du MTC ne pouvait pas continuer. Pena okenn lot biznes kot ena monopol apar CEB ou CWA. Et là encore, il s’agit d’entreprises utilitaires.

En tout cas, vous avez, vous, bien vu arriver les choses. Avez-vous en votre possession une boule de cristal que le MTC n’a pas, ou, pour reprendre vos dires, n’a jamais cherché à obtenir ?
J’ai vu la vague arriver. Pa bizin boul kristal pou sa. Je vois plein d’autres choses arriver. Tant dans l’industrie hippique qu’ailleurs. Prenez les silos des Moulins de la Concorde. Il fallait construire d’autres silos pour stocker plus. On va manquer de blé dans ce pays en raison des soucis entre l’Ukraine et la Russie. Si mo fer silo, pou dir mo ena boul kristal mem ?

Vous aviez aussi déclaré ne pas avoir dépassé le milliard en termes de fortune propre. Est-ce judicieux, en tant qu’homme si avisé, d’investir 1/10 de cette fortune, et peut-être encore plus à l’avenir, dans un projet d’envergure comme le centre d’entraînement à Petit-Gamin ? À vrai dire, saviez-vous que vous avez le droit d’être riche de plus d’un milliard, du moment où tout est fait dans les règles ?
Profit is not a sinful word by any religious or moral standards. Certainement ! Je donne sans mesure à cette vie qui m’a tant donné. Je suis très actif dans le social. (Il nous parle de l’ONG Solidarite Marye Pike et de son projet de centre cinq étoiles à Pointe-aux-Sables pour les malades du cancer). J’ai dit à peu près que mes assets valent le milliard. Je n’ai pas effectué d’évaluation complète. On cherche plus à savoir ce que je possède que ce que je fais pour être un homme meilleur. J’aurais sans doute été GOSK ou choisi comme l’Homme de l’année par une certaine presse si j’avais confié au Diocèse la gestion de mes œuvres caritatives.

Si vous vouliez vraiment obtenir le titre de «Grand Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean» (GCSK) ou de «Grand Officer of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean» (GOSK), cela ne devrait pas être un problème…
(Rires). On aurait dit que je suis un chatwa. Il vaut mieux n’avoir aucune reconnaissance à ce niveau.

Issu d’une famille modeste, dont le père décède malheureusement très tôt, comment avez-vous amassé une telle fortune ?
J’ai grandi à Port-Louis, plus précisément au Ward 4. J’ai perdu mon père très tôt. Je suis le produit d’une mère célibataire. Mo kone ki mizer monn pase ! Monn travay dan laboutik apre lekol. J’aurais sans doute pu être admis au St-Esprit, mais c’était bien trop cher pour voyager jusqu’à Quatre-Bornes. J’ai donc fait mes études au collège Bhujoharry. Je suis allé ensuite étudier à l’extérieur. Dix ans d’étude ! Je suis devenu un chartered manufacturing engineer en Angleterre. Je décide de rentrer pour ouvrir des usines. J’étais déjà riche à cette époque (Rires). Je me suis rapproché de l’industrie hippique sur le tard. Vers les années 1980. J’épaulais mes frères en tant que bookmaker. J’ai ensuite pris une licence de 1997 à 2000. J’ai été président des bookmakers. Je suis un innovateur. Le remote betting de SMS Pariaz en est l’exemple. J’ai créé SMS Pariaz avant de céder mes parts aux gens qui étaient déjà impliqués dans la compagnie. Je l’ai fait parce que je devais repartir en Angleterre. À mon retour, j’ai pris de l’emploi comme consultant chez SMS Pariaz.

Peut-on vraiment avaler votre déclaration selon laquelle vous n’êtes désormais qu’un consultant à SMS Pariaz ? Car, si vous l’êtes vraiment, comment pouvez-vous avoir une influence aussi importante dans cette compagnie ? Que vous le vouliez ou pas, vous êtes la figure de proue de SMS Pariaz. Il n’y a personne d’autre.
Je pense que vous êtes plusieurs à assumer que je suis le leader. Même si ce n’est pas le cas. Toutefois, je peux dire que je fais consensus par rapport à mes opinions. L’intelligence et la personnalité jouent beaucoup. Cela, sans pour autant dire que je suis un génie. J’ai aussi été très influent au board de l’Université de Technologie pendant six ans. J’ai été, pour être précis, chairman de l’Academic Council de cette université et aussi directeur du Board of Investment, nommé par le Dr Navin Ramgoolam et non pas par Pravind Jugnauth.

Donc, vous n’êtes pas le parrain d’une quelconque mafia ?
(Il se redresse sur sa chaise). Je ne bois pas. Ne fume pas. Ne sors pas en boîte. Ne vends pas de drogue. Je n’ai pas de cartel. Je ne joue pas aux casinos. Je suis en règle avec la MRA à Maurice et avec le HMRC d’Angleterre. Si être intelligent, honnête, bosseur, innovateur, philanthrope et généreux font de moi un parrain, d’accord je suis un mafieux. Et Mère Teresa serait la marraine.

Avez-vous déjà pensé à la suite si d’aventure vous deviez disparaître des écrans ?
Je ne suis pas attaché aux choses matérielles. Je ne vais rien emporter dans la tombe. Je rejoindrai en toute humilité mon épouse dans l’au-delà le moment voulu. C’est elle la raison derrière mon œuvre caritative. Je me voue à cette tâche, ayant vécu la souffrance de la maladie chez autrui. Par rapport à mon héritage, ceux autour de moi en bénéficieront. Mes enfants, eux, prolongeront sans doute mes œuvres caritatives.

«Si être intelligent, honnête, bosseur, innovateur, philanthrope et généreux font de moi un parrain, d’accord je suis un mafieux.»

Assumez-vous l’achat tant critiqué de part et d’autre de chevaux dans plusieurs écuries ?
Mo ti pe priye mo gagn sa kestion-la. J’ai une compagnie, JML Equestrian Ltd, à Petit-Gamin. On fait venir de jeunes chevaux d’Afrique du Sud et d’Angleterre pour les school. On les entraîne à devenir des chevaux de courses pour ensuite les vendre ou les mettre on lease. Les chevaux auxquels vous faites référence sont on lease dans ces écuries. Tout comme si je devais louer des voitures à des particuliers. Ce n’est pas à moi de venir vous dire où aller et qui mettre dans la voiture que je vous ai louée. Si Singapour n’avait pas fait la même chose, le pays aurait souffert comme à Maurice. La pyramide de propriétaires de chevaux est gigantesque là-bas. This is the future. C’est une nouvelle formule possible à Maurice. Mwa mo permet lease souval kouma sertin permet lease loto. C’est tout à fait légal et tous peuvent aspirer à en faire autant. This is the future of horseracing ownership that will benefit the horse racing industry worldwide. Le Singapour nous fait déjà la leçon.

Êtes-vous, Jean Michel Lee Shim, en tant que patron de la compagnie qui loue ces chevaux à plusieurs écuries, la raison derrière le boycott de la journée de courses organisée par la MTCSL samedi dernier ?
Je suis consultant à SMS Pariaz. J’ai prié pour que les courses aient lieu samedi dernier pour qu’on puisse travailler. Mo pann al aprann tousala pou met later dan mo lasiet manze. Ou trouv fine ekrir kouyon lor mo fron? Les entraîneurs font ce qu’ils veulent. C’est leur calcul. Je ne peux être tenu pour responsable ! Ils ont sans doute vu que le stakesmoney n’était pas suffisant.

PTP et MTCSL se partagent l’hippodrome depuis quelques semaines. Se dirige-t-on enfin vers un partenariat entre les deux organisateurs de courses ? Surtout par rapport aux coûts d’entretien de la piste, du ferrage, de la litière, du salaire des palefreniers et autres.
On fera de sorte qu’il y ait une rencontre avec le MTC au plus vite. On est déjà en pourparlers avec la MTCSL. J’ai donné mon opinion, en tant que membre du MTC, à ceux qui voulaient écouter. J’espère qu’on m’entendra. Je devais d’ores et déjà avoir un premier contact mais je suis grippé actuellement (NdlR : l’interview a été réalisée mercredi). Il nous faut trouver un protocole à court et long terme. Car, si l’on partage un appartement, moi dans une chambre et vous dans une autre, il nous faut partager les toilettes et la cuisine. On doit forcément partager les factures.

Il vous faut aussi reconnaître que le MTC possède 210 ans d’expérience dans l’organisation des courses…
Tout à fait. Je crois aussi savoir que PTP a fait de sorte de débaucher des gens très compétents en ce sens.

Un mot sur le traitement de la PML de Jean Michel Giraud qui a attendu jusqu’à pas d’heure et sa démission en tant que président du MTC ?
Je n’ai rien à dire à son sujet. Je vais garder mon opinion !

Étiez-vous en train de mijoter, avec la complicité d’un ancien président du MTC, qui est désormais le «Chairman» de PTP, votre entrée dans l’actionnariat de MTCSL ? Cela, avec la proposition supposée, du moins selon d’anciens membres du «board» du MTC, de transférer les «assets» du MTC à MTCSL.
Il n’y a pas de profit dans l’organisation des courses. Je suis à People’s Turf PLC en solidarité. Pa pou fer kas ! Pourquoi devrais-je investir pour être actionnaire de MTCSL ? Si je voulais faire des profits, j’aurais mis mon argent à la MCB. Où mon argent est garanti. Ces accusations sont fausses. It is MCB which mints fortune year in year out, Covid or not!

Comprenez-vous l’obstination de l’écurie Gujadhur à ne pas faire courir ses chevaux lorsque PTP sera à la barre ?
Je peux vous dire que la direction de PTP est en discussion avec l’écurie Gujadhur.

Et pour finir, ne trouvez-vous pas cela dérangeant d’être, à la fois, propriétaire de chevaux, actionnaire d’une société organisatrice de courses et consultant d’un opérateur de paris ? Il y a certes les Gujadhur et Hardy qui sont aussi propriétaires de chevaux et actionnaires de Tote, mais le fait d’être également organisateur de courses est un palier pas encore franchi jusqu’ici.
Vous êtes en train de m’insulter ! Prenons le cas de Hardy. Il est le chairman de ASL. Il est propriétaire de chevaux. Il est aussi membre du MTC, donc actionnaire de la MTCSL, qui a une license de racing organiser. Vous parlez aussi de Gujadhur. Lui, il est dans la même situation que Hardy, voire plus, puisqu’il est aussi entraîneur de chevaux. «Sa ou pa trouve? Ou trouv zis moi ?» Why turn a blind eye? Moi, en revanche, je ne suis ni directeur de PTP, ni ne siège sur le managenent committee. PTP organise le volet événementiel des courses. L’autre volet demeure la réglementation. C’est la Horse Racing Division (HRD) qui s’en occupe. Ou trouv mwa siez dan board HRD ? Je pense que les professionnels de la HRD sont habilités à bien faire leur travail. Qu’on juge le tout sur la piste. Je n’ai rien à me reprocher. Et non ! Je ne trouve rien de dérangeant à cela.

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