Dev Sunnasy: «Seules les PME de la construction auront plus d’accès au marché public»

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Dev Sunnasy, Co-Leader de Linion Pep Morisien et entrepreneur

Dev Sunnasy, Co-Leader de Linion Pep Morisien et entrepreneur

Alors que rien n’est prévu dans ce sens dans le Budget pour les petites et moyennes entreprises, à part celles du secteur de la construction, Dev Sunnasy explique en quoi l’accès aux marchés est plus important que l’accès aux finances. Il regrette que la «National Exports Strategy» (2017) ait été un échec dans son implémentation et explique comment les accords de libre-échange peuvent être au détriment de nos entreprises locales. Du côté de la fonction publique, le vrai problème serait, selon lui, celui de l’inefficience, plutôt que celui d’un manque de ressources.

La Banque de développement (DBM) est citée plusieurs fois dans le discours du Budget. Ce sont des prêts, certes aux taux préférentiels, qui sont offerts aux PME et agriculteurs. Mais cela reste quand même des prêts à rembourser, non ?
Plusieurs catégories de PME n’arrivent pas à vendre leurs produits ou services depuis plusieurs années, pour diverses raisons. Si la raison est un manque de capital pour fabriquer ou améliorer un produit, ou pour s’assurer une logistique, la DBM est une banque qui fournit des services de prêt. Mais le problème est souvent les garanties - maisons, terrains, floating charge sur les avoirs - que demandent les banques. Ce qui veut dire que beaucoup d’entrepreneurs, notamment les jeunes, sans aucun actif à fournir en garantie, auront toujours des difficultés pour démarrer leur business. Bien sûr, qui dit prêt, dit remboursement. Et pour rembourser, il faudrait faire plus de profits après avoir payé les salaires et les dépenses courantes. Bref, vendre plus. C’est là où le bât blesse. Ce qui aurait dû être fait, c’est implémenter tout simplement le 10-year Master Plan pour le secteur des PME, lancé en mars 2017. L’implémentation a été un flop total, encore une fois.

Vous déclariez à «l’express» le 8 juin que le ministre Padayachy «ne comprend toujours pas que l’accès au marché est plus important que l’accès aux finances». Expliquez-vous.
L’accès au marché veut tout simplement dire pouvoir vendre ses produits et services à un marché plus large, avoir plus de clients. J’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs PME de diverses tailles, y compris des associations. Une grande majorité ne fait pas de vraie croissance et n’arrive pas à grandir sainement. Grandir c’est créer de nouveaux emplois. Personne de sensé ne prendra de dettes de la DBM ou d’autres banques, s’il ne prévoit pas une croissance à l’horizon. D’autres prennent le risque avec des dettes qu’ils ne pourront rembourser et se font saisir leurs biens. Combien de biens ont été saisis par la DBM et d’autres banques pour non-remboursement ! Il faudrait élargir leur marché. Linion Pep Morisien avait proposé dans son budget alternatif que tous les contrats de l’État de moins de Rs 15 millions soient réservés aux PME, et d’augmenter leur margin of preference. Le ministre des Finances l’a appliqué uniquement au secteur de la construction, à hauteur de Rs 20 M. Les autres secteurs et industries ont été ignorés. Ce faisant, il crée le Mid-Market enterprise. Ceux qui font un maximum de Rs 250 millions de chiffre d’affaires bénéficieront désormais des mêmes avantages que les PME. Qui d’après vous gagnera ces contrats de drains qui seront découpés en lots de moins de Rs 20 millions ? C’est ainsi qu’une partie des PME disparaîtront et d’autres, proches du pouvoir, s’engraisseront. Ainsi, artificiellement, le poids du secteur des PME par rapport au Produit intérieur brut (PIB) grandira sur les cadavres d’autrui.

«Qui gagnera ces contrats de drains qui seront découpés en lots de moins de Rs 20 millions ?»

D’autre part, il y a une contraction du marché local dans quasiment tous les secteurs liés aux PME. La seule solution est l’exportation des biens et services. Il n’y a absolument rien dans son Budget pour faire grandir notre marché en Afrique par exemple.

Je rappelle que la National Exports Strategy (NES), lancée en grande pompe par le Premier ministre le 31 mars 2017, est un excellent blueprint préparé par Intracen (Geneva) qui met l’accent sur sept secteurs prioritaires pour les PME. Dans l’avantpropos du rapport, le Premier ministre Pravind Jugnauth écrit : «Government will, in formulating its policies for the export sector, take into consideration the recommendations embodied in the strategy document with a view to boosting that sector, in its role as one of the main drivers of economic growth.» Mais comme d’habitude, il a pratiqué le contraire.

Les accords de libreéchange entre Maurice et l’Inde et la Chine aiderontils nos producteurs locaux ?
Ces accords de libre-échange permettent aux entreprises locales d’exporter dans ces pays. Mais qu’exportons-nous réellement vers la Chine par exemple ? En premier, c’est le cuivre pour USD 9,6 M et en deuxième position le sucre/sucres spéciaux pour USD 7,3 M et le seafood. Tout le reste est extrêmement bas pour un total de USD 26 M. Cependant nos importations de Chine sont de USD 875 M, dans toutes catégories de produits. Ces accords sont comme un couteau à double tranchant, en ouvrant la porte aux entreprises mauriciennes au marché chinois, elles ouvrent aussi le marché local aux produits chinois sans droit de douane. Est-ce que les PME mauriciennes ne perdent pas au change en devenant moins compétitives ? Regardez tous les meubles que nous importons de Chine. Ne perdons-nous pas en facilitant l’importation sans taxe de ces produits ?

Le ministre Sunil Bholah vient de confirmer au Parlement que sa gestion du secteur des PME a été un échec total. Il a cité un mid-term interim report pour donner suite au lancement du 10-year Master Plan du secteur des PME, mais il omet de dire que dans le Master Plan, l’emploi dans ce secteur était de 55 % en 2017 et qu’il prévoyait 64 % pour 2026. Le ministre admet qu’en 2022, l’emploi dans le secteur des PME a chuté lamentablement et ne représente que… 44 %, soit 11 points de moins qu’en 2017. La contribution au PIB était de 40 % en 2017 et en 2022, 34,9 %.

L’annonce de la création de 8 353 emplois dans le secteur public et les corps paraétatiques ne ressemble-t-elle pas à la création de l’argent par la Banque de Maurice ?
Je comprends par les amis syndicalistes du secteur public, qu’il y a un manque d’effectifs et un manque d’efficience causés par les départs à la retraite qui n’ont pas été remplacés. 1 000 personnes du service de santé sont sous contrat. Il faudrait que le gouvernement dise en toute transparence de quel grade et dans quels secteurs seront les 8 353 emplois promis.

D’autre part, le secteur public, y compris les corps para-étatiques, emploie quelque 70 000 personnes. Ce nombre est deux fois moindre en Estonie, qui a la même population que Maurice. Pourquoi ? Ce pays balte a mis l’accent sur l’efficience de leur service au public : vous n’y faites pas la queue, les services sont hautement digitalisés. Tandis qu’à Maurice, on adore faire faire la queue à la NTLA, à la police, aux guichets de poste ou aux hôpitaux... Par conséquent, il faut parfois prendre des local leaves. Je vous donne un exemple de cette chute programmée par l’incompétence : le E-Government Development index : Maurice 2016 – classée 58e …!

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