Au National Dialysis Center de Phoenix: insuffisances rénale, de staff, de bons traitements…

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Des patients du National Dialysis Center de Phoenix allèguent qu’ils reçoivent des mauvais traitements. La direction réfute ces allégations et soutient qu’elle ne peut plaire à tout le monde. © Dev Ramkhelawon

Des patients du National Dialysis Center de Phoenix allèguent qu’ils reçoivent des mauvais traitements. La direction réfute ces allégations et soutient qu’elle ne peut plaire à tout le monde. © Dev Ramkhelawon

Angoisse, frayeur, incertitude… Tels sont les sentiments de ces patients dialysés, rencontrés samedi. Huit dialysés, qui, par peur de représailles, ne veulent pas divulguer leurs noms. Mais ils ne peuvent plus se taire et ont décidé de raconter comment ils vivent, au quotidien, leurs sessions de dialyse au National Dialysis Center de Phoenix. 

«Des patients ont eu leurs fistules abîmées et ont dû être de nouveau opérés», déplorent-ils, pointant du doigt le personnel soignant. «Manipuler les cathéters ou les fistules demande beaucoup de doigté et de connaissances. Vous savez, lors de ces sessions, nous risquons notre vie.» 

«Deux infirmiers pour 34 patients» 

Il y a un manque de personnel, s’insurgent-ils. «Parfois, il n’y a que deux infirmiers présents pour les sessions de dialyse, alors qu’il y a au minimum 34 patients par jour.» L’un des patients confie avoir vu sa session être écourtée par le staff, étant sous pression face à trop de travail accumulé en une journée. 

«Il faut savoir qu’après la première session, comprenant 17 personnes, une autre séance se tient quelques minutes après. Le personnel a débranché les machines tellement vite que j’ai eu une impression de travail bâclé.» Il ajoute qu’à plusieurs reprises, il a eu à recaler son rendez-vous. «Deux ou trois machines sont en panne et ma session est alors reportée pour l’après-midi. Alors que je ne peux me permettre de rater cette session de dialyse.» 

Les allégations se poursuivent en ce qui concerne le fonctionnement des machines. «Je suis déjà allé faire une session de dialyse dans une clinique privée et j’ai la nette impression que le processus est complètement différent», soutient l’un des patients. Quid des médecins sur place ? «Parfois on en cherche un pour avoir quelques renseignements mais, au final, on se retrouve sans personne. Le médecin n’est pas présent.» La liste des conditions déplorables est longue. «Le matelas sur lequel nous devons nous reposer est tellement dur qu’on a l’impression d’être sur du béton. Il faut rester allongé pendant quatre heures dans cette position. Les lits semblent endommagés par endroits.» 

Ont-ils déjà fait entendre leur voix ou encore ont-ils alerté les autorités concernées à ce sujet ? L’un d’eux répondra par l’affirmative. «J’en ai parlé à l’un des responsables de l’hôpital Victoria. Et lors de la session de dialyse, on me l’a reproché car mes propos ont été rapportés à la direction.» 

Il faut savoir que les soins apportés aux dialysés de ce centre de Phoenix tombent sur la responsabilité du ministère de la Santé. «Les officiers du ministère ont déjà fait des descentes, mais on a l’impression que les surprise checks ne le sont pas réellement car la veille des visites, un nettoyage appliqué est pratiqué.» 

Aujourd’hui, ils disent craindre pour leur santé. «Si la fistule n’est pas nettoyée et propre, surtout en cas d’infection, c’est très dangereux pour le patient. Cela peut développer une septicémie», avance, pour sa part, Bose Soonarane, secrétaire de la Renal Disease Patient’s Association (voir hors-texte). «Face à un manque de place à l’hôpital Victoria, l’on nous a référé à ce centre. Mais nous ne voulons pas aller à l’abattoir, nous ne savons même pas si nous serons encore en vie d’ici la fin de l’année, s’il n’y a pas d’améliorations d’ici là», fustige un dialysé sous traitement depuis deux ans. 

«Ils veulent semer la zizanie» 

Face à toutes ces allégations, nous avons sollicité le directeur du National Dialysis Center de Phoenix, Obeidullah Khan Wahedally. Il balaie d’un revers de la main ce qu’allèguent les patients. «Nous avons suffisamment de personnel. Et s’il n’y avait pas de staff qualifié, comment aurait-on pu faire ces sessions au quotidien ? D’autant plus que le ministère de la Santé effectue des visites à maintes reprises.» Quelques dialysés veulent semer la zizanie, laisse-t-il entendre. «Il y a des gens qui essayent de créer des problèmes. Honnêtement, je crois avoir une tête qui ne revient pas.» 

Obeidullah Khan Wahedally poursuit en mettant le doigt sur l’hygiène pratiquée dans les locaux. «Une fois que le premier groupe termine les sessions de dialyse, le personnel désinfecte les machines. Cet exercice prend au moins une trentaine de minutes. Entre-temps, les cleaners nettoient la salle, comme recommandé par le ministère. Souvent, nous avons des patients qui veulent entrer pendant le nettoyage, mais je leur demande d’attendre.» Il soutient qu’à certaines reprises, quelques patients ont brandi la menace «qu’ils connaissent un ministre ou un adviser». «Mais je reste franc avec eux, on ne peut travailler sous pression et cela n’aide en rien. Parfois, des patients dont la session débute à 11 heures arrivent à 9 heures pour être les premiers à passer. Et ils se plaignent de l’attente. Mais il faut juste venir à l’heure recommandée.» 

Le directeur du National Dialysis Center de Phoenix confie que l’établissement a récemment fait l’acquisition de machines, dont une pour le traitement de l’eau d’une valeur de Rs 2 millions. «On utilise exactement les mêmes types d’appareils que dans les hôpitaux. Même nos lits sont dotés de roues avec freinage. La critique est tellement facile parfois…» Les patients rencontrés, eux, lancent un appel aux autorités et même au Premier ministre pour que leurs conditions soient revues. Ils espèrent même être relogés dans un autre établissement.
 



La Renal Disease Patient’s Association demande une enquête 

Le secrétaire de la Renal Disease Patient’s Association, Bose Soonarane, ne veut pas revivre le triste épisode des 11 patients dialysés décédés à l’hôpital de Souillac, lors de la deuxième vague liée au Covid-19. «Ce que les patients rapportent est alarmant. Si c’est confirmé… On ne peut jouer avec la vie des gens. Certains allèguent même de récents décès parmi les patients. Je pense qu’il faut prendre certaines actions, après enquête. Certes, aujourd’hui, ils ont tous parlé sous le couvert de l’anonymat de peur des représailles, mais ils sont prêts à aller encore plus loin dans leur quête.» Le ministère de la Santé devrait enquêter sur ces allégations. «Je suggère aux autorités de mettre en place un nouveau centre pour les sessions de dialyse pour couvrir la région du centre. C’est aussi urgent que d’ouvrir une unité dans le Nord comme mentionné dans le Budget 2022-2023.» 

Selon Bose Soonarane, le ministère devrait également renouveler les machines dans ces centres qui aident à effectuer les sessions de dialyse. À noter que lors de la présentation du Budget 2022-23, Renganaden Padayachy a annoncé que Rs 20 millions seront dispensées pour une nouvelle unité d’hémodialyse à l’hôpital SSRN et pour l’acquisition de machines de lithotripsie dans les hôpitaux régionaux.

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