Entrepreneuriat: les défis persistants pour la femme mauricienne

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Saviez-vous qu’en 2021, 60 % de la main-d’œuvre économiquement active du pays était composée d’hommes ? Le salaire d’un homme est en moyenne plus élevé que celui d’une femme. Le World Economic Forum fait ressortir dans une analyse en date du 21 mai, que les femmes entrepreneures dans le monde sont 20 % plus susceptibles que les hommes de devoir mettre la clé sous la porte, Covid-19 oblige. L’accès au financement reste aussi plus difficile. À Maurice, on associe encore et toujours la femme entrepreneure à l’artisanat, alors qu’elle se lance dans bien d’autres secteurs technologiques…

Les femmes se font de plus en plus voir et entendre dans l’univers corporate, avec des postes à responsabilités et siégeant au conseil d’administration, des signes positifs d’un changement constructif. L’association mauricienne des femmes chefs d’entreprise (AMFCE) accueille la conférence internationale des femmes chefs d’entreprises mondiales (FCEM) aujourd’hui, jusqu’au 27 mai. Cette conférence rassemble des leaders d’opinion renommées de la communauté mondiale des femmes entrepreneurs. Elle permet aux présidentes des associations nationales de voter sur les questions et actions relatives à la FCEM.

«L’un des objectifs de notre association est de permettre aux membres de développer leur activité. C’est une période cruciale de l’année. D’une part, nous avons les défis de la commission, qui sont d’échanger les bonnes pratiques d’un pays à l’autre. Nous devons être capables d’apprendre les uns des autres. L’île Maurice se met en avant. Mais ce qui est important, c’est que Maurice est au carrefour de l’Afrique et l’Asie. La communauté d’affaires mauricienne devrait s’intéresser au travail de la FCEM et de l’AMFCE. Ce congrès permettra aux entreprises mauriciennes de rencontrer des chefs d’entreprise, de faire des opportunités d’affaires, de faire connaître leur entreprise et leurs produits et de trouver des fournisseurs, des clients et des partenaires», déclare la présidente de la FCEM, Marie-Christine Oghly.

Mais de manière générale, quel est le rôle de la Mauricienne moderne dans l’économie locale ? Selon le dernier rapport de Statistics Mauritius sur l’emploi, le nombre de femmes dans la main-d’œuvre active locale a baissé de 19 500 en 2021, contre 17 800 chez les hommes. En 2021,191 400 femmes avaient un emploi, donc 40 % de la main-d’œuvre active du pays, contre 293 000 hommes. En 2020, 207 600 femmes avaient un emploi. En 2021, les femmes travaillaient en moyenne 38,9 heures par semaine, 5,4 heures de moins que les hommes, et au niveau salaire, elles touchaient en moyenne Rs 20 000 contre Rs 25 000 pour les hommes.

L’on pourrait donc s’attendre à des efforts supplémentaires pour encourager la Mauricienne à se lancer dans l’entrepreneuriat. Ici, nous ne faisons pas uniquement référence à l’artisanat ou la cuisine, entre autres idées reçues sur l’entreprenariat féminin, mais une véritable inclusion des femmes dans l’effort national de relance économique, à travers des formations et des incitations à se lancer dans l’Agritech, entre autres secteurs.

Quid de la situation au niveau mondial ? Selon une récente analyse publiée du World Economic Forum (WEF), 61 % des femmes ont choisi d’autofinancer leur entreprise. La raison ? un accès limité au capital. Une étude récente de TechCrunch sur l’ensemble du financement du capital-risque révèle que les entreprises féminines ne recevaient que 10 % du financement total, les 90 % restants allant aux entreprises masculines. Au niveau de la formation, le lancement d’une nouvelle entreprise nécessite le développement de nouvelles compétences et fonctions. Le mentorat peut non seulement aider les entreprises qui démarrent à accéder à de nouveaux marchés, à s’orienter vers des options de financement, à adopter les dernières technologies et à acquérir des compétences en gestion ; mais aussi à fournir l’écosystème et le soutien indispensables au lancement d’une entreprise, fait ressortir le WEF. Pourtant, une étude récente a révélé que les femmes étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir accès aux réseaux de mentorat.

Qu’en est-il des entrepreneures à Maurice ? Sont-elles suffisamment soutenues ? «Pour commencer, il y a cette perception que l’entreprenariat féminin se limite aux activités artisanales ou à faire de la confiture et des épices. Les organisations qui donnent de la visibilité aux femmes entrepreneures favorisent ce secteur. Ce n’est pas une mauvaise chose, mais il faudrait plus d’inclusion car une femme qui se lance, à titre d’exemple, dans les relations publiques, est aussi une entrepreneure», précise Yoshika Jogeeah, membre du comité exécutif d’Entreprendre au féminin océan Indien (Maurice), (EFOI). Elle va encore plus loin. «Pour être visibles, ces femmes doivent participer à des salons et foires, mais les prix sont exorbitants pour une femme qui se lance. Une table dans une foire dans un centre commercial peut coûter Rs 3 000, et là on parle de produits qui se vendent à Rs 200 à tout casser. Cette entrepreneure dans l’artisanat doit faire du volume pour pouvoir faire cet effort marketing et avoir de la visibilité ; et plus encore, pour convaincre les banques du potentiel de son business.»

Un autre élément important est la place du networking pour les entrepreneures, qui ont besoin de se faire un réseau pour accéder à un marché plus intéressant pour leurs produits. «Encore une fois c’est une question de perception, mais à Maurice, quand on parle de business on pense à un univers masculin. Pour se faire entendre, la femme doit souvent faire ressortir cet aspect masculin de sa personnalité, en étant plus dure, plus réservée et sévère, si elle veut être prise au sérieux. C’est dommage, car une femme doit être toujours sur la défensive alors que d’autre part, elle a d’autres responsabilités, comme sa famille. Maurice est un petit marché très compétitif ; s’il y avait plus de méritocratie, ce serait un grand pas en avant.»

Intéressons-nous à présent aux difficultés pratiques de la femme entrepreneure ; dans ce rayon, on retrouve évidemment les produits importés. «Nous importons certains produits fabriqués localement. C’est un peu comme si le système favorisait les entrepreneures d’ailleurs pour négliger les Mauriciennes. Il y a aussi d’autres barrières. Les autorités demandent que les produits aient un code-barres, mais le prix est inaccessible pour bon nombre d’entrepreneures. Pour obtenir le label Made in Moris, c’est tout aussi cher. Autre aspect, voyez-vous des efforts pour promouvoir le savoir-faire de l’entrepreneure mauricienne à l’étranger ? On se demande vraiment ce que fait le National Women Entrepreneurship Council», ajoute Yoshika Jogeeah.

Finalement, il est clair que l’entrepreneuriat féminin a besoin d’aide et de soutien, surtout en ces temps difficiles où chacun devrait pouvoir apporter sa pierre à l’édifice.

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