Enquête | Trafic humain allégué: un couple soupçonné de vendre ses bébés pour Rs 100 000…

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Ils ont déjà cinq enfants et ils sont soupçonnés de s’adonner à un trafic humain. Ce sont des proches qui ont donné l’alerte après que leur dernier bébé, âgé d’un mois, a été ‘adopté’ moyennant paiement… Récit.

Direction la capitale. C’est dans ce faubourg très peuplé, qu’un couple, qui serait accro à la drogue, ferait des ‘affaires’. Pour se faire de l’argent, il vendrait des bébés. Ses bébés…

Le ‘business’, selon des proches toujours, dure depuis plusieurs années. Un enfant rapporterait jusqu’à Rs 100 000. S’ils ont gardé le silence pendant tout ce temps, c’est parce qu’ils avaient peur des représailles. Mais ils ne peuvent plus se taire, disent-ils. Nos interlocuteurs n’ont toutefois pas porté plainte. Ils ont préféré contacter des journalistes plutôt que les autorités, car ils ne veulent pas être interrogés par la police ou avoir des ennuis avec la justice, qui pourrait les accuser de complicité…

Les confidences pleuvent pendant la rencontre. «Dans quelques mois, elle sera enceinte de nouveau et elle fera la même chose. Sa pou alé mem koumsa. Cela doit cesser car on parle là de la vie des enfants qui sont innocents et qui n’ont rien demandé.» Le mode opératoire du couple est le suivant: il attend et identifie déjà un autre couple prêt à payer pour avoir un enfant. «Péna papié, dokiman, nanyé. Nek donn kas ek pran zanfan-la…» Et d’ajouter: «Parski kouma mo dir ou, zotmem zot lavi pa pou zot. Zonn tom dan ladrog, kas ki pli inportan. Zot péna lakaz fix, kot zot pou met sa bann zanfan-la ?»Sans compter le fait qu’ils ont déjà cinq enfants… Certains ont été pris en charge par des membres de la famille mais aussi par la Child Development Unit (CDU).

Le dernier-né en date à avoir été ‘vendu’ était âgé d’un mois. Le petit avait des complications de santé. «Le couple qui devait ‘l’acheter’ avait déjà pris en charge les frais des soins en clinique. Le bébé a pu guérir mais les parents biologiques réclamaient encore plus d’argent. Ou trouvé ki zot problem sé zis kas.» Selon un autre proche que nous avons rencontré sur le terrain, le couple s’adonne souvent au chantage, réclamant des sommes additionnelles aux parents qui souhaitent prendre les bébés. «Zot demann larzan tikou tikou. Rs 500 ou Rs 1 000 pou zot kapav kas yen.»

Nous avons pu mettre la main sur le couple en question, qui avait élu domicile dans une guest house au moment de notre enquête. La femme et l’homme ne sont pas loquaces. Ce dernier se contente de dire que sa compagne est en convalescence depuis quelques jours, s’étant blessée au pied. Il rejette toutes les allégations formulées contre lui et la mère de ses enfants. «Pa finn vann okenn zanfan. Certains de mes enfants sont partis habiter chez des proches du côté de leur mère, il y a peu. Un autre est sous la garde de la CDU et le dernier, âgé d’un mois, est avec une autre proche qui a accepté de le garder temporairement. Nou pa finn demann li kas zamé. Zanfan-la enn zour nou pou répran li…» Quand ? Il ne le sait pas. Est-ce qu’on peut voir les enfants ou parler à la proche en question ? Il se contentera de dire qu’il est occupé et qu’il doit aller travailler.

Nous avons à notre niveau essayé d’entrer en contact avec le couple qui aurait ‘adopté’ le petit dernier, mais celui-ci n’a pas répondu à nos nombreuses sollicitations.

Adoption

Ce n’est pas la première fois que l’on a vent de ce genre de trafic à Maurice. L’avocate Jenny Mooteealloo, spécialisée en droits de la famille, a d’ailleurs à plusieurs reprises tiré la sonnette d’alarme à ce propos. Elle montre du doigt le fait que chez nous, nous n’avons toujours pas un registre d’enfants adoptables à ce jour. «Beaucoup de personnes, qui ne peuvent pas avoir d’enfant, pour diverses raisons, sont désespérées. Car il est quasi-impossible d’adopter un enfant abandonné dans un abri, par exemple, sans passer par les parents.» Donc, ceux qui souhaitent devenir parents ont recours à des moyens illégaux. D’autant que beaucoup de parents, qui veulent ‘donner’ leurs bébés, ne veulent pas s’attarder sur la paperasse, les procédures et autres tracas. Du coup, les ‘géniteurs’, qui ont un penchant pour l’argent, préfèrent ‘vendre’ l’enfant, car ils savent comment les personnes désespérées sont vulnérables. L’avocate ajoute que c’est d’ailleurs, parce qu’il n’y a pas de registres d’enfants adoptables, que toutes les adoptions par des étrangers sont gelées et cela depuis 2015. «Les Français, par exemple, n’ont plus le droit de venir adopter un enfant à Maurice. C’est interdit.» Il faut savoir que pour toute procédure, les registres d’enfants adoptables sont au préalable réclamés par la Convention de La Haye du 29 mai 1993, à laquelle Maurice a adhéré le 29 septembre 1998. Conséquemment, comme le National Adoption Council ne «propose» pas d’enfant à l’adoption, les étrangers doivent rechercher des parents qui souhaitent faire adopter leur enfant. «La convention de La Haye explique clairement que ce contact entre des parents biologiques et futurs parents adoptifs, au temps de la procédure, peut engendrer un trafic d’enfants contre de l’argent, fléau contre lequel luttent des juridictions internationales», fait ressortir Jenny Mooteealloo. L’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy, admet également que le manque de cadre juridique entourant l’adoption est un véritable problème. Toutefois, elle estime que ce n’est pas une raison pour s’embarquer dans des trafics humains. «Un enfant issu de ce type de trafic n’a pas d’identité propre. Comment est-ce qu’on va lui expliquer les choses quand il posera des questions ? Et ce genre de business est toujours accompagné de chantage. À n’importe quel moment, les parents biologiques pourront menacer les parents adoptifs pour obtenir de l’argent. Et à n’importe quel moment ils peuvent reprendre cet enfant innocent faute de paiement ou autre litige.» Il est en outre regrettable de dire que ce n’est pas la première fois qu’il y a ce genre de soupçons concernant un business d’enfants. «À plusieurs reprises il y a eu des échos, des pistes de ce genre de trafic dans le pays mais il est très difficile de mettre la main sur ces coupables.» D’ajouter que dans ces cas, il faut des enquêtes policières approfondies. L’Ombudsperson for Children ajoute qu’elle sait cependant à quel point il y a beaucoup de gens désespérés qui veulent adopter un enfant et que c’est pour cela que l’Adoption Bill, sur lequel se penchent les autorités en ce moment, est important.

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