Bataille du Champ-de-Mars: le MTC fera sa demande à Côte-d’Or IREC mardi

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Brinda, palefrenière, au temps des jours heureux... Les employés sont parmi les grands perdants de ce bras de fer entre le gouvernement et le MTC.

Brinda, palefrenière, au temps des jours heureux... Les employés sont parmi les grands perdants de ce bras de fer entre le gouvernement et le MTC.

Est-ce la lumière au bout du tunnel ? Le Mauritius Turf Club (MTC) et sa subsidiaire, la MTC Sports & Leisure Ltd y croient ! Une demande sera faite mardi concernant la gestion du Champ-de-Mars, auprès de la nouvelle tenancière qu’est Côte-d’Or International Racecourse and Entertainment Complex Ltd (IREC). Des membres influents du MTC et quelques en- traîneurs se sont attelés à finaliser les documents y relatifs hier.

En attendant, des émissaires du MTC se sont rendus dans les locaux de la Côte-d’Or IREC dès hier matin pour soumettre la demande de gestion. Reste que l’exercice a dû être reporté en l’absence de service durant le weekend. «Rendez-vous sera alors pris ce mardi pour effectuer la demande», a confié un membre du panel chargé de mener à bien la mission.

Si quelques difficultés ont surgi, «par rapport aux modalités pas encore dévoilées», l’équipe du MTC en charge des pourparlers a assuré que l’organisateur des courses ne souhaite «pas perdre de temps». Car, il n’a eu de cesse de répéter le président du MTC, Paul-France Tennant, la priorité «est le salaire des employés pour le mois de mai».

Espère-t-on un dénouement heureux dans cette saga qui n’a que trop duré entre le duo MTC/ MTCSL et l’État, incarné par la GRA, et désormais la Côte-d’Or IREC ? «On espère bien», tonne un membre d’une écurie.

Il faudrait toutefois souligner que la People’s Turf PLC avait, elle aussi, soumit une demande au ministère des Terres et du Logement pour la gestion du Champ-de-Mars. A-t-elle renouvelé l’exercice auprès des nouveaux locataires de l’hippodrome ? Impossible d’avoir une confirmation auprès des dirigeants de la People’s Turf PLC, ainsi que ceux de la Côte-d’Or IREC.

Quoiqu’il en soit, la MTCSL, ainsi que son actionnaire, le MTC, ont refusé tout partenariat avec une tierce entité pour l’organisation des courses. On parle même de démission en masse au sein des deux hautes chambres dans l’éventualité d’une décision de gestion du Champ-de-Mars en faveur de la People’s Turf PLC.

Au MTC, on affirme ne point vouloir s’engager dans un concours visant à savoir «qui a le plus gros… bras», pour rester poli. Cela dit, on souhaite «souligner» que le matériel et la logistique pour l’organisation de courses sont l’apanage de la MTCSL. Il en va de même pour les compétences d’organisation, de mise en place et de gestion. Ce qui fait que, avoue un entraîneur très connu, les «courses ne peuvent se faire sans le MTC et la MTCSL… pour le moment».

D’autres au MTC, se disant «plus pragmatiques», insistent sur la responsabilité envers les 330 employés de la compagnie. «Ils n’ont pas de voix ! Il faut maintenir le cap pour eux !» Qui plus est, renchérit un membre du club, la saison aurait dû démarrer depuis un moment, n’était-ce les tribulations de certains. «Pour faire quoi ?» Avant d’ajouter que «toutes les conditions seront finalement acceptées par la MTCSL en vue d’obtenir sa licence auprès de la Gambling Regulatory Authority».

En ce qui concerne les employés de la MTCSL, le cœur n’y est plus. «On ne sait pas de quoi sera fait demain.» Si bien que plusieurs d’entre eux traînent les pieds. Le parking à l’entrée des loges faisait notamment peine à voir après la séance d’entraînement de mardi, alors que tout est nickel d’habitude à cette heure-là...

Chute annoncée : Y a-t-il un jockey en selle ?

Le monde hippique mauricien, jadis une fierté pour notre petite île tant les courses de chevaux, au-delà de l’aspect du jeu, transcendaient toutes les barrières sociales et culturelles, vit, sous l’ère du régime actuel, un de ses moments les plus douloureux. Pour la toute première fois de son histoire, il est sur le point de s’écrouler et le spectre de la liquidation menace sérieusement le Mauritius Turf Club (MTC), dont la subsidiaire, la MTC Sports and Leisure Ltd (MTCSL), serait dans l’incapacité d’honorer ses engagements financiers vis-à-vis de ses employés.

Cette descente aux enfers, qui va crescendo depuis quelques mois, trouve ses racines dans :

  1. l’indifférence de tous les gouvernements qui se sont succédé par rapport à cette industrie qui pourtant contribue entre Rs 600 millions et Rs 800 M annuellement dans les caisses de l’État. Le manque à gagner, causé par le marché illégal, serait presque le double ! Ce qui montre que les courses, malgré leurs travers selon différents rapports et leur déficit d’intégrité dans l’opinion publique, est un secteur qui a suffisamment d’atouts pour contribuer aux activités économiques du pays. Sans compter le nombre d’emplois, directs et indirects, que le monde hippique engendre pendant la saison des courses;
  1. un manque de vision de la part d’un MTC qui, malgré son savoir-faire organisationnel, reconnu internationalement, a péché par son refus de se remettre en question par rapport à son mode de fonctionnement calqué sur un modèle archaïque, donc dépassé. Six personnes, élues sur la base de leur proximité clanique à l’intérieur d’un club, ne peuvent plus, de nos jours, tenir à eux seuls les rênes d’une industrie qui jongle avec autant de millions, voire de milliards. C’est une industrie qui génère des profits (sauf pour l’organisateur !) et qui doit être gérée véritablement comme une entreprise selon un business plan répondant aux demandes de plus en plus exigeantes du marché dans un monde où tout doit être réglé à la perfection en raison des séquelles de la Covid-19. Si le MTC est resté cloisonné dans sa posture de non-profit organisation jusqu’en 2021 à la naissance de la MTCSL, on est en droit de se demander comment ses dirigeants vont s’adapter à la nouvelle normalité s’ils ne changent pas leur cravache de main. Valeur du jour, quel est le business plan de MTC/MTCSL pour la relance de l’industrie hippique ? La crise couvait donc depuis longtemps au Champ-de-Mars. Elle a éclaté durant la récente période pandémique. La formule à huis clos (partiellement en 2020, mais sur l’intégralité de la saison 2021) a certes généré du cash flow pour permettre au MTC d’expédier les affaires courantes, mais elle a aussi accéléré l’écroulement du monde hippique, avec la MTCSL terminant la saison 2021 avec de lourdes pertes de quelque Rs 60 M.

Cette crise s’est véritablement amplifiée cette année en l’absence d’un dialogue constructif entre le gouvernement et MTC/ MTCSL, qui reproche à celui-ci de s’être trop ingéré dans le day-to-day running de cette industrie en s’appropriant, à coups d’amendements à la GRA Act, du contrôle absolu de toute l’organisation des courses. Même le rôle indigne de kouper gazon confié à la MTCSL «under the law» (!) lui a été enlevé avec la mise à terme de la concession de privilège que le MTC avait signée avec la municipalité de Port-Louis pour l’usage exclusif de la piste du Champ-de-Mars.

Depuis, tous les «passages» pouvant mener à l’ouverture de la saison de courses se sont subitement refermés. Le MTC/ MTCSL, même en sacrifiant Jean-Michel Giraud sur l’autel de la realpolitik, reste sous respiration artificielle car la démission de Giraud n’offre pas plus de visibilité et de garantie quant au sort des courses. Le gouvernement tergiverse trop sur ce dossier, car personne ne sait ce qu’il adviendra des courses hippiques au Champ-de-Mars cette année. Surtout que depuis vendredi, c’est Cote-d’Or International Racecourse and Entertainment Complex qui a pris le contrôle du Champ-de-Mars sur décision du ministère des Terres et du Logement. La MTCSL sera-t-elle sacrifiée à son tour au profit de People’s Turf PLC ou décrochera-t-elle enfin sa licence ? Y aura-t-il un ou deux racing organisers? Il y a urgence et le gouvernement ne peut plus se murer dans un silence inacceptable ou faire prolonger ce waiting game qui n’a que trop duré et qui traumatise tous les employés du secteur hippique. Son «crash» paraît inévitable si l’indécision du gouvernement persiste. Y a-ti-l, au moins, un pilote dans l’avion ?

Organisation des courses : People’s Turf en embuscade

Lorsque le Head de la Horse Racing Division (HRD), l’Australien Wayne Wood, fait part aux entraîneurs au mois de mars qu’à la HRD, «on a un plan B», personne ne sait à qui ou à quoi il fait référence. Mais lorsque la People’s Turf PLC (PTP) se manifeste dans une correspondance aux entraîneurs quelques semaines plus tard, on est en droit de se demander si c’est bien à cette nouvelle entité hippique, incorporée en 2021, qu’il fait référence.

Dès ses premiers pas sur la piste, la PTP annonce la couleur : cette compagnie ne vient pas faire de la figuration. Le Chief Executive Officer, Khulwant Ubheeram, dit être en possession d’une lettre d’intention de la Gambling Regulatory Authority (GRA) et la PTP espère pouvoir satisfaire toutes les exigences pour l’obtention d’une licence d’organisateur de courses.

Qui est Khulwant Ubheeram ? Actuaire de profession, ce jeune professionnel a fait carrière en Angleterre. Il n’a débarqué au Champ-de-Mars que récemment, où il est officiellement propriétaire de chevaux, dont Pforzheim, qui a lui a ramené de nombreuses victoires l’année dernière. Considéré comme un proche de Jean-Michel Lee Shim, Khulwant Ubheeram explique que son entreprise n’a aucun lien avec le magnat des paris. Relancé cette semaine alors que PTP se positionne de plus en plus comme une menace pour la MTCSL, d’autant qu’elle a aussi fait acte de candidature au ministère du Logement et des Terres pour l’utilisation de la piste du Champ-de-Mars, Khulwant Ubheeram a simplement déclaré : «Aprè nu kozé !»

PTP prévoit en fait de lever des fonds de l’ordre de quelque 50 millions et explique dans une lettre aux entraîneurs la raison pour laquelle l’entreprise se lance dans l’organisation des courses. «Avec l’expérience traumatisante, celle de commencer ou non les courses que nous avons vécue avant le début de la saison 2021 et face aux menaces de MTC/MTCSL de cesser ses activités tout au long de 2021, People’s Turf PLC a décidé de demander une licence d’organisateur de courses.»

Comment une nouvelle entreprise, sans «track record», peut-elle aspirer à rivaliser avec une organisation qui a plus de 200 ans d’expérience ? C’est la question que se posent tous les professionnels du Champ-de-Mars. Même si aucune information officielle ne transpire sur les négociations qui seraient en cours, il nous revient que plusieurs professionnels du monde hippique mauricien, et non des moindres, auraient été approchés par la nouvelle entité. Mais ils ne se joindront à PTP qu’en cas de fermeture de la MTCSL. Dans sa lettre, Khulwant Ubheeram dit avoir fait une brève étude de faisabilité et promet «une augmentation de 100 % par rapport à ce que MTCSL a payé en 2021». Même les chevaux se classant en dehors des accessits recevront un ‘participation fee’ de Rs 10 000...

Avec les difficultés que connaît la MTCSL pour décrocher sa licence, on peut se demander si PTP ne serait pas la raison derrière la confiance affichée par Dev Beekhary, vice-président de la GRA et conseiller au PMO, sur les ondes d’une radio privée récemment : «Lékours pa pou arété dans sa pei-la !»

Et puis si PTP n’obtient pas le Champ-de Mars, on lui prête l’intention de prendre la direction de Petit-Gamin…

Les actionnaires

Depuis le mois d’avril, cette compagnie, créée le 3 mai 2021, fait beaucoup parler d’elle. Pour cause : elle a soumis une demande de licence pour l’organisation des courses, concurrençant ainsi le MTC-MTCSL. Selon le Registrar of companies, la People’s Turf PLC est spécialisée dans les services d’impression, la gestion des espaces dédiés au sport, la production de vidéos, l’immobilier, des activités professionnelles et scientifiques ainsi que des activités civiles et sociales. La People’s Turf PLC compte huit directeurs. Ils sont Khulwant Ubheeram, présenté comme le Chief Executive Officer en public, Rithik Aumeer, Somesh Aumeer, Roma Kajal Dewan, Rishi Gopaul, Tejanand Singh Veer Ramdin, Deepmala Nayroo Sok Appadu et Noor-e-Shad Hussenee. Ce dernier avait été interrogé par Paul Lam Shang Leen et après avoir contesté les conclusions du rapport de la commission d’enquête sur la drogue, la représentante de Paul Lam Shang Leen avait concédé qu’il n’y avait pas d’adverse findings contre lui.

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