Megh Pillay: «La STC a toujours manqué de compétences car les meilleurs n’y restent pas longtemps»

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Megh Pillay, ancien directeur de la STC.

  Megh Pillay, ancien directeur de la STC.  

L’augmentation du prix de l’essence et du diesel continue de défrayer la chronique à travers le pays, compte tenu de l’épée de Damoclès que cela représente sur la tête des consommateurs, déjà très éprouvés par le coût de la vie. Alors que la STC est sujette à de nombreuses critiques, qu’en pense l’ancien directeur ?

10%. C’est quand même une hausse qui sort de l’ordinaire. En tant qu’ancien directeur de la State Trading Corporation (STC), comment, selon vous, nous en sommes arrivés là ?
Parce que quand le prix mondial du pétrole restait bas entre 2015 et 2021, le Price Stabilisation Account (PSA) aurait dû accumuler des réserves substantielles car ces prix bas n’avaient jamais été passés aux consommateurs. Le surplus que la STC aurait pu générer a été délibérément réduit et dévié vers un Excise Duty plus élevé, et d’autres éléments tels que le Covid Solidarity Fund, le financement du vaccin, la construction des cuves et des routes, ou les augmentations des subsides.

Le PSA (Price Stabilisation Account), qui est l’élément clé pour stabiliser le prix au détail, a cessé de fonctionner car on en est à notre 6e augmentation en un an. L’essence est passée de Rs 44 en avril 2021 à Rs 74,10 en mai 2022. Idem pour le diesel, de Rs 35 à Rs 54,55. Le Petroleum Pricing Mechanism (PPM) a été conçu précisément pour nous épargner l’impact de la volatilité proverbiale du cours pétrolier. Or, on subit de plein fouet, aujourd’hui, les chocs de prix successifs comme sous l’ancien Automatic Price Mechanism (APM) qui nous gratifiait d’une augmentation chaque deux mois.

Comment devrait fonctionner ce PSA ?
Suivant l’offre et la demande, le prix du pétrole sur le marché mondial monte et descend en yoyo chaque jour, mais les écarts de prix s’estompent dans le temps. Comme la STC est seule importatrice du pays et le pétrole nous arrive à intervalle de plusieurs semaines, il était pratique d’opérer une caisse stabilisatrice. Cette caisse, le PSA, est alimentée par le surplus commercial généré par la STC si le prix reste fixe même quand le cours mondial baisse à un certain niveau. Et quand le cours mondial monte, la STC puise de ce PSA évitant de passer la hausse aux consommateurs. Evidemment, si le PSA est à sec, il est incapable à soutenir le prix de vente au même niveau fixe. Le Reference Price utilisé pour le calcul du prix est hypothétique et basé sur les prix historiques réels et futurs du marché mais il tient compte d’une augmentation naturelle annuelle d’environ 4%. Donc, c’était une caisse prudente capable d’amortir des chocs importants sur une longue période de cours mondial élevé. Mais il faut impérativement qu’elle reste alimentée et qu’elle maintienne des réserves adéquates.

«…La STC prélève Rs 0,35 à Rs 0,40, les compagnies pétrolières Rs 2,18 à Rs 2,35 et les filling stations Rs 2,07 par litre, soit entre Rs 4,77 et 4,55 par litre d’essence et diesel.»

Donc l’on peut dire que le fait que la STC ait transféré de l’argent dans les caisses de l’Etat, cela a eu un impact sur le «Price Stabilisation Account» ?
Si le PSA a été mis à sec, la STC perd sa capacité de maintenir une stabilité de prix. C’est son devoir de tirer la sonnette d’alarme. La STC peut et doit analyser l’intelligence du marché et conseiller en amont le ministre du Commerce et des Prix et le gouvernement du jour sur la meilleure approche politique dans l’approvisionnement et le pricing des produits pétroliers.

Pourtant ce mécanisme avait bien fonctionné dans le passé ?
Bien sûr. Conçu début 2011, elle avait permis de maintenir un prix constant à Maurice pendant presque deux ans de mars 2011 à mars 2013. Pourtant, le cours moyen du Brent entre 2010 et 2014 n’était jamais inferieur a $110 baril avec des pics fréquents dépassant $125 baril. En février 2011, le Brent était autour de $100 baril et grimpa à $ 116 en février 2013. L’essence fut fixé à son prix le plus élevé à Rs 52,25. En comparaison, le prix moyen du Brent en avril 2022 était de $104,60 et ce mois de mai à $109,60. Bien sûr que le dollar coûte plus cher aujourd’hui. Mais ce coût additionnel se joue sur le coût CIF du pétrole vendu à Port-Louis, soit sur le CIF de Rs 39 ou Rs 40 litre.

Au niveau mondial, on peut constater que le prix du pétrole et du diesel est à un meilleur marché en Inde et en Chine, parce qu’en comparaison avec les pays d’Europe, ils n’ont pas sanctionné la Russie. Est-ce que cela aurait été différent si nous n’avions pas rompu notre contrat avec la Mangalore Petrolium Corporation Ltd ?
Pas du tout. Même si on importait de l’Inde ou de la Chine, nos contrats d’approvisionnement auraient été faits sur les termes d’échanges conventionnels basés sur le cours mondial d’après l’index de référence Platts et paiement en dollars américains. Ce que l’Inde ou la Chine importent pour leur propre consommation n’impacte pas sur ce qu’ils auraient pu nous exporter. Cependant, il est vrai qu’avec Mangalore, le Premium est négocié d’avance pour au moins une année.

En ce moment, nous importons de Dubaï par une compagnie à Oman, donc nous avons des commissions à payer ?
Le pétrole s’échange strictement sur un prix indexé sur la référence Platts. Par contre, le fret et les primes raffineurs sont aux termes négociés entre acheteur et fournisseur. A notre connaissance il n’y a aucun intermédiaire agissant pour le compte de la STC, donc aucune commission qui s’applique au prix payé.

Connaissez-vous le coût du transport pétrolier actuellement et combien il est en comparaison avec Betamax ?
Non. D’ailleurs si la STC achète sur terme CIF, le fret est payé par le fournisseur. En général c’est le taux compétitif du marché qui joue.

L’actuel directeur de la STC a soutenu sur la chaîne de télévision nationale mercredi que même si on enlevait les taxes sur le prix de l’essence et du diesel, cela ne servirait à rien. Pensezvous la même chose ?
Il a sûrement été mal interprété. L’essence et le diesel sont importés à Port-Louis à Rs 39 et 40 le litre et vendus à Rs 74,10 et Rs 54,55, respectivement, d’après les chiffres officiels publiés hier. La STC prélève Rs 0,35 à Rs 0,40, les compagnies pétrolières Rs 2,18 à Rs 2,35 et les Filling Stations Rs 2,07 par litre, soit entre Rs 4,77 et 4,55 par litre d’essence et diesel. Il y donc Rs 30 par litre qui vont à l’Etat comme Excise Duty, VAT et divers autres items. Tous ces prélèvements ont été introduits ou majorés quand le pétrole s’achetait à bon marché. Ne serait-il pas sage de recommander qu’on allège ce fardeau quand le pétrole est cher ?

Le Dr Navin Ramgoolam a affirmé dans sa conférence de presse qu’il avait travaillé avec vous sur le Price Stabilisation Account, pensez-vous qu’aujourd’hui il y a un manque de compétence à la STC ?
C’est exact. Le Dr Ramgoolam maîtrisait bien ce dossier et m’avait personnellement donné son aval pour suspendre les réunions mensuelles de l’APM en octobre 2010. Pravind Jugnauth, alors ministre de Finances, était aussi particulièrement concerné et très impliqué. On a tous bossé dur fin 2010 et en janvier 2011, j’accompagnai le ministre de Finances pour finaliser la nouvelle formule avec le PM à son bureau. En ce qui concerne la STC, elle a toujours manqué de compétences car les meilleurs n’y restent pas longtemps, ils s’envolent très vite ailleurs à Maurice ou à l’étranger.

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