Jean-Daniel Wong: «Nous militons pour un changement de regard qui favorise l’inclusion»

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Jean-Daniel Wong, Manager du Collectif Arc-en-Ciel.

Jean-Daniel Wong, Manager du Collectif Arc-en-Ciel.

Depuis la fin du mois de janvier, le Collectif Arc-en-Ciel (CAEC) fonctionne avec un Manager en la personne de Jean-Daniel Wong, ancien naviguant à Air Mauritius et très connu pour son engagement dans le monde associatif. Dans le passé, il avait déjà présidé bénévolement aux destinées de cette organisation non gouvernementale. Dynamique, il a, cette année, pour objectif de donner plus de visibilité aux personnes LGBTQIA+ dans l’optique d’amener un changement sociétal et ainsi favoriser leur inclusion.

Peut-on dire, sans se tromper, que vous êtes retourné à vos anciennes «amours» ?
D’une certaine manière, oui. Entre 2012 et 2015, j’ai effectivement été président du CAEC sur une base volontaire. Après quoi, j’ai pris mes distances de l’association car j’étais fatigué. Mais le social a toujours été important pour moi. Je suis membre du conseil d’administration et trésorier de Prévention, Information et Lutte contre le Sida (P.I.L.S) et j’en suis à mon deuxième mandat. En 17 ans d’existence, le CAEC a aujourd’hui les moyens d’avoir des salariés. Quand j’ai vu que l’association recherchait un Manager, j’ai fait mon application et elle a été retenue.

Quel est votre rôle en tant que Manager ?
Mon rôle est d’appliquer le plan stratégique 2019-2022 que nous avons étendu à 2024 car il y a eu la pandémie du Covid-19 et deux confinements, qui ont remanié les cartes.

En regardant les commentaires sur le Net, on a le sentiment que les personnes LGBTQIA+ sont beaucoup plus acceptées de nos jours qu’autrefois. Est-ce vrai ?
Le virtuel, aujourd’hui, permet de marquer sa différence mais ça s’arrête là. Dans la réalité, c’est tout autre chose. Il y a toujours la non-acceptation sociale dans quatre cas sur cinq. On peut avoir l’impression que les jeunes soutiennent la cause mais le ‘Ki dimounn pou dir’ est encore très fort et l’emporte. Il faut encourager les personnes LGBTQIA+ à take a bold step car toute action que le CAEC veut mener avec ce groupe minoritaire c’est par eux, pour eux et avec eux.

Vous trouvez que les personnes LGBTQIA+ sont trop timides ?
It is ok to be different: gay, lesbienne, trans ou bi… Les personnes LGBTQIA+ doivent être plus visibles et vocales mais nous devons aussi tenir compte du contexte local. Nous vivons dans une société très conservatrice, une jeune nation de 54 ans, qui apprend encore à se tenir sur ses jambes, avec nos représentations. Nous avons réussi mais nous devons encore être inclusifs dans notre approche. Maurice n’a pas de peuple autochtone. Nous venons tous d’ailleurs et le pays appartient à tout le monde. Au-delà du rouge, bleu, jaune, vert de notre quadricolore, nous devons ajouter quelques autres couleurs. Nous ne demandons rien de plus. Nous ne sommes différents que par notre orientation sexuelle et notre identité du genre. Nous avons composé avec les différences des autres. Pourquoi les autres ne peuvent-ils pas composer avec notre différence, qui relève de notre vie privée ? De toutes les façons, nous ne demandons pas l’accord de X ou Y pour aimer. Nous demandons que la société soit inclusive, nous laisse notre place, nous respecte. Nous militons comme le font les femmes qui continuent à se battre pour obtenir l’espace qui leur est dû. Il faut dire merci à la femme car c’est elle qui a porté à bout de bras la zone franche et le tourisme. La communauté LGBTQIA+ lutte pour obtenir un espace similaire car notre orientation sexuelle n’est pas notre carte d’identité. On demande un changement de regard qui amène l’inclusion. Il y a certes un courant mondial au niveau des entreprises et certaines d’entre elles ont compris qu’il faut inclure toutes les diversités et les minorités incluant les personnes LGBTQIA+. Il y a bon nombre d’entreprises étrangères à Maurice qui le font. Une entreprise française dont le directeur est Mauricien a sollicité le CAEC pour qu’on la conseille par rapport à une de ses employés transgenre et quelles toilettes utiliser. Je leur ai dit d’aménager des toilettes neutres. Il y a bien des toilettes pour personnes handicapées alors pourquoi pas des toilettes neutres pour les personnes transgenres ? Mais le CAEC ne va pas attendre que toutes les entreprises se mettent à la page. Nous engagerons les entreprises pour qu’elles incluent les personnes LGBTQIA+ dans toute leur diversité, qu’elles soutiennent l’égalité des droits. Le CAEC fera entendre la voix de la communauté afin de mobiliser les soutiens adéquats pour l’égalité de droits. On ne peut parler d’égalité de droit, surtout pour les personnes trans dans le milieu du travail car les lois qui empêchent la discrimination sur le lieu de travail, à savoir l’Equal Opportunities Act et le Workers’ Rights Act, ne les inclut pas. Nous attendons les consultations avec le ministère de l’Egalité des Genres pour faire nos recommandations pour le Gender Equality Bill. Mais les personnes LGBTQIA+ ne doivent pas attendre que les autres fassent des choses pour eux. Elles doivent exprimer leurs attentes. Elles doivent se mettre en avant.

Vous ne les trouvez pas assez entreprenants ?
Ecoutez, selon les statistiques, 5 à 10 % de la population est censée être dans la case LGBTQIA+, ce qui représente entre 30 000 et 100 000 personnes. Entre ceux qui ont quitté le pays pour vivre librement et ceux qui sont encore dans le placard, on devrait être dans les 30 000. Je n’ai pas vu un tiers de ce nombre aux Marches des Fiertés. La visibilité doit être là.

Quelles seront vos activités pour 2022 ?
On se donne l’ambition d’être visible tout au long de l’année à travers nos activités. Chaque samedi, depuis le 5 mars et avec la collaboration de PILS, entre 10 et 13 heures à notre Stonewall Resource Centre, situé à la rue Darwin, Quatre-Bornes, nous proposons des sessions gratuites de dépistage du VIH, de la syphilis et de l’hépatite C et nous faisons de la sensibilisation en termes de santé sexuelle. Ces sessions rejoignent les services de soutien que nous offrons les trois premiers s a m e d i s d e chaque mois et où entre 9 heures et midi, et sur prise de rendez-vous préalable, les personnes L G B T Q I A + peuvent rencontrer un psychologue. Nous organisons des groupes de parole pour offrir un espace aux personnes LGBTQIA+ et connaître aussi leurs besoins. Le 17 mai, dans le cadre de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, nous organisons une table ronde avec les membres du corps diplomatique, qui soutiennent les personnes LGBTQIA+, les institutions locales concernées par la problématique LGBTQIA+ et les droits humains, les organisations concernées par l’orientation sexuelle et l’identité et les expressions du genre et les ministères concernés. La thématique, cette année, est Our bodies, our lives, our rights. Nous restons proches de la thématique pour voir ce qui se fait dans les autres pays, comment ça s’est fait et apporter des changements chez nous en termes de politique. Cette table ronde aura lieu entre 10 et 16 heures à Voilà Bagatelle. Ce projet est financé par l’Union européenne. Ce jour-là, Two Motions – formation musicale très populaire, qui fait de la musique électro et qui est composé d’Ashlyn Rosse et Phil Marie -, qui soutient ouvertement la cause des personnes LGBTQIA+, nous offre une chanson qu’elle a composée. Cette chanson sera lancée ce jour-là. Nous voulons démontrer que les personnes LGBTQIA+ sont là, que l’union fait la force, que c’est pour elles que le CAEC existe et que c’est avec elles que nous allons avancer. Nous voulons vraiment contribuer à amener un changement sociétal.

Allez-vous organiser la Marche des Fiertés cette année ?
Cette année, nous n’allons pas organiser la Marche des Fiertés dans sa forme habituelle. Nous travaillons sur un projet spécial pour le 4 juin et il est prématuré d’en parler. Mais durant le même mois, nous organiserons aussi un concours de photos/ vidéos visant à soutenir la communauté. Les photos et vidéos seront postées sur les pages du CAEC. Ce sera un autre moyen pour le CAEC d’être visible partout et cela contribuera à l’inclusion. Puis le 29 juin, il y aura l’inauguration officielle du Stonewall Resource Centre, ouvert à tous ceux qui veulent se documenter sur la problématique LGBTQIA+. Ce centre est ouvert du lundi au vendredi entre 9 et 17 heures et le samedi entre 9 et 13 heures.

Certaines personnes estiment que la Marche des Fiertés est destinée à provoquer les personnes qui ne sont pas dans l’acceptation ?
Nous ne sommes pas dans la provocation. La Pride ou Marche des Fiertés est importante pour nous car nous sommes fiers de ce que nous sommes, de notre différence et nous avons le droit d’être différent. C’est aussi une façon pour nous de remercier nos alliés pour leur soutien. Nous voulons simplement montrer que la communauté existe et continuera d’exister et qu’il faut par conséquent l’inclure. La première révolution à mener est un changement d’état d’esprit des gens. La société est évolutive dans son ADN. Nous n’aurions pas organisé de Marche des Fiertés si notre inclusion était totale. Il faut être dans la démonstration de fierté et c’est festif et non provocateur. En montrant cette fierté, on demande à la société de changer son regard. Nous sommes des êtres humains, nous travaillons et nous sommes productifs comme toutes les autres personnes de ce pays et nous devons être inclus aussi bien sur notre lieu de travail que dans la société.

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