Allégations d’abus sexuels: les cas augmentent en milieu scolaire

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Depuis 2015, seize cas allégués d’abus sexuels ont été recensés dans les établissements scolaires, a indiqué la ministre de l’Éducation au Parlement le 10 mai 2022.

Depuis 2015, seize cas allégués d’abus sexuels ont été recensés dans les établissements scolaires, a indiqué la ministre de l’Éducation au Parlement le 10 mai 2022.

Seize cas d’abus sexuels allégués à l’école depuis 2015 : ce n’est que le «tip of the iceberg», soulignent forces de l’ordre et éducateurs. Ces derniers réagissent aux chiffres évoqués par la ministre de l’Éducation au Parlement le 10 mai 2022. Un phénomène qui semble progresser, indiquent-ils. Pourquoi ? Que se passe-t-il pour les victimes et présumés agresseurs après dénonciation ? Tour d’horizon.

Depuis janvier 2015, seize cas d’abus sexuels allégués sur des élèves ont été répertoriés dans les collèges publics et privés. Deux cas ont aussi été dénoncés à Rodrigues. C’est ce qu’a révélé la ministre de l’Éducation, Leela-Devi Dookun-Luchoomun, à la question du député Mahend Gungapersad le mardi 10 mai au Parlement. Mais est-ce qu’il y aurait en fait beaucoup plus de cas en milieu scolaire? «Je crois qu’il y a beaucoup plus de cas que ceux répertoriés car il y a la stigmatisation de venir dénoncer ces abus. De plus, souvent les victimes sont issues de milieux défavorisés et ne savent pas comment procéder légalement. C’est pour cela que je voulais attirer l’attention de la ministre. C’est vraiment le tip of the iceberg. On ne sait comment procéder. Il n’y a pas le suivi, ni l’encadrement nécessaire», précise Mahend Gungapersad.

Pour Bhoseparsad Jhugdamby, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), ces types d’abus augmentent. «Pour moi, il fallait former le personnel et les enfants. Ainsi, on aurait pu éviter beaucoup de cas, à défaut de pouvoir les éliminer». Un autre éducateur affirme avoir entendu de telles allégations d’abus sexuels dans les collèges et n’est pas étonné qu’il y en ait réellement. Un avis partagé par un officier de police qui désigne plusieurs formes d’abus sexuels, dont des attouchements et des propositions d’élèves à élèves et entre collégiens et éducateurs. «Je pense que les cas rapportés sont le tip of the iceberg. Il y a aussi la réputation du collège où il y a tentative de minimiser les dégâts. Car dans le milieu scolaire, ce n’est pas trop correct d’envoyer les enfants pour être abusés sexuellement», constate-t-il.

Estimant que cela se produit «un peu rarement» au cycle primaire, le président de l’Association des maîtres d’école, Annand Seewoosungkur, mentionne plutôt des cas d’imitations plutôt que d’abus sexuels. «Il n’y a pas alors pas de contacts physiques ni d’attouchements. Les enfants ont tendance à jouer, imiter et simuler un acte». Il concède au fait que des cas d’abus sexuels en milieu scolaire en général peuvent être rapportés et d’autres, non dénoncés. Pour sa part, l’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy, appelle à bien comprendre les statistiques. Car celles concernant les abus sexuels dans le pays portent sur un enfant par jour en moyenne. D’où l’importance d’encourager la dénonciation, précise-t-elle. D’ailleurs, rétorque le président de l’UPSEE, pour prévenir ces abus sexuels en milieu scolaire, des programmes éducatifs adaptés doivent être inculqués aux enfants comme aux enseignants. «Le fait qu’ils ne soient pas informés, ni avertis des conséquences rajoute à l’ampleur des abus. Il faut qu’ils connaissent les droits et sanctions qui s’y rattachent», ajoute-t-il.

Qu’en est-il des actions à la suite d’une dénonciation ? La victime et le présumé abuseur restent-ils dans le même établissement ? D’après Annand Seewoosungkur, si le cas est rapporté au professeur ou au responsable scolaire, ils ne peuvent interroger l’enfant victime. «Nous n’en avons pas le droit. Par contre, nous faisons un rapport basé sur ses accusations et après avoir rempli un formulaire précis. Ceci est remis au directeur de la zone éducative de l’établissement scolaire. Parallèlement, nous informons les parents et référons le cas au psychologue du ministère», explique-t-il.

Selon l’officier de police, l’enfant est pris en charge par la Child Development Unit. Les autorités prendront des décisions dans l’intérêt de la victime, s’il y a nécessité de le faire transférer dans un autre établissement avec le consentement des parents, indique-t-il.

Quid du présumé agresseur ? D’après le président de l’Association des maîtres d’école, si les parents rapportent le cas à la police, on peut demander à la personne incriminée de prendre quelques jours de congé. Ensuite, le ministère de l’Éducation peut déterminer si le présumé agresseur sera interdit de service ou transféré pendant la durée de l’enquête.

Ainsi, la personne incriminée peut être retirée de l’école et suspendue de ses fonctions durant cette période. Mais il touchera son salaire jusqu’à ce que son dossier passe en Cour, indique Bhoseparsad Jhugdamby. «L’établissement ne lui permettra pas de continuer à y exercer. Il aura du mal à être employé ailleurs parce qu’il faut présenter un certificat de moralité», indique le président de l’UPSEE. Un impératif confirmé par Lindsay Thomas, recteur au collège St-Esprit Rivière-Noire. «Pour être employé dans les écoles d’État ou privés, il est obligatoire de produire ce certificat. Au cas contraire, sa candidature n’est pas acceptée». Si l’agresseur présumé est reconnu coupable par une cour de justice, le ministère de l’Education peut le sanctionner en lui interdisant d’exercer. Une telle mesure sera alors appliquée par la Public Service Commission.

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