Désiré Elliah: «Si la performance d’avril se maintient, nous atteindrons un million de touristes en 2022»

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Désiré Elliah, président de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM)

Désiré Elliah, président de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM)

Même si l’objectif d’un million reste ambitieux, le président de l’AHRIM et CEO de Lux Island Resorts, Désiré Elliah, soutient qu’il a toutes les raisons d’être optimiste. Cela, alors même que le Fonds monétaire international (FMI) vient réviser à la baisse cette ambition gouvernementale et avance 800 000 arrivées pour 2022 sur la base de ses consultations avec les différents «stakeholders». Dans la foulée, il soutient que les restrictions sanitaires sont un facteur dissuasif pour les voyageurs et invite Air Mauritius à être plus proactif quant à sa politique de connectivité.

Les arrivées touristiques ont connu une légère progression en avril. Peut-on dire que la reprise est enclenchée ?

Avec 84 268 arrivées enregistrées, avril a en effet été un très bon mois. Et mai semble bien s’annoncer. La progression est notable lorsqu’on compare, mois par mois, la performance de ce début d’année avec la période équivalente en 2019, avant la crise. Nous étions, en janvier 2022, à 33 % des arrivées de janvier 2019, en mars et avril à 58 % et 78 % des mois correspondants. C’est une très bonne tendance. De même, au niveau du taux d’occupation des chambres d’hôtel, avril a été très satisfaisant, avec une moyenne générale de 67 %, contre 72 % en avril 2019.

On retrouve aussi, dans le profil des visiteurs, une bonne diversité. Alors que les premiers touristes, en octobre-novembre, étaient essentiellement ceux des segments supérieurs et des hôtels de luxe, on observe une nette croissance du taux d’hébergement dans les «trois-étoiles» et le hors-hôtellerie. Et cela, malgré le fait que certains marchés importants restent toujours fermés ou inaccessibles, notamment la Chine, l’Asie du Sud-Est ainsi que l’Australie.

Deux marchés en particulier sont en pleine croissance et nous confortent dans nos ambitions : le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud. Ils nous ont respectivement amené en ce mois d’avril, 7,2 % et 8,7 % de touristes de plus qu’en avril 2019 ! Et La France et l’Allemagne retrouvent petit à petit leur normalité avec des taux de recouvrement de 79,5 % et 93,5 % respectivement par rapport aux arrivées d’avril 2019. Plus près de nous, l’Inde avec 55 % en avril, et La Réunion avec 34 % toujours en avril, sont en progression.

«C’est sans doute ce climat d’incertitude qui pousse le FMI à rester «on the safe side»

Doit-on comprendre que l’objectif national d’un million de touristes est atteignable alors même que le FMI avance le chiffre de chiffre de 800 000 arrivées pour 2022 au terme de sa mission liée à «l’Article IV Consultations» ?

Un million de touristes pour 2022 reste ambitieux, mais nous avons toutes les raisons d’être optimiste. Dans un scénario où le niveau de performance d’avril se maintiendrait jusqu’au mois de décembre, nous devrions logiquement atteindre cet objectif. Un million, c’est 71 % de notre performance de 2019 (1,4 million). Et, comme je vous l’ai dit, nous avons pu atteindre, pour le mois d’avril, 78 %.

Il est vrai que nous ne sommes toujours pas à l’abri des imprévus. Ceux survenus en fin de l’année dernière, qui nous ont forcés à revoir nos prévisions sur les marchés français, sud-africain et réunionnais, nous dictent la prudence. Nous restons tributaires de l’actualité pandémique et géopolitique. C’est sans doute ce climat d’incertitude qui pousse le FMI à rester «on the safe side». Il s’est peut-être appuyé sur la moyenne des quatre premiers mois et non sur le niveau de performance d’avril. Le chiffre de 800 000 équivaut à 57 % de la performance de 2019…

En somme, sauf événement imprévu, la performance finale de la destination Maurice cette année devra arithmétiquement se situer entre 53 % (la moyenne des quatre premiers mois de 2022) et 78 % (le mois d’avril qui est en progression). Estimer que la moyenne cumulée entre aujourd’hui et au fil des huit prochains mois puisse passer de 53 % à 57 % seulement est une hypothèse basse.

Mais au bout du compte, ce qui devrait être notre focus, ce n’est pas tant les chiffres, c’est libérer les forces du marché.

«Il est grand temps d’éliminer le port du masque à l’extérieur.»

Comment ? Quelles sont les conditions pour que cette tendance positive se maintienne ?

La première mesure pour consolider la relance est définitivement l’assouplissement des restrictions sanitaires imposées aux voyageurs. C’est même une condition sine qua non. Il est grand temps d’éliminer le port du masque à l’extérieur, la jauge de 50 personnes ainsi que le test obligatoire à l’arrivée, qui n’est au final pas si pertinent pour les personnes vaccinées venant de marchés plus «sûrs».

Ces restrictions sanitaires sont un facteur dissuasif pour les voyageurs. Contrairement à ses concurrents de l'océan Indien, Maurice n’est toujours pas une destination complètement ouverte au tourisme. Et ces restrictions contribuent à notre classification comme pays à haut risque par certains de nos marchés. Le segment MICE en souffre : les marques mondiales qui doivent tenir leurs rencontres reportées deux années de suite ont régulièrement renoncé à Maurice depuis la réouverture en octobre. Le manque à gagner est considérable. 

La deuxième mesure est la connectivité aérienne, qui doit être rétablie de façon plus rapide. Nous avons besoin de plus de sièges et de tarifs aériens plus compétitifs. La relation directe entre la connectivité aérienne et le tourisme n'a pas besoin d'être démontrée. Regardez les derniers chiffres : avec 53 % des sièges d’avion recouvré pour les quatre premiers mois de l’année (par rapport à 2019), nous avons accueilli 53 % du nombre de touristes, pendant cette période.

Accélérer le rétablissement des dessertes, en particulier là où Air Mauritius ne va pas, est d'autant plus crucial que certains marchés, à savoir la Chine, l'Asie du Sud-Est et l'Australie, restent fermés pour le moment. Il nous faut aller chercher des lignes aériennes supplémentaires, s’ouvrir aux «superconnectors» qui nous amènent déjà le gros de nos touristes venant de marchés non desservis par une ligne non-stop. Emirates n’a pas encore repris l’ensemble de ses vols, et Saudi Airlines ne dessert toujours pas Maurice. Nous sommes sur une forte tendance de reprise, l’aérien doit accompagner cette tendance.

Avec la situation économique difficile du pays, l’AHRIM s’attend-elle à un investissement important dans le marketing de la destination ?

J’attire votre attention sur un fait fondamental que souligne le FMI : pour 100 000 touristes qui foulent le sol du pays, le taux de croissance national augmente de 0,6 %. La contribution du tourisme à la richesse nationale est clairement énoncée. Si nous voulons atteindre les 6 % de croissance, nous avons tout intérêt à réunir les conditions pour réussir une véritable reprise du tourisme. Et cette croissance ne se fera pas toute seule.

Il nous faut donc trouver des moyens, humains, organisationnels et financiers, pour nous positionner dans un contexte de reprise extrêmement concurrentiel. Le budget alloué actuellement à nos organismes touristiques (ministère du tourisme, MTPA et Tourism Authority) ne va pas suffire pour réaliser la relance que l’on souhaite. Nous ne sommes pas en période normale…

Mais il n’y a pas que l’investissement financier. Il y a d’autres façons de «market» la destination. Je pense au touriste qui est déjà sur place. C’est un ambassadeur de premier choix. Dans un contexte de pandémie, où le voyageur hésite à se déplacer vers une destination qu’il a du mal à appréhender, le témoignage de personnes qui sont venues, qui ont fait l’expérience, est plus que jamais important. Il faut donc «choyer» le touriste qui vient. Il ne faut surtout pas, par exemple, le verbaliser si, par malheur, il ne porte pas correctement son masque, une contrainte qui très souvent n’existe plus dans son propre pays. Un rappel à l’ordre amical serait plus approprié pour l’effort qu’il a fait de nous visiter malgré les contraintes…

L’AHRIM avait insisté, en mars, sur l’importance de réussir la basse saison. Comment s’annonce-t-elle ?

Les mois de juin à septembre restent un challenge. Nous sommes déjà en mai. Il faut travailler d’arrache-pied pour cette basse saison. A ce jour, les taux de réservation dans les hôtels restent très encourageants, mais le segment hors-hôtel n’est pas aussi bien cerné. Et hors hébergement, il y a encore des milliers d’autres opérateurs qui attendent davantage de touristes sur l’île pour pouvoir commencer à se reprendre.

Il est aussi clair que la situation de guerre en Ukraine amène de nouvelles incertitudes sur le prix du baril ainsi que le coût de nos importations alimentaires et énergétiques. Ces incertitudes peuvent miner nos ambitions et en cas d’aggravation de ces éléments de coût évoqués, il faudra réalistiquement réévaluer nos objectifs pour cette période.

Les bilans des hôtels affichent de bons résultats. Or, dans vos recommandations budgétaires, vous évoquez toujours les «graves problèmes de trésorerie» auxquels font face les hôtels. Qu’en est-il ?

Les principaux groupes hôteliers ont renoué avec la profitabilité. C’est bon signe. L’hôtellerie mauricienne prouve qu’elle reste attractive et résiliente, qu’elle mérite la confiance que les autorités lui ont faite en la soutenant financièrement, par la MIC et le GWAS.

Comme vous le savez, notre activité est saisonnière. Pendant les deux trimestres de la saison haute, où les tarifs et le taux d’occupation sont généralement plus élevés, les opérateurs engrangent 75 % de leurs revenus. C’est ce qui leur permettra d’assumer leurs frais fixes quand l’occupation chutera. Il faut donc attendre le bilan complet de l’année pour se faire une bonne idée de la situation financière.

Ces revenus ne permettent pas de combler même une infime partie des pertes engendrées par les 18 mois de fermeture. Les problèmes de trésorerie sont réels. Le contexte d’inflation n’est pas venu faciliter les choses. Nous ne demandons pas d’aides pour le paiement des salaires, de prêts ou de faveurs. Nous demandons un prolongement des mesures prises pour soulager les opérateurs de certaines taxes et autres paiements qui alourdissent nos opérations.

Certaines mesures de soutien, telles que l’exemption d’une année de paiement du bail ou le moratoire pour le remboursement du capital aux banques commerciales, arrivent à échéance. Or, la reprise n’est pas encore totalement effective. Nous demandons que ces mesures soient maintenues jusqu’en décembre pour atténuer les problèmes de trésorerie et l'augmentation du coût des affaires auxquels sont confrontées les entreprises du secteur du tourisme et de l'hôtellerie.

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