Cannabis médical: la culture locale appelée à prendre son envol

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Le 26 avril, l’introduction du cannabis médical est revenue au centre des débats avec des questions parlementaires. Selon la réponse du ministre de la Santé, la Chambre d’Agriculture de l’île Maurice a proposé la mise sur pied d’un comité composé des secteurs public et privé pour étudier la culture localement. Mais où effectuer les plantations ? Par qui ? Comment concrétiser une telle mesure ?

«Je pense qu’on peut cultiver le cannabis médical un peu n’importe où à Maurice. Nos terres sont aptes à le produire. Je crois que tout le monde pourrait y procéder mais il faudrait créer une coopérative et que cela passe par le gouvernement qui effectuera le contrôle», déclare Denis Raffray, ancien agriculteur. Ainsi, les particuliers, tout comme les acteurs du secteur privé, notamment ceux de l’industrie sucrière, pourraient s’y mettre. Depuis ces derniers jours, la culture locale du cannabis médical revient sur le tapis. En effet, le 26 avril, une question parlementaire a été adressée au ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, par le député Kenny Dhunoo, qui souhaitait savoir s’il y a eu des propositions pour la production locale du cannabis.

Dans sa réponse, le ministre a déclaré que la Chambre d’Agriculture de l’île Maurice a proposé la création d’un National Steering Commitee comprenant les partenaires du public et du privé pour la production locale du cannabis industriel. «L’idée est de développer ce potentiel comme avenue économique pour les industries agricoles et pharmaceutiques», a précisé Kailesh Jagutpal au Parlement. Or, à ce stade, les choses ne se sont pas encore concrétisées.

Sollicitée par l’express, la Chambre d’Agriculture de l’île Maurice confirme qu’elle avait effectivement fait une requête au gouvernement pour qu’un comité stratégique soit mis sur pied dans le but de se pencher sur la culture du cannabis médical et industriel à Maurice. «Suivant notre requête, il n’y a pas eu de réunion autour de ce sujet, pour le moment, et nous attendons une réponse de la part du ministère de la Santé concernant la mise sur pied d’un comité. Bien entendu, la Chambre d’Agriculture est prête à participer aux travaux d’un éventuel comité, en tant qu’acteur du secteur agricole. Nous précisons, encore, que nous sommes en attente d’une réponse de la part du ministère de la Santé au sujet de la mise sur pied d’un comité.»

Si une telle démarche aboutit, comment la culture locale du cannabis médical sera-t-elle entreprise ? Pour Percy Yip Tong, membre fondateur du Collectif Urgence Toxida, c’est une bonne chose si la production locale du cannabis médical décolle et s’il n’y a pas de monopole. «C’est déjà bien d’être réaliste de planter localement le cannabis plutôt que d’en importer, ce qui coûterait cher avec les devises. Nous avons une des meilleures terres pour cela. Ce produit pousse mieux dans les régions à mihauteur au-dessus du niveau de la mer et dotées d’une pluviosité régulière tout au long de l’année. À l’exemple de Chamarel, Highlands, Bois-Chéri, La Nicolière entre autres.» Selon lui, la mise en terre s’effectue au milieu ou en fin d’été pour une maturité en hiver, soit en juin. Mais en Europe, on cultive le cannabis sous serre, ce qui permet davantage de récoltes par an. Aussi, Maurice peut adopter cette technique qui favorisera l’exportation en parallèle, ajoute-t-il. D’autant que le cannabis pousse vite et régénère la terre.

«La Chambre d’Agriculture est prête à participer aux travaux d’un éventuel comité, en tant qu’acteur du secteur agricole.»

D’après Percy Yip Tong, n’importe quel individu pourrait s’adonner à cette culture. Il incombe d’importer des semences d’Afrique du Sud, du Lesotho ou de La Réunion, des pays plus avancés en la matière. «Les graines du cannabis sont importantes car certaines vont rapporter plus de cannabidiol (CBD) ou de tetrahydrocannabidiol (THC). C’est difficile à l’œil nu de faire la différence entre les deux. Durant le processing, on va extraire les substances nécessaires à des fins médicinales.» Il recommande notamment un dosage de 4 à 5 % de THC et d’un taux maximum de CBD. Amrish Lachooa, porteparole de l’association Claim, indique que les pays producteurs favorisent une culture du cannabis en serre, dans des conteneurs ou dans des entrepôts. «Nous disposons de ces options. Mais pour la greenhouse, cela coûtera cher. Par exemple, pour que cela soit rentable à l’étranger, il faut compter entre 1 000 et 4 000 dollars par mètre carré. Parallèlement, il existe des variétés de cannabis qui conviennent à la culture extérieure. Mais cette production peut être exposée à des risques de contaminants et de maladies, entre autres.»

Dans les régions chaudes, ces plantes ne nécessitent pas beaucoup d’eau mais ont besoin de soleil, poursuit-il. À l’intérieur, il faudra beaucoup de lumière. En termes de variétés, Amrish Lachooa cite une diversité, le Charlotte’s Web, qui possède un fort taux de CBD et un faible dosage de THC. Il indique, par ailleurs, que le THC a aussi un rôle à jouer dans le degré de soulagement des patients confrontés à divers types de cancer.

Que faire pour concrétiser la culture locale du cannabis médical ? D’après Denis Raffray, «tout est dans la main du gouvernement pour une telle prise de décision». Si l’État donne le feu vert, cela peut engendrer une grosse production à l’île Maurice, ce qui serait intéressant pour son économie. Quid de la dépénalisation du cannabis, se demande-t-il. «Dans 50 ans ou jamais ? Quelle hypocrisie», soutient-il.

Percy Yip Tong évoque la mise sur pied d’une institution comme le Mauritius Sugar Industry Research Institute, mais pour le cannabis. Le plus important est de bien démarrer ce projet en choisissant les sites de culture. «On peut remplacer 25 % des plantations cannières par du chanvre industriel pour faire des briques et autres objets commerciaux en sus du médical.»

Selon Amrish Lachooa, pour la production locale, il faut des expertises pour respecter les normes. «Dans certains pays américains, des semences ont été données aux patients pour la culture individuelle pour leur traitement. Rien n’exclut la possibilité d’y recourir à Maurice. Ainsi, ce ne sera pas à usage commercial», ajoute-t-il. Selon lui, il ne doit pas y avoir un monopole dans le secteur du cannabis médical. On doit permettre à d’autres personnes intéressées d’y prendre part, notamment sous forme de coopérative. Un investissement auprès de la Banque de développement ou à travers des regroupements serait indiqué, conclut-il.

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