Interview | Bruno Raya: « ceux qui tentent de communaliser les manifs divisent pour mieux régner »

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D’habitude, il joue de la musique de rue. La semaine dernière, il était dans cette rue, aux côtés des manifestants de Plaisance-Camp Levieux, pour protester contre la vie chère. Nous demandons à Bruno Raya de nous raconter, de l’intérieur, les événements de Camp-Levieux. Alors que le groupe OSB fêtera en août ses 30 ans, quel regard jette-t-il sur l’évolution de notre société ? Si cela ne tenait qu’à lui, il aurait répondu «morisianism» à toutes les questions…

Bon anniversaire !
Merci (sourire). Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de voir ces 47 ans.

47 ans ! Vous avez vieilli depuis la naissance d’OSB.
Oh que oui ! Les jours passent vite. Je me rappelle mes 17 ans avec Ragga Kreol qui lance officiellement OSB.

Une vidéo est devenue virale il y a quelque temps. On y voit les OSB à leurs premières heures à la MBC. Les accoutrements sont nettement démodés, vous avez ri ?
J’ai souri. Je me suis dit «Tahé ! Nou sa ?». On en est fiers. On ne renie pas son passé. On ne renie pas ses débuts. C’est là que tout a commencé. Je pense que les messages de notre premier album sont toujours d’actualité. On avait chanté, «zénes la ki pares li pou dan difé». Ti fini dir twa sa. C’était déjà un appel au réveil. Sur ce même titre, nous disions «explik to ka». Je me rends compte que nos différents slogans à travers le temps ont été adoptés, soit par les médias, soit par le peuple lui-même et ils ont intégré la langue kreol. «Explik to ka», par exemple, est devenu le nom d’une émission.

Celui qui a présenté cette émission est aujourd’hui député du MSM. (NdlR : Gilbert Bablee)
Exact ! Get ar kisanla linn pran sa ek limem pa kone ar kisanla linn pran sa ! Aujourd’hui c’est moi «ki pe koz koze ki bizin koze». (Rires).

On a décidé de vous interviewer, entre autres, parce que je vous ai vu sur des vidéos des premières manifestations à Camp-Levieux. Vous avez été témoin de tout. Pour vous, habitant de ce quartier et chanteur militant, que représentent les événements de la semaine dernière ?
La souffrance du peuple. (Long silence). Ce sont trois petits jeunes qui ont tout commencé mercredi matin.

Des fauteurs de trouble «ki pe rod enn rol» ?
(Il hausse le ton). Hé Man ! 3 zénes ki pe soufer la ! Travay gramatin manz tanto ! Lesans fek vinn 61 roupi dan lanwit la! To kwar gagn letan rod rol la?

«Vous croyez qu’au milieu de la révolte de Camp-Levieux, nous allions faire un recensement ethnique ?»

Vous les connaissez ?
Je ne les balancerai pas. (Rires). Mine de rien, ce sont des petits héros…

Des héros qui commencent à brûler des pneus à 8 h 30 du matin !
Oui ! Je ne vais pas mentir. Ils ont été ramenés à la raison pour qu’ils enlèvent les pneus. Mais ils ont continué leur manif de manière pacifique. Ensuite une femme avec ses enfants est venue les rejoindre. Puis d’autres sont arrivés.  Puis des familles entières avec des pancartes. Tout était calme. Les manifestants étaient sur les trottoirs, ne gênaient pas la circulation, et la manif était pacifique.

Pourquoi ça a commencé à Camp-Levieux ?
Ce n’est pas important. Ç’aurait pu commencer n’importe où. Le problème est national. Les prix n’ont pas augmenté juste à Camp-Levieux. C’est juste qu’il y avait là trois jeunes qui ont pris les devants. C’est tout.  À bien y réfléchir, c’est peut-être dan nou sa. On agit. Isi kan ena kitsoz pou dir, nou dir. Vous pouvez me dire combien de manifs il y a eu ces dernières années à cause de la fourniture d’eau ? Des dizaines, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas juste à Camp-Levieux. Partou dan Moris dimounn desann lor sime par ekzamp kan pena delo ! Il ne faut pas prendre le peuple pour des imbéciles. Pep la li enn pep admirab mem li. Les Mauriciens sont gentils et extraordinaires. Me selman kan li pe dir twa to pe kraz so lipie, une fois, deux fois, dix fois ; stop !

(Il mime un coup d’épaule). Arété soz. Pa pé konpran pé gagn dimal ? Pann fatigé ar dir ou? Berger Agathe le dit, «Enn zom ki fin li res amerdé.» Quand vous avez faim, vous perdez vos facultés de réflexion ; et quand vous ne réfléchissez plus, vous explosez et, apré li dans toupi avek gaz ki fer loraz dan vant !

«Vous croyez qu’au milieu de la révolte de Camp-Levieux, nous allions faire un recensement ethnique ?»

À quel moment la manif est passée de statut de «pacifique» à «tendue» ?
Quand certains policiers ont commencé à provoquer. Ils ont commencé à crier avec arrogance «ein, péna social distancing-la». (Il grimace.) Dimounn pé faim-la man ! Ki distansiasion sosial!»  Quand vous jetez tout ça sur le dos du peuple, avec votre arrogance, vous chauffez la marmite ! Vous créez une pression qui n’existait pas. Un policier prend un haut-parleur et lance «Rant kot twa pou éna problem-la! Pé donn zot enn warning la!» Quand ce policier a pris la parole, c’est là que les choses ont commencé à devenir tendues.

Le drame dans tout cela, c’est que nous connaissons les policiers de Camp-Levieux et ce ne sont pas eux qui ont provoqué. Nou viré tourné dan landrwa, nou konn zot, ek zot korek, zot koopéré ek édé kan bizin édé. Ce sont policiers venus d’ailleurs qui ont provoqué. Des policiers envoyés exprès. Je ne sais pas comment qualifier cette force. Lafors chatwa? Des policiers qui opèrent pour quelqu’un ? Je ne sais pas.

Quand tout s’est arrêté vendredi soir, la situation des manifestants ne s’est pas améliorée. Les prix n’ont pas baissé. Les manifs n’ont servi à rien.
Inn sakouy pié la la ! Ek Misié-la lao inn gagn mesaz-la li!  Rien n’avait été préparé. Tout était spontané, dans l’expression de ce ras-le-bol. Vous savez, fer dezord li fasil. En cinq minutes, je peux confectionner un cocktail molotov. Mo em mo konpran. Je ne dis pas ça avec arrogance pour menacer. Je le dis pour que les gens comprennent qu’il n’y a pas eu d’émeutes ! Est-ce que les habitants de Camp-Levieux se sont attaqués aux commerces ? Est-ce qu’une seule pierre a été lancée sur le supermarché Winner’s ? Hé man ! Kan gété, gét fran, koz vré. Donc on a secoué l’arbre une fois. Au sommet ils réfléchissent à deux fois. C’est l’orgueil qui pousse les hommes à camper sur leur position. Me komié tini to pou tini?  Si vremem to ti ena la sazes, to ti pou a lekout et essayer de résoudre les problèmes. Le peuple peut tout aussi bien rester sur sa position.

Il a déserté la rue. Il a abandonné sa position !
Pa krwar sa! La position, c’est dans la tête. Pas uniquement dans la rue ! Cette position finit toujours par s’exprimer. Je pense que Camp-Levieux et tous les manifestants autour de l’île étaient à bout. On comprend la crise économique avec le Covid-19 et la guerre en Ukraine, Bé zom, to pran biyé lepep-la to al diverti dan Dubaï?  Rs 700 millions ?  On achète un hélicoptère à Rs 1 milliard dans une telle situation de crise ? Ki vant ki zot pé séré zot ? To la pey Rs 500 000, lot Rs 400 000, lot Rs 350 000. Komié milion la ? To bann chiwawa deryer zot osi lapey korias mem ! Lepep-la ki arivé li ?

(Il pousse un sourire ironique sorti de nulle part). Vous savez, j’ai lu votre interview de Tania Diolle. Si avec un salaire de PPS, qui je pense dépasse Rs 200 000, elle ose vous dire qu’elle ressent la cherté de la vie. (Il hausse les épaules, écarte les bras et grimace comme s’il avait perdu la parole). Je ne sais pas. Je n’ai pas de mots. Vous comprenez la colère ? Lepep-la, mari-fam travay ek pa pe zouenn lé dé bout ! Quand ma mère touchait sa pension à Rs 4 000 ou Rs 5 000, elle arrivait toujours à acheter ses médicaments. Aujourd’hui avec Rs 9 000 de pension, ce n’est pas suffisant. Vous ne voyez pas qu’il y a un problème ?

«OSB al zoué Triolet, nou pilé ansam ek ler fini nou asizé nou manz roti ar bann fami laba! Ki kominoté zot pé kozé ? Zis morisien ki éna.»

Le discours de Pravind Jugnauth, vendredi soir…
(Il nous interrompt). Sa em kinn exsit bann zafer ankor plis. Il aurait pu dire dix mille choses pour calmer la situation et se positionner en homme de dialogue. Vous ne pouvez pas faire preuve d’une telle arrogance et espérer que les gens vont rentrer chez eux. De Bobby Hurreeram à Joe Lesjongard, zot koz ar twa koumadir to enn nirport ! Je ne suis pas un grand analyste politique, mais le petit citoyen que je suis, observe que c’est la philosophie du MSM. On se souvient comment le patriarche s’adressait au peuple via les journalistes. Le papa vous dit moralite pa ranpli vant, mé piti la dir ou si ou manifesté pou met sa lor ou sertika moralité ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Que je n’ai plus le droit de dire quoi que ce soit ? Tu me marches sur les pieds, tu me roules dessus, et moi je te dis «korek mem» ? Passons !

Et le parallèle que fait Pravind Jugnauth avec les émeutes Kaya ?
Je ne vais pas dire qu’il a fait exprès pour exciter la population en faisant des amalgames an deor kad. 1999, Kaya meurt à cause d’un joint, enn bout gandia ! 2022, c’est tout à fait autre chose. 1999 à un moment donné était devenu communal. En faisant ce parallèle, Pravind Jugnauth montre des signes de sa faiblesse. Je ne vais pas accuser le Premier ministre d’avoir voulu soulever les communautés les unes contre les autres. Mais le fait même qu’il défie le peuple, au lieu de trouver des solutions, était suffisant. Et j’ai vu et entendu des commentaires qui veulent faire croire que c’est la communauté kreol – et là encore on utilise mal le terme – qui a fané.

Ce n’est pas vrai ?
(Il se met presqu’en colère). Hé man ! Plaisance/Camp-Levieux isi. Isi pena kominote isi. Si to vinn isi to vinn rod enn problem, to pou gagné ar tou kominoté. Dan manifestasion-la, ti ena tou kominoté ! Tann mwa bien ! Les oppresseurs essaient de donner une couleur communale à cette manif. Mais ça ne marchera pas. Allez réécouter les titres d’OSB qui parlent de zanfan Plaisance et zanfan Camp-Levieux.

(Il bouge les pieds et les mains de manière énergétique pour trahir son impatience). Vous savez, ça me démange ces observations. De quelle communauté parle-t-on ? Il n’y a qu’une seule communauté. La communauté mauricienne. Le reste, c’est la religion. Au milieu de la manif, vous croyez qu’on va faire un décompte religieux ? Morisien ki la la man ! Morisien inn desann ek pa rod diviz nou. Tann mwa bien !

Des Mauriciens qui ont pillé des commerces ou encore des camions.
Oui. Ce sont des profiteurs. Bizin émeut ek manifestasion pou gagn vol, krim dan Moris ? Ce sont juste des profiteurs qui ont vu une opportunité dans la manif sincère que d’autres menaient. Et ils méritent qu’on sévisse contre eux.  Mais qu’en est-il des voleurs qu’on identifie chaque année dans le rapport de l’audit ? Sévissons contre ceux qui damage public property, mais aussi contre ceux qui steal public property.

«OSB al zoué Triolet, nou pilé ansam ek ler fini nou asizé nou manz roti ar bann fami laba! Ki kominoté zot pé kozé ? Zis morisien ki éna.»

À l’aube des 30 ans d’OSB et de votre carrière de chanteur engagé, peut-on vous reprocher de militer pour une communauté ?
Je vous répète qu’il n’y a qu’une seule communauté : le Mauricien ! Le reste, c’est la religion et l’histoire de l’immigration et de notre civilisation. Celui qui vient m’accuser de diviser est un menteur. Le combat d’OSB c’est le morisanism. Tous nos albums, en solo ou avec OSB, je me suis adressé au Mauricien. Je n’ai jamais chanté : Afro, ou nimport ki an partikilié, Lévé! Je chante le réveil national. Vous avez écouté le titre Ki to bann ?  Si chacun a sa bande, où est le bann morisien ?

Je vous dis que le noubanisme est un mythe véhiculé pas les faibles. OSB al zoué partou dan Moris. Dan Triolet, nou pilé ansam ek ler fini nou asizé nou manz roti ar bann fami laba! Ki kominoté zot pé kozé ? Zis morisien ki ena. Je vous parle de Triolet parce que certains diront qu’on y trouve une majorité d’une communauté particulière. Kan mo déroul laba, mo trouv zis morisien mwa ! On est accueilli kouma fami. C’est ça mon île Maurice. C’est ce qui me donne le courage de rester. Sinon j’aurais émigré depuis longtemps. Mais certains n’aiment pas ça. Vous savez, c’est un vieux débat. Diviser pour régner est un concept qui est compris par tous. Donc silteplé, pa fer mwa rant dan sa zoué la.

«Je suis sûr que Bablee ne connaît même pas d’où vient l’expression ‘’explik to ka’’ !

Vous pensez qu’au bout de 30 ans, les messages d’OSB ont été entendus ?
Je vous le dis avec conviction ek pa gran nwar narien. OSB a contribué à la libération de certaines mentalités qui étaient en captivité. Certainement pas à 100 %. Mais il est facile pour OSB de faire partie de la brèche créée dans le mur des divisions.

Vous ne voyez pas que certains essaient de se recroqueviller ? Vous voyez l’émergence des groupes extrémistes sur Facebook ?
Oui. Parmi toutes les origines (afro, indo, etc.) des extrémistes tentent de semer la zizanie. (L’air inquiet, il s’arrête pour réfléchir et fait un revers de la main). Sa pa pou marsé sa. Sa sistem la pé ariv so la fin. Inn fini sa. Je vous ai répondu après avoir réfléchi. Intimement, au fond de moi, je ressens que l’appel du morisianism est nettement plus répandu que celui des divisionnaires. Les plus grands hypocrites sont les leaders politiques.

On l’interrompt. «Kisanla» ?
Zot tou ! De l’Indépendance à ce jour. On n’est pas capable d’éliminer la déclaration ethnique pour se porter candidat aux élections ? Ça me révolte.  Ils ont eu les majorités nécessaires pour changer ça. Deux tiers ou trois quarts, je ne sais pas. Mais ils auraient pu. Aujourd’hui quand officiellement vous divisez, vous ségréguez, qu’êtes-vous en train de semer ? Selma kan ariv le 12 mars nou enn sel pep, enn sel nation ? Ek apré sépar nou pou éleksyon ?

Les extrémistes rusés vous diront que cela ne change rien à la réalité économique.
Ce n’est pas vrai. C’est fait pour diviser. Écoutez, je vais vous choquer. Je pense comme ça, parce que je suis un artiste et j’ai vu, par exemple, pour le 12 mars, qu’on demande à tel groupe de venir jouer parce qu’il va représenter une communauté. Toi hindou, bhojpuri twa, vini. Lot enn ti group mizilman vini. Lot santér sega vini, pou réprézant afro! Lot groupe tamil, vini ! Met enn gong pou sinwa. Vous pouvez me dire ce que c’est, si ce n’est pas de la division ?

Ce n’est pas beau, cinq enfants de toutes races sur un poster du 12 mars ?
Karikatir Man! La construction de notre civilisation et l’histoire de l’immigration, c’est juste une partie de l’histoire. Ce n’est pas ce qui nous unit. C’est ce que certains utilisent pour nous diviser (Il fait un clap) et bez twa dan lakle. Nous avons passé ce cap. Oui, c’est important de commémorer nos origines. Mais notre avenir se construira sur le morisianism. Vous comprenez ce que je dis ? Aujourd’hui on se bat pour quoi ? Pour la patrie ou notre ethnicité ? Connaissons la culture de nos ancêtres oui, pratiquons-là, mais que cela ne nous divise pas.

«Je suis sûr que Bablee ne connaît même pas d’où vient l’expression ‘’explik to ka’’ !

Poussons la réflexion plus loin. Les chatwa sont d’une seule religion ou origine ? Absolument pas. Ce que je comprends du chatwa, c’est celui qui récolte en se faisant passer pour le représentant d’une ethnie. Il récolte quoi ? L’argent. Le MSM et l’argent, je ne vais pas en parler. Je sais juste que leur slogan est «tout est possible». Chatwa est un enfant du monstre communal. Il a enfanté du chatwa pour ne pas rester dans sa position et ne pas perdre la guerre.  Et vous savez comment il enfante ? Li pran enn to reprezantan isi, li pran enn reprezantan laba, enn reprezantan lot koté. Le monstre communal existe depuis des années, mais je pense que c’est là, sous ce présent régime, que le monstre a enfanté le chatwarisme. Écoutez-moi bien : le communalisme s’est accentué sous Pravind Jugnauth.

Il n’y aucun outil pour mesurer cela.
Alors répondez à ça. Comment en 2014 a-t-on permis à ceux qui ne veulent pas décliner leur appartenance ethnique aux élections de se porter candidat, alors qu’en 2019, Pravind Jugnauth a usé de toutes les magouilles pour empêcher cela ? Misié Jagnat ! Lepep trouvé li. Li trouvé kisanla fer divizion. Ek apré ou mem ou vinn met dézord kominal ?

«20 ans après la libéralisation des ondes, des titres engagés sont toujours bannis de certaines radios privées. »

La musique des jeunes, vous écoutez ?
Qu’est-ce que vous voulez dire, que les jeunes n’écoutent pas OSB ?(Il rit) OSB se transmet de génération en génération. C’était juste une parenthèse. Oui, j’écoute la musique des jeunes.

Vous allez vous plaindre come un vieux schnock «dan mo lepok pa ti kumsa, pa ti ena sa» ?
Ah non ! Surtout pas. Comme dans toutes les périodes musicales, il y a du bon et du moins bon. Il y a même de l’excellent. Il y a des messages négatifs qui inondent les réseaux, mais il y a aussi beaucoup de positivité. J’écoute les titres qui me plaisent chez Big Frankii. Mon coup de cœur du moment, c’est petite Norah, une ado de 17 ans. Allez écouter son titre, Tre-Dinion. Je suis estomaqué qu’une jeune de 17 ans, qui n’est pas encore majeure, puisse écrire un texte pareil. Je surveille aussi ce qu’écoute mon fils de 10 ans. S’il n’y a aucune richesse musicale, des paroles ridicules, je vire. Mais je découvre même des titres qui m’étonnent via sa playlist. Et moi aussi je lui fais découvrir ma playlist. Je pense que tous les parents devraient en faire autant.

Quelle est la plus grande réalisation d’OSB, selon vous ?
Il y a la révolution musicale, l’émergence du ragga, la façon dont nous avons porté le seggae. On est fiers de beaucoup de choses. Il y a l’impact social. Notre engagement aux côtés des ONG sur des causes nationales. Il y a les amitiés.

Vous avez des nouvelles de «Dagger Killa», qu’on ne voit plus sur scène avec les OSB ?
Oui. Je lui envoie des pensées positives et je suis sûr qu’il nous les renverra. Il est occupé avec ses projets. Nous avons toujours encouragé les membres du groupe à avoir une vision et des projets qui ne dépendent pas d’OSB. Je lui envoie plein d’énergie et je lui souhaite tout ce qu’il y a de meilleur.  C’est cela OSB. C’est le partage. Miltipliye pou mié partazé. C’est différent des politiciens. Zot, zot divizé pou mié rényé. OSB ne retient personne prisonnier. Regardez la carrière solo de Blakkayo. C’est tout OSB qui en est fier. On reste connecté à nos racines, et nous volons de nos propres ailes. Et les amitiés se construisent et se fortifient.

«20 ans après la libéralisation des ondes, des titres engagés sont toujours bannis de certaines radios privées. »

On ne s’en rend pas compte, mais vous êtes un des animateurs-radio à avoir 20 ans de longévité à l’antenne, soit depuis l’existence des radios privées. Quel regard jetez-vous sur les 20 ans de la radio privée ?
Positif ! OSB s’est battu pour cela. L’album Xpresyon libere est sorti avant la libéralisation des ondes et elle a été censurée par la MBC. À l’époque, il n’y avait pas Internet. L’ultime titre de Lin Sa pa zot traka, qui porte un énorme message politique, n’a pas figuré dans le classement du disque de l’année à la MBC en 2021. Attention, il y a aussi des radios privées, lèche-bottes du gouvernement, où ce titre de Lin a été boycotté. Je connais une radio privée où le seggae et le reggae sont bannis. Il y a une autre qui ne passe que les titres seggae qui sont des titres d’ambiance de fête. Les messages politiques sont toujours censurés. Ces radios font honte à la libération. Elles refusent la musique de rue. Mais la rue est plus forte. Ces mêmes radios ont été obligées de répercuter la voix de la rue, la semaine dernière, n’est-ce pas ?

« Le papa vous dit ‘moralite pa ranpli vant,’ mé piti la dir ou ‘si ou manifesté pou met sa lor ou sertifika moralité !’ »

Notre questionnaire pour finir. Si vous aviez la possibilité de jouer sur une scène avec un gros son, gro vibe, en duo avec soit Berger Agathe ou Kaya. Vous choisissez ?
Non non. Mét séryé. Vous ne pouvez pas me faire ça. Je prends mon joker. Les deux.

Votre titre local – hors OSB - préféré de tous les temps ?
Ser vant de Kaya. Bizin ser vant kan pena manzé.

« Le papa vous dit ‘moralite pa ranpli vant,’ mé piti la dir ou ‘si ou manifesté pou met sa lor ou sertifika moralité !’ »

Faut-il absolument un député d’origine africaine au parlement mauricien ?
Non. S’il y a 70 députés d’une seule autre origine , qui ne sont pas des voleurs , qui ne sont pas des divisionnaires, mais des visionnaires, qui travaillent dur et que le pays progresse, je n’ai absolument aucun problème avec ça.

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