Polémique | Roches-Noires: avenir sombre ?

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Ancré dans le Nord-Est, Roches-Noires a longtemps gardé son cachet naturel. L’eau de mer s’est engouffrée à l’intérieur des terres pour créer des «wetlands» s’étalant sur des hectares et des hectares, bordés de mangroves et d’une végétation luxuriante et sauvage. Mais la polémique s’infiltre également dans cette région, avec des constructions qui vont sortir de terre…

La beauté intacte de Roches-Noires séduit randonneurs, amoureux de la nature, familles, voulant faire un petit pique-nique. C’est tout naturellement que les écologistes militent pour préserver cette région, décrétée environmentally-sensitive area (ESA). Car ces zones sensibles sont vitales pour le maintien à long terme de la diversité biologique, du sol, de l’eau et d’autres ressources naturelles sur le site et dans un contexte régional. Ils comprennent des zones d’habitat faunique, des pentes abruptes, des terres humides et des terres agricoles de choix. Mais depuis 2006, Roches-Noires attire toutes les convoitises… 

Des promoteurs ont commencé à s’y intéresser de près – de trop près même. Le dernier en date ? PR Capital, qui lorgne les 358 hectares pour y construire une Smart City, sur dix ans. Mais d’abord, c’est un complexe hôtelier comprenant 90 villas de luxe qui va sortir de terre. 

Direction Roches-Noires, pour un constat de visu de ce lieu sensible que les écologistes veulent préserver à tout prix. Pour se rendre sur le site qui sera bétonné, il faut emprunter un sentier. On longe une clôture en pierres construite par l’ancien promoteur, qui a depuis abandonné son projet, pour délimiter le périmètre. Pour la petite histoire, à certains endroits, des pierres ont été enlevées pour se retrouver ensuite chez des particuliers, qui les ont utilisées pour construire leur mur. «Il y a plusieurs ESA à Roches-Noires. ESA 126 est de catégorie une (NdlR, haute valeur de conservation. Ce sont les plus vulnérables)», explique Bernard Cayeux, du groupe Protégeons l’écosystème de Roches-Noires, alors que nous avançons au milieu d’arbres endémiques et exotiques pour découvrir la beauté sauvage du lieu. 

Pour rappel, selon les documents de l’Environmental Impact Assessment (EIA) déposé au ministère de l’Environnement, le complexe hôtelier proposé est situé à proximité des zones humides ESA 124 et 126. Celles-ci sont des marais dominés par Talipariti tiliaceus (var) et Typha domingensis (voune). Le promoteur explique que l’hôtel ne croisera pas, ni ne compromettra ces zones humides situées à l’extérieur de la zone tampon de 30 mètres. «À l’époque, les pirogues passaient sous les ponts pour venir déposer le corail pour faire de la chaux», fait ressortir notre guide. «Il aurait fallu casser le mur de l’ancien four-à-chaux et laisser l’eau se répandre pour recréer son wetland d’après la topographie du terrain et ensuite mettre les 30 mètres.» 

Plus loin, nous apercevons les vestiges de l’ancien four-à-chaux, justement, cachés par la végétation luxuriante mais toujours visibles sur le site. Plus nous nous enfonçons à l’intérieur de cette nature verdoyante, plus nous découvrons le cachet authentique de cette région. Des kilomètres de mangroves, des étendues de zones humides à perte de vue… «Ici il y a des wetlands, là-bas aussi. Il y en a partout», souligne Bernard Cayeux en pointant dans toutes les directions. Il cite quelques noms : Bassin-Lavé, Trou-Diable. «Tout ça est relié à la mer. L’eau de Trou-Diable est très claire. Il y a plein de poissons. Vous pouvez même nager et regagner la mer.» Malheureusement, face à une pluie battante lundi, l’eau limpide était plutôt sombre. Les yeux rivés sur cette mystérieuse étendue, Bernard Cayeux fait une réflexion. «Tout ce qui se passe ici aura un impact sur le lagon de Roches-Noires. C’est le deuxième plus grand lagon de Maurice. Les habitants de Roches-Noires et de Pointe-des-Lascars vivent de la pêche dans le lagon.» 

Pour Bernard Cayeux, ce n’est plus l’heure de venir opposer un écosystème au développement économique. «La Banque mondiale, le FMI… toutes les institutions financières disent que ‘there are no winners under business-as-usual scenario’. En ne développant pas dans le sens du béton, on est en train de développer (…) Si on veut que le tourisme soit rentable, ce genre d’endroit, il faut le remettre à la nature. C’est là qu’il va apporter plus au touriste. Ce n’est pas un hôtel de plus de 90 chambres. On ne va rien gagner. Pas 90 de plus. Au contraire, ça va ramener moins. Parce que déjà, il faut remplir ceux qui existent. Après, ils parlent de l’emploi, est-ce qu’ils ont posé des questions aux habitants de Roches-Noires pour savoir qui veut travailler dans l’hôtel ? Les hôtels sont en train de bat lamok pour avoir des gens. Malgré toutes soretes de campagnes…» 

Après presque une heure de marche, perdus au milieu de la végétation, nous rebroussons chemin en direction la route principale. Les images de cette nature imposante défilent dans notre tête, s’imprègne dans nos têtes. On ressent un pincement au coeur en pensant que ces mangroves, ces zones humides, cette faune et flore indigènes pourraient être en danger…

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