Interview | Roshi Bhadain: «Moi ministre sous Ramgoolam, ce serait invraisemblable et problématique»

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Considéré comme l’enfant terrible de la politique, adulé par ses partisans, détesté par ses opposants qui dénoncent «son arrogance et son impulsivité», Roshi Bhadain célèbre les cinq ans du Reform Party. Lui qui idéalisait une île Maurice sans dinosaures, comment vit-il aujourd’hui aux côtés de Paul Bérenger ? Face à l’apocalypse économique qu’il décrit tous les jours, l’espoir est-il toujours permis ?

Juste avant le début de cet entretien (NdlR : réalisé jeudi), la police a embarqué des manifestants pacifiques qui protestaient contre la prise de parole du Premier ministre à une célébration religieuse. Les arrestations de Plaine-Magnien, Vacoas et Camp-Diable ne démontrent-ils pas que Pravind Jugnauth ne craint pas les critiques et dirige sereinement d’une main de fer.

Mo pa konpran ou analiz. Ce sont plus que des dérives dictatoriales. On ne vit plus dans une démocratie. Ce sont des jeunes qui manifestaient. Ils ne veulent pas que la religion se mêle à la politique. Ils ont été embarqués comme de vulgaires criminels. À Plaine- Magnien, le président du conseil de village, deux conseillers et un habitant ont dû passer une nuit en cellule parce qu’ils ont simplement voulu rencontrer les ministres qui étaient au CAB. Au milieu de la nuit, l’on a même transféré l’un d’eux de Grand-Bois à Bel-Ombre. Puis il y a eu l’incident de Vacoas où un habitant a dû passer la nuit en cellule parce qu’il avait – soi-disant – traité le maire de «Gopia de Manhattan». À Plaine Magnien ce sont des partisans du MSM…

(On l’interrompt). L’un des quatre est un agent du PTr. Une photo a circulé.

Je n’ai pas vu la photo dont vous me parlez. Moi, j’ai vu deux photos de deux des quatre personnes arrêtées et elles étaient avec Hurreeram ; ce sont visiblement ses agents. Qu’importe, cela démontre en tout cas qu’ils étaient là pour plaider la cause de leur village et demandaient à participer à une réunion. Hureeram, en conférence de presse, a accusé certains médias de tout exagérer. Mais s’il n’y avait pas de problème (il rit de l’ironie), vous allez porter plainte ? Hurreram se contredit lui-même.  Ça montre que le peuple est dégoûté et qu’il y a une frustration généralisée. J’avais prédit cela et c’est ce qui se produit. La population commence à exprimer sa colère en confrontant ses députés.

« Kan pa pou éna manzé, ou pa pou kapav mem manz métro-la parski l’Inde pou finn fini sézi li ! »

Si le gouvernement et le Premier ministre (PM) se sentaient menacés ou impopulaires, ils auraient joué la carte de la médiation et non celle de l’arrestation. Voilà pourquoi je vous dis que Pravind Jugnauth n’a cure des critiques. Il dirige sereinement d’une main de fer.

Vous êtes en train de décrire le comportement de quelqu’un qui a perdu le contrôle. Il utilise la police pour réduire le peuple au silence. Je ne vois aucune sérénité dans le viol des droits aux libertés.

«Seksion 156 kod penal anpes enn dimounn al maltret enn dépité…

Kot finn ena maltrété la ? À Plaine-Magnien, ils voulaient juste participer à une réunion qui concerne leur village, bon sang ! De quel outrage parle-t-on ? Les salaires de ces ministres et de ce député qui ont refusé de rencontrer des élus locaux sont payés par le peuple. Ils sont redevables envers ce peuple. Li pa kapav ki kan lepep pe rod accountability, transparans, bann aksyon an repons a flash floods, ou akiz zot outraz ek met zot dan kaso ! Ce n’est pas rationnel.

De l’autre côté, si un individu a vraiment traité un maire de gopia, ce maire dispose de beaucoup d’avenues légales au civil. Mais non ! On veut juste punir et «donner une leçon» en le faisant passer une nuit en cellule. Et le mot gopia, combien de fois a-t-il été prononcé à l’Assemblée nationale par des députés des deux bords ? Nous avons entendu une députée dire des choses tellement plus graves et violentes à l’adresse du speaker. Ces incidents démontrent que le peuple a tout compris, tou lafime finn sorti depi dan lizie dimounn et on commence à voir la réaction de la population à travers des manifestations et des confrontations spontanées envers des ministres.

Iriez-vous jusqu’à dire que ce sont des signes qui démontrent que les carottes sont cuites pour le MSM aux prochaines élections ou bien Pravind Jugnauth peut toujours nous sortir un tour quelconque de son sac ?

Les carottes sont brûlées pour Pravind Jugnauth.

Mais je ne vois aucun signe d’un PM qui se prépare à une défaite électorale. En 1995, au soir des élections, la veille du décompte, sir Aneerood avait avec raison prédit un 60-0 de l’alliance PTr-MMM. Je ne vois pas, par contre, l’attitude d’un futur vaincu chez Pravind Jugnauth…

Si ce n’est pas le cas, c’est que les signes sont trompeurs et il renvoie une fausse image. Maurice ne s’est jamais retrouvé dans une telle situation économique et sociale avec de tels dysfonctionnements des institutions. La valeur de la roupie…

(On l’interrompt). Entre les réalités économiques et sociales et les votes exprimés, il y a toujours une nuance.

Dimounn pe pas par boukou lapenn ek lamizer…

Oui, mais certains diront que ce n’est pas la faute à Pravind Jugnauth et que c’est le cas dans tous les pays du monde. Ce qui lui donnerait une chance…

Ah non ! C’est faux ! Allez revoir toutes mes vidéos. Je disais en 2020 déjà que la situation était grave. Je prédisais cette crise. Mo ti dir dimounn, zordi ou pé pran kas dan pos ou al fer komision ki ou met dan tant, dimé ou pou pran tant kas, ek ou komision pou dan ou pos. C’était prévisible parce que, quand la banque centrale prend autant de ses réserves en devises pour l’injecter dans le day-to-day running du gouvernement, cela déprécie la roupie et la banque centrale ne peut plus la défendre ; quand cela arrive, toutes vos importations coûtent plus cher alors que quasiment tout dans votre maison est importée, et c’est le consommateur, au bout de la chaîne, qui va en payer les conséquences. À l’époque, beaucoup ne comprenaient pas l’impact que cela aurait eu sur eux.

Attendez je n’ai pas encore abordé la question économique de cet entretien. Ma question porte toujours sur les possibilités du MSM de remporter les prochaines élections…

Je vous démontre en réponse à votre question, que la crise économique remonte à l’avant- Covid. L’autre preuve, c’est que dès janvier 2020, donc avant le Covid, le gouvernement avait puisé Rs 18 milliards des réserves de la Banque Centrale. C’est un argent qui n’existait même pas, notional money’ ki linn met dan roulman gouvernman ! De plus, Air Mauritius avait déjà fait faillite en janvier 2020.

Malgré tout cela, Pravind Jugnauth ne ressemble pas à quelqu’un qui panique. D’où lui vient sa sérénité apparente ?

Je vois, au contraire, un vent de panique extraordinaire. Cette semaine, par exemple, au parlement, Pravind Jugnauth est assis à écouter son ministre des Finances dire haut et fort qu’il n’y a pas de manque de devises à Maurice ; et mercredi, moins de 24 heures après, la banque centrale inonde le marché en y injectant USD 200 millions. Le PM doit avoir été informé de cela avant. Le communiqué précise que c’est «unprecedented».

« L’Espoir doit aller seul aux élections générales »

La banque centrale est indépendante, non ? Le PM n’est pas censé le savoir.

Bé ou pa trouvé enn prémyé minis ki dan panik la ? Mardi so minis finans dir enn zafer dan parlman, lendimé merkredi labank santral pe al zet USD 200 millions lor marsé ! Si le ministre des Finances ne sait pas que demain USD 200 millions vont être mis sur le marché dans 24 heures, alors qu’il répond à une PNQ sur le sujet, nous avons un énorme problème à la tête du pays. Encore plus énorme si le PM ne le sait pas. Soit c’était la panique après la PNQ et le PM s’est dit : «inportater pena deviz, pou mank prodwi lor létazer sipermarsé, vann dolar-la.» Kouma ou apel sa ? Mo pa trouv sa sérénité mwa ! Mwa mo trouv panik a bor !

La finalité en politique on la connaît. On roule un pays, sur papier, pour le bien de son peuple, mais en vrai, c’est pour gagner les prochaines élections…

(Visiblement impatient, il ne nous laisse pas finir). Mais en vérité, ils roulent le pays uniquement pour s’enrichir…

Voyons la vérité en face. Pravind Jugnauth n’est-il pas serein parce que l’opposition est divisée ? Rééditer 2019 est son oxygène !

(Nonchalant). Ce n’est pas vrai. Au contraire, zot kone zot pou perdi eleksion. Je suis convaincu que tous les Mauriciens qui ont du bon sens ont déjà pris la décision de ne pas renouveler le mandat de Pravind Jugnauth. Ils lui ont donné deux chances. Bon, la première en 2017, disons que le peuple ne la lui avait pas donnée, il l’a prise par lui-même en faisant partir son père ; puis en 2019. En 2024, s’il tient jusque-là, cela fera huit ans depuis que Pravind Jugnauth est Premier ministre. À la 6e année, et même avant, le peuple est en train de se révolter tel que nous l’avons vu de Plaine-Magnien à Vacoas en passant par Camp-Diable ; la population souffre alors que le pire est à venir. Ce Pravind Jugnauth-là PM pendant 13 ans ? J’en doute ! Aucun Mauricien in his right mind ne souhaiterait cela. Et il est très rare que Maurice élise un PM pour trois mandats consécutifs.

Et les 30 % qui ont voté pour lui en 2019 ?

Il a perdu du terrain même là. Deux des quatre personnes arrêtées dans l’incident de Plaine-Magnien étaient des agents MSM en 2019 ! Apré Pravind Jugnauth inn fer dominer ar zournalis, ar la popilasyon, ar bann leader politik, aret prezidan vilaz, conseye, sitwayin, dimounn pena kas, pri inn monte, pa pe kone kouma pu pey dilo, lalimier, lwaye ! Je ne vois honnêtement pas comment le peuple peut reconduire Pravind Jugnauth au poste de PM, même avec ses 30 % de 2019. Je ne crois pas que le nombre de chatwa excède celui des personnes qui souffrent.

Pravind Jugnauth croit toujours qu’il peut remporter les prochaines élections. Vous êtes sûr à ce point ?

Je vous accorde qu’une élection reste imprévisible car c’est le peuple qui vote. Mais ma réflexion est basée sur la logique. Dois-je vous citer tous les scandales ? Le peuple voit, écoute, puis juge. Ne le sous-estimez pas. Il voit l’arrogance du pouvoir et des ministres qui n’ont pas d’amour pour ce peuple et le pays. Les réponses au parlement sont, irrationnelles et teintées d’arrogance. Je ne vois pas d’où vous voyez Pravind Jugnauth remporter les élections. Ils peuvent rod fer krwar ki boug-la for. Mais la réalité est toute autre sur le terrain.

Et s’il était vraiment fort parce qu’il règne une confusion dans l’opposition…

Il n’y a pas de confusion.

Bien sûr qu’il y en a ! À l’heure qu’il est, il y aura L’Espoir, le PTr et le MSM. Si ce n’est pas le MSM, ce sera qui ? C’est la question du peuple.

Ce n’est ni le MSM, ni le PTr, ni l’Espoir qui décident. Le peuple exercera son choix pour fou sa gouvernman-la deor !

(On l’interrompt). Si c’est le cas, il cherchera à voter utile pour ne donner aucune chance à Pravind Jugnauth.

(Il fait semblant de ne pas nous entendre). Je pense que ce sera comme en 2014. Vous aviez eu deux grands partis avec le fameux calcul 40+40 qui a donné pratiquement moins de 40. C’est la frustration du peuple qui s’était exprimée. Vire Mam était un souhait pour un changement de système. Cette fois, c’est pire. Maintenant, parlons de l’opposition. La seule plateforme qui a tenu le test of time dans l’opposition, depuis plus d’un an maintenant, c’est L’Entente de l’Espoir. Nous avons travaillé sur beaucoup de sujets, du budget aux lois dictatoriales, en passant la CSG et le Covid, et j’en passe. On se rencontre, une, voire deux, fois chaque semaine, pour discuter, analyser, conduire des recherches, et ça a été constant durant une année. Au sein de l’Espoir, il y a le respect mutuel. Quand il a fallu faire des compromis et des concessions, on l’a fait et ça s’est très bien passé. Nous avons dégagé une méthode de travail qui marche bien.

Aujourd’hui si un autre parti vient s’annexer à l’Espoir, dans la pratique même, ça ne marchera peut-être pas. Je ne vous parle pas de la politique ou de mon souhait, mais de la pratique d’abord. Ça ne marchera pas parce que cela impliquerait trop de consultations. Il faudra attendre que l’autre partenaire décide s’il est d’accord sur un cours d’action. Il y aura des subtilités, un temps d’attente dans la decision-making. L’Espoir doit rester tel qu’il est parce que dans la pratique, c’est en train de marcher.

Sans le PTr, vous êtes en train de dire ?

Je suis en train de vous dire que l’Espoir doit aller aux élections générales telle qu’elle est aujourd’hui. C’est mon opinion.

Cette opinion était claire pour tous les leaders de l’Espoir pendant que Bérenger négociait avec Ramgoolam au début de l’année ?

J’étais un des premiers à souhaiter une unité nationale vu la gravité de la situation dans le pays.

(On l’interrompt) Sans le MSM, je présume ? Pas l’unité nationale telle que décrite par Sithanen ?

Nooon ! (Une syllabe interminable). Sithanen pe koz sa ki li pé kozé li. Je vous parle d’une unité de l’opposition. Donc, j’avais proposé cela. Ce serait sur papier, séduisant pour faire partir ce gouvernement. Mais dans la pratique – et c’est là où je suis réaliste – comment ça va marcher quand on se rencontre pour discuter d’un sujet avec des arguments recherchés et réfléchis pour prendre des décisions ? Combien de temps prendra-t-on pour prendre une décision, harmoniser nos cours d’action et les communiquer à la population ? Actuellement c’est efficient à l’Espoir. Y inviter le PTr ou n’importe qui d’autre brisera cette harmonie. Le Reform Party souhaite changer le système et notre parti a travaillé sur 300 mesures pour changer l’île Maurice. Nos changements et nos mesures sont faisables au sein de l’Espoir. Un autre parti viendrait alourdir notre fonctionnement. Ce serait trop burdensome d’un point de vue administratif. Il faudra, par exemple, attendre que ce parti rencontre son bureau politique, et si celui-ci n’a lieu que dans deux semaines, et que le leader dise, par exemple, que le président du parti n’est pas à Maurice et qu’il faudra attendre pour que commencent les consultations juste au niveau de ce parti pour revenir ici sur la plateforme pour délibérer avec d’éventuels désaccords ; abé komié létan li pou pran ou pou sanz enn pei ?

« La Banque centrale est au bord de la banqueroute ! »

Votre popularité depuis votre départ du gouvernement s’est construite sans doute sur cette phrase : «Met tou dinozor deor». Quand vous êtes assis au sein de l’Espoir avec les partis traditionnels, aux côtés de dinosaures tels que Bérenger, ou encore le PMSD de Duval, qui a toujours fait partie du système que vous voulez changer, êtes-vous en train de concéder que vous ne pourrez rien changer sans marcher avec les dinosaures, du moins pendant un certain temps ?

Je vais vous répondre en toute franchise. Quand le Reform Party a été créé en 2017, nous voulions changer complètement le système et rassembler les jeunes et les compétences pour l’île Maurice de demain. Nous avons participé à une élection partielle en 2017 et avons fini 3e derrière le PTr et le MMM. Aux élections générales, on a tenté d’aligner nos candidats, on a brassé large, avec les résultats que vous connaissez. Puis, il y a eu les élections villageoises, et nous avons fait élire des candidats à Petite-Rivière et Albion où les présidents des deux conseils sont des membres du Reform Party. À chaque étape, nous avons proposé le choix du changement, seul ! Notre organic growth est conséquent, surtout depuis ces deux dernières années avec nos réunions dans les villages, nos vidéos d’explication sur les sujets d’actualité, nos actions, nos révélations. Nous sommes le seul parti politique depuis les élections de 2019 à avoir tenu cinq grands meetings publics. Il y avait plus de 3 000 personnes à Rose-Belle, et d’autres grands rassemblements à Lallmatie, Triolet, puis à Rose-Hill et à Quatre-Bornes.

Justement, pourquoi arrêter ce cheminement pour vous joindre aux dinosaures ?

Attendez, je n’ai pas fini. Même ces jours-ci avec les restrictions sanitaires, nous n’avons pas arrêté et nous tenons des réunions avec moins de personnes. J’étais à La-Flora récemment ; hier, j’étais à Mahébourg. Il y a aussi eu des réunions à Rose-Belle, Chemin-Grenier et Trou-d’Eau-Douce récemment. Nous sommes donc sur le terrain, nous ne sommes pas organisés comme une pyramide, d’où mon analyse un peu plus tôt sur la quasi-certitude que le MSM est un non-starter aux prochaines élections. La vérité, c’est que nous n’avons pas la possibilité, aujourd’hui avec la façon dont vont les choses à Maurice – surtout avec la money politics du MSM – bat tou lezot dan 20 sirkonskripsion en alignant 60 candidats.

2019 fut une erreur ? La folie des grandeurs ?

Non, certainement pas. On avait choisi de ne pas faire d’alliance en 2019 et c’était une learning curve.  C’était l’ascension et la progression. Quand vous comparez nos débuts il y a cinq ans, et notre position aujourd’hui, vous verrez des progrès constants. Là, aux municipales, nous aurions fait élire des candidats et remporté des municipalités, mais Pravind Jugnauth inn sové ar minicipal. Parenthèse, vous remarquerez que ce renvoi intervient dans la semaine où l’Espoir annonce que ses membres ont conclu une alliance pour les municipales. Je vous disais donc que ou bizin travay an ekip et le Reform Party a choisi l’équipe la plus apte à appliquer son programme. Bien sûr qu’il y a des concessions, des compromis, des négociations, mais il nous a fallu choisir des partenaires d’expérience avec qui on peut réaliser nos objectifs et changer le système de fond en comble.

Aujourd’hui, vous êtes allié au MMM alors qu’il vous a attaqué dans le passé, et que vous avez contre-attaqué…

Mo fek dir ou…

(On insiste). Tout cela ne vous aliène-t-il pas des autres au point où nous rencontrons des difficultés à concevoir «ki ou pé asiz ar Bérenger» ?

Mo fek dir ou ki depi enn an nou pé travay extrememan bien tou dimunn. Je vais vous retourner la question. Quand le Reform Party va seul, je suis devant un journaliste et il m’accuse d’être un one-man show. Aujourd’hui quand moi, ex-ministre des Services financiers, de la bonne gouvernance, ou encore des technologies informatiques, je travaille en équipe avec un ex-Premier ministre et ex-leader de l’opposition, le leader actuel de l’opposition qui a été plusieurs fois numéro 2 d’un gouvernement, et un autre qui a été ministre et leader de l’opposition, et que cette équipe marche bien, vous me demandez si je suis un team player. Ou bizin fer enn zis prix dan ou kalkil.

Dans ces mêmes colonnes, Ashok Subron vous a décrit en expliquant la différence entre vous et Rezistans ek Alternativ. Eux estiment qu’on ne peut pas faire partie du système pour le changer, alors que vous pensez qu’il faut y entrer pour le changer.

Rezistans veut changer le système en restant dehors, sans gagner des élections ? Bizin rant dan gouvernman pou al fer sanzman. Sinon ki sanzman ou pou al fer si ou andeor ? En étant hors du parlement, vous pouvez toujours faire ce que fait le Reform Party. Depuis cinq ans, sans prendre un seul centime du peuple, nous travaillons pour la population en lui expliquant tout ce qu’elle n’a pas compris : des technicités économiques qui impactent sa vie, des révélations et des scandales d’une façon dont même des élus payés des fonds publics n’ont jamais pu le faire.

« Prémyé miniss ti bizin dir Padayachy mét to savatt dodo rann to tabliyé »

Maintenant vous me dites que si le Reform Party va seul, il pourra faire des changements.

Bien sûr que si nous allons seuls, nous aurons toute la latitude pour apporter les changements en profondeur. Mais la question est : eski ou pou ariv ziska la ba ? (Il tape son index plusieurs fois sur la table). Eski ou pou ariv ziska laba pou koumans fer sanzman la, ou bien ou pa pou ariv ditou ek pa pou kapav fer okenn sanzman ? Ou kontiniyé fer vidéo lor Facebook, dénonsé lor radio privé ek lagazet ? (Il espace ses syllabes) Mé selma, Pei--pa—pou--san-zé.

Pour changer le pays, il faut être au Parlement avec une équipe forte. Je suis sincèrement d’avis que l’entente de l’Espoir est le véhicule qu’il nous faut. Bien sûr que les partenaires ne seront pas d’accord avec toutes vos propositions. But the whole point of working as a team, c’est que nos idées sont accommodées, discutées et elles ont une grande chance d’être appliquées. Pour cela, il faut gagner. Et gagner ne suffit pas. Il faut savoir avec qui on gagnerait. Ou gagn éleksion ou alé, ou al asiz laba, apré Roshi Bhadain pa kapav fer narien dan tou saki linn expliké ek pa kapav fer tou saki linn dir bizin fer depi tou sa banané-la ! Ki serti rant dan enn gouvernman anba enn premye minis ki pa pou les mwa fer tou sa ki bizin fer ?

Il s’appelle comment ce PM-là ?

Peu importe son nom. Imaginons qu’il ne nous laisse pas travailler vers les changements et réformes pour des raisons qui lui sont propres. Ou bien allons dire que son parti a un problème avec moi. Bé ki pou arivé lerla ?  Dimounn-la pou vinn dir mwa, «Bé M. Bhadain ou ti dir ou pou aménn tel sanzman, tel réform dan tel système, ou pou met plis transparans, plis meritokrasi, accountability, lekonomi bizin bouz koumsa, aret pran kas dan rezerv labank santral, lasante bizin koumsa, bann insititisyon bizin koumsa, bé ou pa pé fer tousala ?» Que répondrai-je ? «Que le Premier ministre que vous avez élu ne me laisse pas le faire? Ou que des membres de son parti m’en empêchent.» Vous savez ce que le peuple me répondra ? Il me dira : «Bé ou enn kuyoner parey kouma lezot ! » Il va me dire : «Ounn sant enn santé ek apré ou pé dans enn lot dansé !»

Par les temps qui courent, le pays a besoin d’un PM courageux, d’un PM fort, qui a une vision, ek ki ena lamour pou lepep. Il faut un PM qui ose prendre les décisions qu’il faut prendre dans un délai raisonnable. Ce n’est qu’à cette condition que vous pourrez changer le pays. Là encore, toutes les décisions ne plairont pas à tout le monde. Il faut des réformes. Et c’est là (il prend une tonalité grave et traîne le ‘a’). C’est là l’origine du Reform Party. Il faut des réformes structurelles, légales, constitutionnelles, si possible, pour une île Maurice nouvelle. Nouvelle veut dire qui tient compte de la technologie, de l’évolution mondiale, pas seulement pour résoudre les problèmes à court terme. Il nous faut une vision pour les moyen et long termes. Sa kalité premye minis la ki ou bizin-la !

C’est bien beau tout ça. Mais l’Espoir n’a pas dit qui serait son candidat au poste de PM.

Nous le ferons certainement à l’approche des élections générales.

Nando Bodha «inn fini ouver so kart lor latab li. Li dir li anvi…»

Chacun peut y aspirer. C’est normal. Navin Ramgoolam veut être PM, Nando Bodha le veut, Pravind Jugnauth veut le rester, Roshi Bhadain pense qu’il a tout ce qu’il faut pour travailler à la transformation du pays pour l’avenir. Monn dir mo kapav fer li pou la mwatie du salaire. Mais ce ne sont que des aspirations. Quant au choix ! La décision ! C’est le peuple qui choisit et décide.

Comment l’Espoir saura-t-il identifier celui que souhaite le peuple ?

Vous pensez que l’Espoir présentera quelqu’un dont le peuple ne veut pas ?  Ça ne fait pas de sens. L’Espoir présentera celui que souhaite le peuple pour augmenter ses chances de gagner. (Il rit pour montrer que ce qu’il dit est tellement basique).

Après Pravind Jugnauth, il faudra deux ans pour mettre en place nos réformes et redémarrer le pays.

Vous avez exprimé votre intérêt au sein de l’Espoir ?

Non, et cela n’a pas été discuté. Aussi, je l’ai dit à maintes reprises et je vous le répète. J’ai quitté un gouvernement et tous ses privilèges. Mo bizin réfer rapel tousala ?

Non merci. Vous voulez être PM ?

Pour moi, la question centrale est : «Qu’est-ce que je peux faire pour mon pays ?» Là où est le pays aujourd’hui, il est encore plus nécessaire de mettre la vision nécessaire en opération pour trouver les solutions et inventer un nouveau modèle. Maintenant vous me demandez si je veux être PM. Je redis que j’ai envie de sauver mon pays. Je veux que mes filles, mon fils, ma famille, mes amis, tous ceux que je rencontre sur le terrain, mes connaissances, et même ceux que je ne connais pas, que leurs enfants aient un avenir meilleur dans un système juste et équitable. Pour cette raison, oui, je n’ai aucun problème à assumer la lourde responsabilité d’être PM de ce pays.

Mais cela dit, si koumadir ou pé dimann mwa si mo anvi, si mo lanbision vinn prémyé minis, li neseser pou mwa ki li enn akonplisman dan mo lavi. Non ! Absolument pas ! Mo kouma mo été la, et je peux rester comme je suis. Je n’ai aucun problème. J’ai ma profession, mes clients, ma famille, des amis ; je peux aider la société comme je le fais actuellement. I’m happy. Je n’ai pas l’ambition démesurée de vouloir être PM pour être PM parce que c’est enn gran zafer dan enn dimounn so lavi sa ! Anfet mo pa mem pansé ki li enn gran zafer dan enn dimounn la so lavi ! Par contre, si vous réussissez à devenir PM et que vous parvenez à sauver le pays, sa li enn gran zafer dan ou lavi. Vous expliquerez ça dans votre journal comme je vous l’ai expliqué. (Rires)

Ce sera une traduction quasi-littérale. Ne vous en faites pas. Ma prochaine question est celle-ci. Pour changer le système, il faut gagner les élections. Pour gagner, il faut voir la conjoncture en face.

(Il nous interrompt) Vous voulez faire une interview exclusivement politique (rires). Il faut qu’on parle économie et social aussi. Vous vous êtes engagés à parler des propositions et de la vision du Reform Party pour le pays.

Attendez. Le lecteur veut y voir clair. En vous lisant, s’il se laisse convaincre par vous que le MSM est hors-course, il se demande si les prochaines élections opposeront donc l’Espoir au PTr.

Je ne sais pas. C’est une question hypothétique. Peut-être que ce sera une élection à trois avec l’Espoir, le MSM, et le PTr, chacun de son côté. Ça peut toujours être l’Espoir et le PTr face au MSM. Ça peut aussi être le PTr et le MSM ensemble face à l’Espoir.

Je ne vous suis pas. Le MSM est hors-course, on s’est dit.

Je vous parle des possibilités. Il n’y a que ces trois possibilités. Est-ce qu’il y en a d’autres  ?

Dans ce cas, l’Espoir et MSM ensemble, c’est aussi une possibilité.

Ah non ! Ça, c’est impossible.

PTr-MSM, c’est aussi impossible !

Je ne le pense pas. Impossible, non.

L’Espoir-PTr, ce sera «pez néné bwar dilwil» pour vous. Vous venez de me dire que vous préféreriez que l’Espoir aille seul.

Ma réponse n’a pas changé. Même si on gagnerait facilement les élections avec le PTr, est-ce qu’on pourra travailler avec efficience ? Moi je me suis engagé pas uniquement pour gagner les élections, mais pour travailler pour le pays, le sortir de ses problèmes, changer le système et jeter les bases de la prospérité pour la génération future.

De quelle prospérité parlez-vous ? À vous entendre sur vos vidéos, la situation économique est irréversible. Quand je vous entends, j’ai envie d’émigrer au Canada ou en Australie. Aujourd’hui, vous promettez la prospérité ?

C’est irréversible sous ce gouvernement et le primeministership de Pravind Jugnauth. Avec des colleurs d’affiche qui sont devenus ministres et qui ne peuvent pas gérer. Sous eux, c’est irréversible ! Mais avec notre vision, notre panoplie de mesures qui résultent d’une grande réflexion, rien n’est irréversible. Nous avons les solutions. Mais il faut voir plus grand et dépasser l’étape de «résoudre les problèmes». Pour cela, il ne faut pas avoir les mains et les pieds liés.

Je vous donne un exemple simple mais que certains refuseront d’appliquer. On ne peut plus diviser le pays en communautés, castes, socioculturels, pou balans isi, balans laba, gard tel post pou untel parski so kominoté x, etc. Notre existence même en tant que Mauriciens et Mauriciennes est menacée. Il faut un Premier ministre qui résiste aux lobbies soi-disant ethniques et communales mais qui en fait, ne profitent qu’à un petit nombre. Le Mauricien a compris qu’il n’a pas besoin de quelqu’un de sa communauté à tel ou tel poste. Mais de quelqu’un de compétent, d’intelligent, d’honnête… ek ki pa kokin! Covid pann get figir ouswa kominoté pou li touy dimounn. Kot linn pasé linn touyé. La crise économique, c’est pareil.  Quand elle frappe, li pa get figir. Quand les prix montent à cause de l’incompétence et du manque de vision d’un Premier ministre, qui est arrivé en fonction en jouant la carte communale et qui a distribué les postes sur une base communale ; eh bien, les prix montent pour toutes les communautés. Pravind Jugnauth a joué et il va jouer cette carte. C’est mauvais pour le pays. Et le Reform Party a la solution.

Avant qu’on ne vienne aux solutions, voyons le problème. Expliquez-moi, M. l’expert-comptable, en termes simples et concis, pourquoi les Mauriciens souffrent ?

Les problèmes économiques existaient déjà avant 2019. Ils se sont accentués en 2019, avant de devenir incontrôlables avec la pandémie de Covid-19 et la guerre en Europe. En 2019, Air Mauritius ti fini crash ! En 2019, nous avons accueilli 4 à 5 % moins de touristes qu’en 2018. Le ver était déjà dans le fruit. Depuis 2017 je suis en train de dire que tout cela allait arriver. Je ne savais pas qu’il y aurait eu le Covid et d’autres problèmes internationaux. Et cela, je peux vous le prouver. Prenez les chiffres de la croissance, disons de 2010 à ce jour. On n’a jamais dépassé une croissance de 4 %. L’économie n’a pas grandi. Les 3,6 %, 3,7 %, 3,8 % sont une croissance naturelle et on n’a jamais dépassé cette barre psychologique. Lekonomi ti pé roul pwin mor. Donc tout ce que je disais en 2017, et tout ce que vous avez vu depuis 2019, cela se serait produit de toute façon. La conjoncture internationale a accéléré la chute, mais c’était une chute programmée. C’est un fait que juste après les élections de 2019, Pravind Jugnauth inn met so lamé dan labank santral so rézerv pou tir 18 miliar roupies. Le Covid n’est arrivé qu’en mars 2020 !

Vous avez deux minutes pour me donner les solutions…

Je ne vous ai pas encore expliqué l’ampleur du problème.  Je vous ai parlé de la cacophonie de la PNQ où le ministre des Finances nie tout manque de devises et la Banque de Maurice le lendemain qui inonde le marché avec USD 200 millions.  Le communiqué dit, je cite (il lit: «This represents the largest ever single intervention the Bank has made on the market so far in its history.» Minis finans-la pa ti koné, bé li bizin démissionné alé ! Maintenant, le gouverneur de la banque centrale prend seul la décision d’injecter USD 200 millions sur le marché sans que le Premier ministre n’en sache quoi que ce soit ? Astér sa prémyé minis-la, li ti pé asizé li pé ékout minis finans la dir péna péniri déviz, le landémin kan la bank santral mét USD 200 millions lor marsé parski éna péniri déviz, li pa apél so minis finans-la pou dir li «astér mo dir twa rann to tabliyé, mét to savat dodo al to lakaz ?» (Il éclate de rire).

Ce n’est pas drôle. Comment ça nous affecte ?

C’est simple. Les Mauriciens qui ont les moyens pé dégazé al asté dollar à Rs 43 pou met dormi parce qu’ils savent que le dollar va s’apprécier par la suite. On est en train de créer des hoardings. Les riches, vont devenir encore plus riches. Le pire, c’est que si le dollar ne s’apprécie pas, ce sont les revenus de l’État en termes de TVA qui vont baisser. Que vont-ils faire ? Ils vont faire apprécier le dollar. Donc, c’est une certitude. Sinon Padayachy sera dans une situation impossible pour le budget. Ajoutez-y ceux qui sont en train d’acheter artificiellement ; on se dirige vers une appréciation invariable du dollar avant juin.

Qu’est-ce qu’ils auraient dû faire face au manque de devises ? «Mét déviz lor marsé li enn problem. Pa fer narien li enn problem. Ki ti bizin fer» ?

Ils sont bloqués par leurs mauvaises décisions passées. They are stuck between a rock and a hard place ! Ils ont déjà pris du notional money du Special Reserve Fund, l’argent qui n’existait pas ou qui a existé juste grâce aux calculs sur l’appréciation du dollar face à la roupie. Maintenant avec la dépréciation du dollar que cette injection a provoquée, la banque centrale se retrouvera avec un trou en dollars dans son Special Reserve Fund ! Il faudra combler ce trou. Voilà pourquoi je vous dis qu’ils sont coincés entre le marteau et l’enclume !

Avouez que n’importe quel gouvernement serait pris entre le marteau et l’enclume ?

Parce que ce gouvernement-là a touché aux réserves depuis janvier 2020 ! Je me tue à vous le faire comprendre ! C’étaient des décisions qui n’étaient pas dans l’intérêt du pays et qui étaient flawed d’un point de vue comptable. Le gouvernement a aussi pris Rs 60 milliards des réserves de la banque centrale pour balancer son budget. N’oubliez pas ! Et ces Rs 60 milliards sont entrées dans la colonne des revenus ! En plein Covid, les revenus sont en chute, mazisien met savat Dodo balans bidzé li ! Extra sa ! Après que le FMI a fait des observations sur ces Rs 60 milliards, le gouvernement vient dire que Rs 32 milliards de cette somme seront déduites des futurs dividendes que la banque centrale paiera au gouvernement au fil des années. J’ai fait le compte moi. Vous savez combien d’années la banque centrale prendra pour récupérer cet argent ? 122 ans ! Plus d’un siècle. Ils ont endetté les enfants de vos enfants ! Lot koté pé donn Rs 80 milliards MIC à bann compagnies? Kan zot pou fini pey sa ? Eski zot pou péyé même sa ?

Si je vous dis que Pravind Jugnauth est serein au point d’annoncer une extension du métro de Réduit à Rose-Hill !

C’est cela la priorité ? Selon moi, c’est en train d’être fait puisque le gouvernement avait dit qu’il n’y aurait pas de variation dans le contrat existant. Après tout le mismanagement du côté du gouvernement mauricien et les retards pris, le gouvernement s’est trouvé dans l’obligation d’aller contracter un autre emprunt du gouvernement indien. Voilà pourquoi il y a cette extension du métro. 

Aujourd’hui avec la crise, vous pensez que c’est cela la priorité ? Est-ce qu’il y aura 60 000 voyageurs par jour pour le rentabiliser. La période moratoire des emprunts contractés par Pravind Jugnauth tire à sa fin, et il emprunte encore Rs 8 milliards. Je ne comprends pas pourquoi il faut encore s’endetter quand le pays est déjà endetté jusqu’au cou. Et ils faussent les chiffres de la dette publique. Ces dettes n’entrent pas dans les livres puisqu’officiellement c’est l’Exim Bank de l’Inde qui prête à la State Bank. Mais il faudra rembourser cet argent, contrairement aux Rs 12,7 milliards que j’avais négociées avec Arun Jaitley, le ministre des Finances indien de l’époque. C’était un grant ! Pravind Jugnauth lui ne négocie que des dettes pour notre pays.

Le métro est à nous…

Qui nous a prêté l’argent pour le faire ? L’Inde, n’est-ce pas ? On rembourse qui ? L’Inde ! La condition c’est qu’une compagnie indienne obtienne le contrat. Où vont les dépenses ? En Inde, n’est-ce pas ? Autre condition, Larsen & Toubro devra faire venir des travailleurs indiens. Où va leur salaire ? En Inde encore. Vous voyez, qui gagne et qui perd ? Pravind Jugnauth vous dit qu’il travaille pour notre pays.

Nous aurons un moyen de transport rapide et moderne.

Mé ou péna manzé dan ou lasiet. Tou pri doublé dan laboutik. Dimé kan pa pou éna manzé akoz inportatér pou népli éna déviz pou inport manzé, dir Pravind Jugnauth koup so métro donn nou manzé ! Sa ousi ou pa pou éna, parski l’Inde pou vinn sézi metro-la parski pa pé kapav pey loan-la. Maurice collectionne les dettes avec Pravind Jugnauth. Roshi Bhadain avait rapporté Rs 12,7 milliards de grants money, qu’on n’a pas besoin de repayer. Permettez que je conclus sur l’ampleur de la crise en revenant sur le balance sheet de la banque centrale. Si je passe sur les technicités, elle dispose aujourd’hui d’uniquement Rs 16 milliards en réserves et en capital. Une dépréciation de 2 % du dollar suffirait pour rayer ces Rs 6 milliards de réserves. Si le dollar déprécie de 5 %, li ‘wipe out’ ou rézerv ek ou kapital tou. Écoutez-moi bien. Voici la situation dans laquelle Pravind Jugnauth nous a mis. La banque centrale peut, à tout moment, faire banqueroute. Voilà l’implacable vérité : rézerv inn fini au poin kot nou inn vinn vilnerab. Une petite dépréciation du dollar entraînera des conséquences sur la solvabilité de la banque centrale. Parallèlement, nos dettes ne sont plus sustainable, et c’est la Banque mondiale qui le dit. Nos revenus sont en baisse car les secteurs productifs ne peuvent croître suffisamment.

Voilà pourquoi, à vous entendre, on a envie de quitter le pays. Pouvez-vous me convaincre de rester ?

Oui. Parce que ce pays est un des plus beaux que Dieu a fait. Il y a tout pour que le peuple vive bien et prospère. Il y a toujours un espoir. Mais avec la gestion existante et ce qui s’est passé durant toutes ces années, cela ne se fera pas en un claquement de doigts. Il faut des décisions dans l’intérêt du pays et non des groupuscules, des power brokers et des mafieux. De plus, vous avez un système communal qui divise le pays. Pour que Maurice change, il faudra s’attaquer à cela. Je vous ai décrit le PM qu’il nous faut. Il faudra aussi qu’il get tou dimounn parey. Pour cela il faudra rétablir une stabilité dans le fonctionnement du pays, pas uniquement dans les institutions ou les différents secteurs comme l’éducation, la santé, l’agriculture, le port, etc. Je vous parle de la façon dont vivent les Mauriciens. Il faudra d’abord arrêter cette culture de corruption, népotisme, passe-droits, trafic d’influence. Il nous faut une société knowledge-based et pas influence-based.

Mais c’est une réalité mauricienne. Quand vous allez animer vos réunions aux quatre coins de l’île, on vous aborde sans doute pour vous dire, «Misié Bhadain, mo mars ar ou, ou fer mo zanfan gagn enn ti travay dan gouvernman»

Je leur réponds que nous sommes dans la situation actuelle à cause de telles pratiques. Il nous faut la méritocratie, la transparence et l’accountability. Et avant cela, avant les equal opportunities, il nous faut une equal outcome. Le système produit des inégalités. Comment voulez-vous qu’il y ait des chances égales ? Voilà ce qu’il faut réformer. Sans que chacun ne trouve sa place, n’excelle dans son domaine, nous ne pourrons pas être compétitifs et productifs pour rivaliser avec d’autres pays. Il faut une balance. Ou pa kapav nék kré bann post dan gouvernman ek pran dimounn ; c’est toute une autre partie de la population qui doit travailler pour financer les salaires, bénéfices, overseas leave, lump sums, duty-free, etc. Ce modèle-là, va conduire à la faillite du système. On s’approche de cette faillite. Il n’y aura plus d’argent pour payer les salaires des fonctionnaires. C’est la moitié du budget national et ce n’est pas viable. Qu’est-ce qu’il nous reste pour investir dans les écoles et les hôpitaux ?

Vous antagonisez les fonctionnaires. C’est politiquement périlleux.

Absolument pas. Ils travaillent dur et ils sont indispensables au pays. Il sont actuellement 80 000, on ne peut pas en recruter plus. Avec 100 000 ou 200 000 fonctionnaires, qui va travailler pour financer leur salaire ? C’est comme la pension de vieillesse. Pravind Jugnauth a dû taxer les jardiniers, marchands de dholl-puri, employés du secteur privé avec la CSG pour financer sa promesse de la pension à Rs 13 500. On ajoute un autre burden sur le dos des travailleurs et des self-employed. Komié fardo ou kapav fer travayér sariyé ? Le jour où cette classe de travailleurs va collapse, il n’y aura plus d’argent pour payer les salaires des fonctionnaires. Je ne cible personne, mais c’est une réalité. Il faut que ce pays accepte de voir les faits en face. Pour cela, il faut que les institutions, de la police à l’ICAC, en passant par la FIU, la FSC, la banque centrale travaillent en toute franchise, indépendance et honnêteté. À partir du moment où elles ne sont plus sub-servient au gouvernement du jour, les checks and balances fonctionneront. Il y a des mesures toutes simples qu’on peut immédiatement prendre. Par exemple, pour plus de transparence dans l’octroi des contrats publics, nos lois seront modifiées pour que les contrats publics de plus de Rs 5 millions soit traités et attribués en public, sans clauses de confidentialité.

Le deuxième changement c’est stop aux gaspillages. Avec des stades comme Côte-d’Or qui n’est qu’un gros projet immobilier qui a profité à un petit groupe. On aurait dû investir dans l’humain, le footballeur à la place. Voilà pourquoi même si le stade est beau, on s’y fait battre par Sao Tomé. Il faut ainsi redéfinir les priorités. Le métro n’en est pas une. L’eau dans les maisons, les drains, le contrôle des prix, c’est cela la priorité. On ne peut plus se permettre du luxe alors que le peuple souffre dans la misère. Le reverse model, c’est une population heureuse, en bonne santé, qui est ainsi en mesure d’être productive pour sa prospérité et celle du pays.

Vient ensuite la création de nouveaux secteurs. L’EDB coûte cher et il n’y a eu aucun nouveau secteur productif ces dernières années. Or, je fais plus confiance aux entrepreneurs qu’à l’EDB. Le Reform Party a réfléchi sur un modèle où l’entreprenariat, commence au collège. À la fin du cycle secondaire, l’artisan mauricien, celui qui a fait la filière vocationnelle ou artistique, ou même celui qui ne fait pas partie de l’élite académique, ne sera plus considéré dans notre système, comme un sous-produit du système éducatif. Celui qui voudra entreprendre à la sortie du collège, c’est l’État qui finance l’administration. L’Etat emploie des comptables, des secrétaires, des conseillers légaux qui vont offrir leurs services aux jeunes entrepreneurs qui n’auront plus à se perdre dans les tracasseries administratives.

Pour devenir fonctionnaire, il faudra que vous ayez servi le pays entre 18 et 25 ans pendant six mois. Sous n’importe quelle forme : le développement des applications, dans des projets écologiques,  l’embellissement, le social, contre un stipend. C’est ce certificat de service qui vous permettra d’aspirer à être recruté par le gouvernement ensuite. C’est cela qui va créer le patriotisme dans le secteur public. Stop aux colleurs d’affiche et fils et filles d’agents. À la fin de ce service, ils entreront dans une académie de la fonction publique qui proposera des formations modernes.

Il faudra aussi créer une National Employment Agency et des job centres dans les villes et villages, basés sur la méritocratie : Travay vinn rod ou, o lié ou al rod travay. Les demandeurs d’emploi pourront le faire directement en se basant sur leurs qualifications et expérience selon un point-based system. Nous proposons un modèle où chacun peut évoluer. Les petits et moyens entrepreneurs, le vocationnel tout en maintenant l’élite avec le university track.

Les carottes sont brûlées pour Pravind Jugnauth.

C’est loin tout ça…

Oui et ce n’est qu’une infime partie de nos 300 mesures. Je ne vous ai pas exposé notre grande vision de l’agriculture, par exemple. Quand vous dites que c’est loin, n’allez pas croire qu’un changement de gouvernement va apporter un changement de cycle économique immédiat. Ou tir Pravind Jugnauth ou krwar pez také tou pou sanzé ek tou prix dan laboutik pou bésé ? Il faut une philosophie, une idéologie et du hard work.

Quand vous dites que c’est loin, ce n’est pas tant que ça. Je pense qu’on changera de gouvernement dès l’année prochaine. Car l’agenda économique va tout dicter. Il y aura une telle pression économique, une telle contestation parski dimounn pou népli kapav zwen lé dé bout que la situation deviendra ingérable. C’est mon analyse de la situation économique et du climat social. Au Sri Lanka, tous les ministres ont démissionné parce que les gens sont dans la rue. On a vu des manifestations à Shanghai et Hong Kong. Quand la population ne peut plus tenir, les politiques ne peuvent plus tenir, même si Pravind Jugnauth va tenter de s’agripper jusqu’au bout.

C’est ce que vous souhaitez ou que vous redoutez ?

Ce n’est ni mon souhait, ni ce que je redoute. C’est la réalité. L’autre réalité, c’est que les réformes que nous apporterons détermineront la durée de la précarité. Si les réformes viennent vite, nous passerons ce cap plus vite. La souffrance économique durera moins longtemps avant que l’économie ne reprenne. En deux ans on peut mettre en place toutes les réformes qui jetteront les bases d’une île Maurice moderne.

S’il faut une mesure centrale pour que tout votre écosystème fonctionne et que votre vision soit appliquée, ce serait laquelle ?

Ce n’est pas une mesure. C’est une prise de conscience qui est nécessaire. Les Mauriciens doivent savoir voter. Ils doivent comprendre qu’ils votent pour leur pays et leurs enfants. Le communalisme, le castéisme, les promesses farfelues nous mèneront dans un trou. Et ceux qui ne votent pas, doivent le faire.

Notre traditionnel questionnaire pour finir. Le principe, des réponses en une phrase maximum. Vous savez qui a tué Kistnen ?

Les preuves documentés montrent que des proches du pouvoir sont impliqués.

Angus Road, c’est fini avec la mort de deux témoins clés ?

Cela dépendra de la prochaine émission que fera l’express (NdlR : l’express avait exposé l’affaire Angus Road dans une émission vidéo avec Roshi Bhadain).

Un autre débat avec Shakeel Mohamed sur le déroulement des élections, ça vous tente ?

Pas la peine.

Vous, ministre sous Ramgoolam, c’est possible ?

Cela me semble invraisemblable et problématique.

Votre téléphone sonne, c’est Kobita Jugnauth. Vous répondez ?

Je renvoie l’appel vers Navin Ramgoolam. (Rires)

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