Reza Uteem: «Arrêtez de faire une fixation sur Ramgoolam !»

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Reza Uteem, président du MMM

  Reza Uteem, président du MMM.  

L’année dernière à la même période, le MMM et l’Espoir disaient : «Oui au PTr, non à Ramgoolam comme PM». Aujourd’hui «boul inn viré», et Navin Ramgoolam fait dicter sa loi pour une éventuelle alliance. Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? «Péz néné bwar dilwil ?» Un coup de fil et Reza Uteem a accepté tout de suite de faire face à nos questions.

Encore une alliance avec le Parti travailliste !  Le désespoir est à ce point profond au MMM ?

Ce n’est pas une alliance entre le PTr et le MMM. C’est une alliance élargie de l’opposition. Mais c’est surtout une alliance avec le peuple qui souffre et qui en a marre des incompétents et des corrompus. La situation économique fait que le prochain gouvernement devra prendre des décisions très importantes. Il faut donc réunir toutes les compétences ; pas uniquement au sens politique, c’est-à-dire, aux postes de responsabilité comme Premier ministre, ministres, etc. mais aussi à la direction des institutions et des corps paraétatiques gangrenés par le népotisme.

Vous semblez dire que la question de Premier ministre n’est pas centrale. Or c’est vous-même qui en avez fait une question centrale quand en 2021 le MMM et le PMSD se sont mis à scander : «Oui à PTr, non à Ramgoolam ». Tout d’un coup, revoilà les «koz kozé» entre Ramgoolam et Bérenger…

(Il plisse les yeux en nous écoutant pour bien se concentrer sur nos propos avant de répondre.)

Vous comprenez qu’il y a urgence à remplacer ce gouvernement par un autre compétent et capable de redresser la situation. À partir de là…

Attendez, je vous prie. Cette urgence a toujours existé. Que le «mismanagement» du gouvernement MSM aille crescendo n’étonne personne. Là n’est pas la question. Entre le veto imposé à Ramgoolam en 2021 et maintenant, l’Espoir a été incapable de se trouver un candidat au poste de PM, c’est exact ?

Ce n’est absolument pas exact.  L’Espoir peut présenter, comme candidat au poste de PM, plusieurs personnes au sein des quatre partis qui le composent. Mais nous voulons ratisser large et obtenir un gouvernement d’unité nationale. Jamais le MMM et le PMSD n’ont rompu les relations avec le PTr. Nous n’avons jamais demandé à Arvin Boolell de céder le leadership de l’opposition. Nous avions simplement noté qu’il y avait beaucoup de résistance à la présentation de Navin Ramgoolam comme Premier ministre. Ainsi…

Cette résistance a disparu comme par magie…

Le message que nous a fait parvenir le PTr est que sa condition sine qua non pour cheminer ensemble, c’est «Ramgoolam, Premier ministre de transition» pour trois ans.

Le «hijacking» de 2021 n’a donc pas marché ?

Ce n’était pas un hijacking. C’était un souhait. Face au refus du PTr, nous avons le choix. Soit nous allons aux élections sans lui ou avec lui et je vous en ai expliqué la première condition.

Pourquoi l’Espoir ne peut pas aller sans le PTr ?

Je vous l’ai dit. Nous voulons un gouvernement fort. Le gouvernement actuel se retrouve avec tous les problèmes du monde parce que la majorité de la population est contre lui. Deux tiers de la population n’ont pas voté pour Pravind Jugnauth comme Premier ministre. Ces deux tiers se sentent exclus. Cela se voit au niveau des nominations où la clique familiale et Lakwizinn se retrouvent à la tête des institutions et corps paraétatiques. C’est une des raisons qui expliquent notre très mauvaise santé économique.

Il n’y a pas encore d’alliance. Nothing is agreed until everything is agreed.

Vous avez aussi peur d’une réédition de 2019 avec Pravind Jugnauth qui gagne face à une opposition divisée, pas vrai ?

Le système et le découpage électoraux favorisent malheureusement un parti qui peut se retrouver en majorité disproportionnée à l’Assemblée nationale sans obtenir la majorité des votes. C’est arrivé en 2019 et il est possible qu’aux prochaines élections, un parti avec moins de votes que le MSM en 2019 obtienne une majorité de sièges. Ce n’est pas bon pour la démocratie.

Depuis que l’«express» a révélé les nouvelles tractations entre l’Espoir et le PTr, les réactions sur les réseaux sociaux, ou même dans la rue, sont très critiques. Les auteurs de ces critiques sont aussi ceux qui critiquent le MSM. Vous avez les mêmes résultats de ce ballon sonde ?

C’est extrêmement rassurant pour la démocratie que la population s’exprime et critique les orientations et décisions des partis politiques. Il est important que les leaders des partis politiques restent à l’écoute pour rectifier le tir.

Ce n’est pas le sens de ma question. Ces critiques doutent du bien-fondé de cette alliance et je vous demande si vous êtes intimement convaincu que la population souhaite revoir le tandem Ramgoolam-Bérenger à la tête du pays.

Je suis intimement convaincu que tous ceux qui critiquent n’ont pas d’alternative à nous proposer. Les quatre partis de l’Espoir travaillent à l’unisson. Je vous ai expliqué la position du PTr après l’appel de l’Espoir. Je pense que c’est une formule qui est workable. Jusqu’à l’heure je n’ai vu, par exemple, personne au PTr proposer un autre nom que celui de Navin Ramgoolam.

Navré d’insister, mais j’essaie toujours de cerner votre conviction. Vous n’auriez pas préféré que Ramgoolam cède le leadership à quelqu’un d’autre pour briguer le poste de PM ?

Il ne suffit pas de dire «non» à quelqu’un. Il nous faut savoir qui présenter comme alternative et être convaincu que cette alternative obtiendra l’adhésion de l’électorat. Finalement, ce n’est ni mon souhait, ni le vôtre, qui prime. C’est le peuple qui décide. S’il y a un meilleur candidat au poste de PM et qu’il fasse l’unanimité, why not ? Trouvez-moi cette personne au PTr.

Quels sont les critères pour être candidat au poste de Premier ministre ?

Mon idéal est bien différent de la réalité. J’aurais souhaité un Premier ministre compétent, rassembleur, qui galvanise toute la nation mauricienne, qui est à l’écoute et qui nommerait des personnes compétentes aux postes de responsabilité.

La réalité c’est quoi ?

La réalité, c’est que comme dans tout pays au monde, vous avez des lobbys. Malheureusement notre système électoral favorise une lutte à deux et donc des alliances pré-électorales. La réalité, c’est que le leader d’un parti peut devenir PM avec 37 % des voix, voire moins. C’est un drame.  S’il y avait une dose de proportionnelle telle que le demandait le MMM, cela aurait encouragé chaque parti politique à aller seul aux élections et contracter, si besoin est, des alliances post-électorales. C’est le cas dans la plupart des démocraties. C’est cela le problème. Le système électoral.

Bien sûr, le MMM aurait préféré aller seul aux élections et présenter un Premier ministre issu du MMM. L’idéal serait que l’appartenance ethnique de ce Premier ministre ne compte pas. Pourquoi chaque Mauricien ne peut-il pas avoir la même aspiration au poste de Premier ministre ? C’est illogique. De quel droit certains se revendiquent-ils «premier ministrable» ? Pourtant la réalité à Maurice, ce sont seulement deux familles ! Deux familles en 54 ans ! Vous vous rendez compte ? Vous me parlez de la réalité. La voici la réalité. Ces deux familles ont été élues démocratiquement. Donc c’est le choix du peuple. Ce n’est pas une monarchie imposée. Le peuple a choisi deux familles pendant 54 ans ! C’est un comble, vous ne trouvez pas ?

Ganoo avait présenté une motion pour réduire la taxe sur les carburants. Son silence aujourd’hui est écœurant.

Le MMM n’a essayé de rompre cette hégémonie qu’en 2010 et 2019 !

Ô que non ! 1983, 1987, 2010, 2019 ! Le MMM est le seul parti qui a osé se présenter seul à quatre élections. Le MSM qui a dirigé ce pays durant tant d’années ne l’a jamais fait.

Si en 2019…

(Il prépare sa prochaine ironie en riant tout en parlant). Non. Il y avait Obeegadoo, Ganoo, Collendavelloo. Vous êtes méchant en ignorant ces grands noms de la politique.

Je parlais des trois grands partis…

(Il continue sur sa tonalité sarcastique). Arrêtez. Vous insultez tous ceux que je viens de citer. Il y a aussi Tania Diolle. Ce n’est pas bien ce que vous faites. (Et il sourit pour marquer la fin de sa réponse).

Donc. Tout ça pour dire que le MMM est d’accord pour «pez néné bwar dilwil» avec le PTr ?

Je n’utiliserai aucun propos insultant.

Mais ce n’est pas insultant du tout. C’est une belle métaphore de notre beau «kreol».

(Il nous montre la paume de sa main). Non, non. Je n’aime pas cette expression. Le MMM constate que le pays est en déroute totale. Tout va mal. C’est la faillite totale. De la police à la MBC en passant par la banque centrale et j’en passe, c’est une catastrophe. En tant que patriotes, que devrions-nous faire ? Camper jalousement sur notre position, scander «le MMM seul contre tous» et favoriser potentiellement Pravind Jugnauth dans une lutte à trois ? C’est ça votre proposition ? Être patriote, ratisser large, unir l’opposition implique des concessions. N’oubliez pas que l’objectif ne s’arrête pas à gagner les élections. Diriger et redresser le pays après les élections est encore plus important. Pour cela, il faut une grande adhésion populaire. C’est cela notre motivation. N’allez pas croire que Bérenger est amoureux de Ramgoolam. Loin de là. Les forces et les faiblesses de ces deux-là sont connues de tous. Aujourd’hui, c’est une unification de convenance. C’est un arrangement pour le bien du pays.

Vous êtes avocat d’affaires mais en vous écoutant avouer que vous êtes condamné à vous allier au PTr, vous avez déjà cédé tous vos pouvoirs de négociation. Le MMM semble déjà en position de faiblesse.

Je ne suis pas d’accord quand vous employez le mot «condamné». Dès le début des discussions entre Paul Bérenger et Navin Ramgoolam, il était convenu que le MMM souhaite une unité de l’opposition, mais pas à n’importe quel prix. Le MMM se sent très à l’aise au sein de l’entente de l’Espoir. Nous souhaitons certes un arrangement avec le PTr, mais pas à n’importe quel prix.

C’est déjà cher payé non ? Vous avez cédé sur votre unique revendication en 2021 qui était «non à Ramgoolam». Vous risquez désormais de céder à tous les «whims and caprices» du PTr.

Du tout ! Vous commettez une erreur. Vous faites une fixation sur Ramgoolam. Vous voulez que je vous répète tout ce que j’ai dit jusqu’ici ?

Non merci, ça ira.

Permettez quand même que je précise que, si les négociations avec le PTr échouent, nous irons bien vers une lutte à trois aux prochaines élections avec les risques que cela comporte. Mais c’est dommage que vous fassiez une fixation sur le Premier ministre, car le gouvernement est tout aussi important. Voyez Pravind Jugnauth. Il est médiocre, il est à blâmer mais c’est aussi tout son gouvernement qui est à blâmer. Je ne sais pas comment Alan Ganoo se regarde dans le miroir tous les jours ! Il avait présenté une motion à l’Assemblée nationale pour demander la baisse du prix du carburant. Aujourd’hui, il est ministre du Transport et il se tait alors que la taxe sur l’essence étrangle littéralement la population. Les bus, taxis, vans scolaires, PME, pères et mères de famille, toute la population est étouffée par le prix des carburants pendant que Ganoo ravale ce qu’il avait dit quand il était dans l’opposition ? Donc tout le gouvernement compte. En songeant au prochain gouvernement, je vous invite à considérer toute l’équipe gouvernementale qui rassemblera les meilleurs éléments de tous les partis d’opposition. Juste parce que certains ont des réserves sur l’identité du Premier ministre, on continue avec le MSM ?

Cette alliance passera-t-elle par toutes les étapes du MMM, régionales, comité central, BP, assemblée des délégués ou bien elle sera imposée ?

Le MMM est le seul parti dont les instances fonctionnent démocratiquement et on en est très fier. Le BP se réunit toutes les semaines. Le comité central et les 20 régionales se rencontrent chaque quinzaine ; l’assemblée des délégués se réunit pour prendre les décisions importantes. Nous n’allons pas déroger à ce principe. Que ce soit clair, ce n’est pas une alliance Ramgoolam-Bérenger. C’est le souhait de la base du MMM. Voilà pourquoi nous sommes en train, au moins, d’essayer de rallier toutes les forces de l’opposition.

Quand Ivan Collendavelloo prétend que la rue La Poudrière (QG du MMM à Port-Louis) ne fonctionne pas et que c’est Riverwalk (adresse de Bérenger et Ramgoolam) qui décide, c’est faux ?

Ce n’est pas vrai du tout. En s’attaquant au MMM comme il l’a fait, Ivan Collendavelloo croyait sans doute qu’il allait revenir dans les good books de Lakwizinn, mais ça n’a pas marché. Il est toujours exclu et il n’a pas réintégré le cabinet. Mo pa gagn traka Collendavelloo, sori. Mon inquiétude, c’est la population. Ce sont nos aînés qui n’arrivent pas à s’acheter leurs médicaments et par-dessus tout, le gouvernement ne les paie pas au début du mois. Il a fallu qu’on soulève un tollé pour que la pension soit payée à une date convenable. Ma priorité, c’est la population qui souffre et qui a des attentes.

Je ne sais pas qui finance le MMM et je n’ai pas envie de le savoir.

En parlant d’attentes de la population, l’Espoir a présenté un résumé de son futur manifeste électoral pour les municipales. Excusez, mais je le trouve creux et peut-être même trompeur. Certaines mesures dépendent du gouvernement central.

(Il nous interrompt). Vous trouvez ça normal que la MIC distribue Rs 80 milliards aux gro palto alors que les PME souffrent, et que le salaire minimum n’augmente pas ? Ne pensez-vous pas qu’il est temps que le gouvernement distribue aux PME pour que celles-ci augmentent les salaires de leurs employés qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts ?

Justement ! Même si vous remportez les municipales 120-0, comme le MSM l’a fait en 2015, vous n’aurez pas le pouvoir d’appliquer cette mesure.

Vous pensez ? Moi je crois que s’il y a un raz-de-marée de l’opposition, le gouvernement cèdera aux demandes du peuple. Après tout, quand un peuple veut renverser un gouvernement, fer sa ki ou oulé, sot kot ou anvi, li pou arivé.

L’écologie est absente de ce programme…

(Il nous interrompt encore). Au MMM, nous sommes très à cheval sur l’écologie et…

Attendez que je finisse ma question. Alors que le pays est sujet aux inondations et autres «flash floods», votre programme propose le nettoyage des drains. N’est-ce pas tout notre modèle d’urbanisme qu’il faut repenser ?

Je suis entièrement d’accord. Mais n’oubliez pas que le MMM a créé une commission qui se penche exclusivement sur le développement durable et l’écologie. De plus, Joanna Bérenger, qui représente cette commission à l’Assemblée nationale, questionne systématiquement Kavi Ramano, un ex-MMM qui est lui aussi décevant à son poste. Et ce qu’on a comme réponse : des ricanements envers Joanna Bérenger. De retour de la COP26, le Premier ministre lance l’exploitation des fossil fuels. Il n’y a aucune cohésion dans la politique environnementale du gouvernement, s’il y a bien une politique environnementale.

Mais il manque un peu de profondeur dans tout cela, Reza Uteem. Le développement durable n’est absolument pas possible quand les pollueurs financent les partis politiques. Les pollueurs, ce sont les grandes entreprises, ou encore celles qui produisent les bouteilles en plastique et financent tous les partis, dont le MMM. Finalement, j’accorderai plus de crédibilité aux extrémistes de gauche et extrémistes écologistes que l’on prend un peu pour des fous.

La bottom line, c’est le leadership. Un leadership fort peut résister aux lobbys. Le MMM dénonce, depuis des années, la money politics. Voyez tout simplement qui sont les bénéficiaires de la MIC. Demain je ne serai pas étonné qu’ils retournent l’ascenseur aux partis au pouvoir.

Ceux qui ont bénéficié du MIC ne sont pas également des donateurs du MMM ?

Je ne sais pas. Je ne suis pas trésorier et je ne sais pas qui sont les donateurs du MMM.

Ah bon ? Vous devriez savoir non ? Ce n’est pas censé être tabou ?

Je sais que nous avons un trésorier qui assume ses responsabilités. Tous les dons que nous recevons sont déposés dans un compte en banque au nom du MMM, et tous les paiements sont effectués à travers ce compte. Si vous me demandez les noms des financiers du MMM, franchement, je ne sais pas et je ne m’y suis jamais intéressé. Je sais que les militants contribuent de leur poche. Nous n’avons pas de Sun Trust et n’avons pas de grands moyens.

Vous surveillez les finances du gouvernement au PAC, et vous ne connaissez pas les finances du MMM !

Je n’ai aucune raison de le savoir.

Mais il y a justement le danger des lobbys.

Oui, mais moi je n’ai pas envie d’être redevable à qui que ce soit. Je crois que ceux qui financent le MMM le font parce qu’ils croient à nos idées. Quoi qu’il en soit, quand je serai au gouvernement, je ne cèderai à aucun lobby, même si ce lobby a financé le MMM. On est transparent dans notre politique et notre programme.

Ce n’est pas transparent quand le président du parti ne sait pas qui a donné combien au parti…

À chacun ses responsabilités. Je ne suis pas trésorier. Je ne vois pas le problème.

Le problème, c’est le risque de retrouver Rs 220 millions dans le coffre-fort du trésorier !

Ça m’étonnerait. Nous savons à quel point c’est difficile d’un point de vue financier pour nous d’organiser des événements. Chaque bureau régional est autonome. Le parti central ne finance pas les régionales qui sont financées par les militants eux-mêmes. Quand viennent les élections générales, c’est un fait que tous les partis politiques reçoivent des financements, mais je n’ai pas, en toute franchise, cherché à savoir qui sont les donateurs.

Vous aviez dit plus tôt que le plus important c’est de rallier les meilleures compétences de l’opposition. «Shakeel Mohamed is then an asset or a liability» ?

Je n’ai rien à reprocher à Shakeel Mohamed. Il fait son travail, il est membre du PTr et c’est au PTr de gérer ses dossiers à l’interne.

Vous avez vu à quel point la dispute publique entre lui et Roshi Bhadain a nui à l’opposition ?

Je ne vous suis pas. Je ne vois pas comment cela a nui à l’opposition.

Sérieusement Reza Uteem. Deux têtes d’affiche de l’opposition – la même que vous voulez rallier – sur un plateau radio, avec l’un qui lance «to ti anbas Pravind so lamé», et l’autre qui répond «tonn anbras Ramgoolam so Rolex», cela nuit à l’image d’unité de l’opposition, non ?

C’est à moi de vous dire «sérieusement». (Il prend un air nonchalant). Dans un couple, il y a des disputes. Dans une famille entre frères et sœurs, il y en a. C’est le propre de l’être humain. Entre les fortes personnalités, les clashs sont inévitables. Je clashe avec ceux de mon propre parti. Cela ne veut pas dire que quand l’intérêt supérieur de la nation et du parti doit primer, je ne peux pas mettre de côté ces différends. L’opposition de points de vue est la base même d’une démocratie et n’empêche pas les collaborations pour le bien du pays.

Si dans l’intérêt supérieur de la nation, il faut que Shakeel Mohamed soit sur le «front bench» du gouvernement l’Espoir-PTr, vous êtes OK avec ça ?

Je n’ai absolument aucun problème. On ne sait même pas qui fera partie du front bench. On ne connaît pas encore les modalités de l’alliance, qui occupera les postes de responsabilité, combien d’investitures tel ou tel parti aura droit. On n’a rien décidé, rien finalisé. Paul Bérenger l’a dit : «Nothing is agreed until everything is agreed». Et ce n’est certainement pas à travers la presse que Paul Bérenger et Navin Ramgoolam vont négocier au nom du PTr et de l’Espoir.

Roshi Bhadain a dit cette semaine qu’il annoncerait une décision politique majeure. Vous l’avez entendu dire cela ?

Oui, j’ai écouté sa déclaration comme tout le monde. Mais je l’ai aussi entendu dire qu’il se sent très à l’aise au sein de l’entente de l’opposition et que tout marche très bien au sein de l’entente de l’Espoir.

Dans ces mêmes colonnes, Rama Valayden a demandé à Roshi Bhadain de quitter la plateforme de l’Espoir en arguant que si Pravind Jugnauth remporte les élections de 2024, ce sera la faute à Ramgoolam et Bérenger.

Monsieur Valayden est libre comme tout Mauricien à avoir et à exprimer son opinion. Mais je note que Monsieur Valayden ne propose aucune alternative. La réalité, c’est que le leader du PTr aujourd’hui s’appelle Navin Ramgoolam et le leader du MMM s’appelle Paul Bérenger. Et les deux leaders jouissent du soutien de leur parti respectif.

La mobilisation citoyenne menée par Rama Valayden, Bruneau Laurette ou encore Dev Sunnassy va-t-elle causer du tort à l’opposition en divisant les votes ?

Nous sommes là pour rassembler et pas diviser. Si Monsieur Valayden, Bruneau Laurette, et (il cherche le nom)… l’autre c’est qui ? (et il esquisse un sourire)

Dev Sunnassy. Vous faites exprès…

Non, je vous assure, ça m’a échappé. Donc si ceux-là proposent une autre option, oui, ils feront le jeu du gouvernement. Chaque vote contre le gouvernement qui ne se concentre pas vers un bloc résonnera comme Music to the ears of Pravind Jugnauth.

Rama Valayden a dit oui au PTr et à l’Espoir sans Ramgoolam et Bérenger. Vous n’allez pas donner suite ?

Je vous l’ai dit. Le leader du MMM, c’est Paul Bérenger et celui du PTr, c’est Navin Ramgoolam. C’est au MMM et au PTr de décider des rôles qu’ils veulent attribuer à ces deux-là. Ce n’est pas à Monsieur Valayden et consorts de décider de cela. Cela dit, je dois reconnaître et apprécier le travail abattu par Rama Valayden au sein des Avengers dans l’enquête sur la mort de Kistnen. C’est dommage que jusqu’à présent l’assassinat de cet ex-agent du MSM reste impuni et la police ne semble nullement intéressé à le résoudre. Voilà dans quoi patauge le gouvernement de Pravind Jugnauth !

Parlons du rapport du Public Accounts Committee. Les parlementaires de la majorité étaient présents à la conférence de presse où il était question du «mismanagement» du gouvernement. Cela a été difficile de les convaincre ?

Du tout ! Il y a eu une très bonne entente au sein du comité. C’est un rapport qui a été préparé collégialement par les neuf membres – cinq du gouvernement et quatre de l’opposition – et c’est un rapport adopté à l’unanimité par les neuf membres. Il était tellement naturel et logique que Naveena (NdlR : Naveena Ramyead) se retrouve à mes côtés pour présenter le rapport. En fin de compte quand il y a mismanagement des fonds publics, cela devrait interpeller tous les politiciens. L’unité du PAC pour la dénoncer me réjouit. Cela ne pouvait être autrement quand le comité a découvert qu’un enfant a été abandonné pendant 113 jours à l’hôpital et que nous avons interrogé ensemble la responsable de la Child Development Unit. C’est le genre de problèmes qui choquent tout le monde, peu importe sa couleur politique.

Donc la démocratie fonctionne. Pravind Jugnauth n’est finalement pas aussi dictateur que ça. Il aurait pu demander à ses députés de ne pas être présents et de ne pas aider l’opposition à nous faire «perdi pwin».

C’est parce que vous pensez que le PAC, c’est l’opposition. Les membres de la majorité parlementaire sont majoritaires au sein du PAC. Simplement, par convention, le président est issu de l’opposition. Nous avons effectué un travail honnête. Vous verrez dans le rapport que nous citons verbatim ceux que nous avons interrogés. Les membres du gouvernement sont autant que moi choqués de ce qu’ils ont appris lors des auditions.

Quel est le devoir des cinq membres de la majorité après avoir été témoins de tout cela ?

Ils doivent se tourner vers les ministres concernés et leur demander de prendre les mesures qui s’imposent pour qu’il y ait moins de gaspillage et plus d’efficacité. Voilà pourquoi il faudrait un débat à l’Assemblée Nationale sur le rapport du PAC. Comme ça, chaque ministre aurait pu défendre son ministère ou bien s’aligner sur les observations du PAC. Le PAC n’auditionne aucun ministre mais seulement les fonctionnaires.

À la fin de ce cheminement, après avoir vu et entendu un fonctionnaire dire que le ministre Jagutpal lui donnait des instructions verbales pour l’achat d’équipements et de médicaments anti-Covid, vous pensez que le regard de ces cinq membres de la majorité sur le ministre Jagutpal a changé ?

Il faudra leur poser la question. Mais je pense que chaque Mauricien réalise la portée de telles confidences d’un fonctionnaire alors que le même ministre a dit à l’Assemblée nationale que ce sont les fonctionnaires qui ont pris les décisions. Un des deux ment forcément et les autorités doivent enquêter. Nous avons confirmé ce qu’a dit le bureau de l’Audit, c’est à dire que l’argent a été mal dépensé, nous n’avons pas obtenu value for money, nous avons acheté des masques et des équipements médicaux de ceux qui n’avaient aucun track record sans même négocier les prix. Dans le cas de Pack & Blister, les fonctionnaires ne savent même pas d’où vient Pack & Blister. Vous voyez quelqu’un du gouvernement ou de l’ICAC, par exemple, s’intéresser à ça ? Hélas, non ! Notre travail s’arrête au moment où nous déposons le rapport à l’Assemblée nationale. Que chacun assume ses responsabilités !

Changeons du sujet. «Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras», c’est ce qui a motivé le surprenant retrait de la pétition électorale d’Arianne Navarre-Marie ?

Du tout. Le MMM a toujours été guidé par des principes. On ne conteste jamais une élection just for the sake of contesting it. Nous avons contesté les élections parce que nous avons vu des irrégularités avant, pendant et le jour du counting. Nous avons demandé des recounts au numéros 1 et 19. Après avoir établi les irrégularités dans une fiche récapitulative truquée, qu’avons-nous vu ? Un bulletin du numéro 1 dans une urne du numéro 19. Ce bulletin contenait trois votes au MMM, dont Ariane Navarre-Marie. C’est donc établi que des bulletins avec des votes au MMM manqueront dans un éventuel recount au numéro 1. Tout l’exercice est faussé. Ajoutez-y le fait que 73 bulletins ont disparu du numéro 19. On ne peut plus continuer cette mascarade. Vous vous rendez compte que la commission électorale n’a même pas daigné présenter des excuses pour les bulletins qui manquent, la recapitulative sheet truquée, le bulletin du numéro 1 au numéro 19 ? Elle aurait pu au moins reconnaître que «nou finn fote». Non, pour elle, c’est «kot nou finn fote ?» L’histoire retiendra le rôle de Monsieur Irfan Rahman.

En passant, heureusement qu’Adebiro a perdu le «recount» au numéro 19. Sinon vous vous seriez battu pour quelqu’un qui, une fois élue, aurait quitté le MMM.

J’en suis très attristé. Je m’étais battu pour qu’elle obtienne une investiture dans un bastion du MMM ainsi que Neetin (NdlR : Neetin Jeeha, lui aussi démissionnaire) parce que ce sont des militants. Mais aujourd’hui, c’est le règne de la money politics. Nous avons des politiciens asté vandé et c’est très mauvais pour la démocratie.

Il fait bon de quitter le MMM, cependant ? Ganoo, Obeegadoo, Collendavelloo, Ramano, Diolle sont…

(Il nous interrompt) Je dors bien le soir. Tous ceux que je croise dans la rue me respectent parce que j’ai des principes et que je ne les ai pas vendus pour un poste de ministre ou de PPS. J’ai été élu militant, et je resterai militant. Maintenant pour tous ceux que vous venez de citer, je n’aurais rien eu à redire si ces gens-là appliquaient la philosophie du MMM. Je les aurai salués. Je vous ai parlé de Ganoo et du prix du carburant. Ensuite, vous connaissez le combat du MMM pour les opprimés et les sans-abri. Un Obeegadoo (il grimace pour montrer son aversion) va faire bulldozer des maisons de squatteurs ? Ça me fait mal au cœur. Après avoir porté les valeurs militantes, ils se laissent gagner par la pourriture. Où va-t-on ?

En parlant de valeurs militantes, l’une d’elles est le rejet des dynasties en politique. Joanna Bérenger peut-elle légitimement aspirer à être leader du MMM ?

Tout le monde au MMM peut légitimement aspirer à servir son parti et le pays au plus haut niveau. Je porte moi-même le patronyme Uteem. Mon père a été député, ministre, président de La République. Est-ce que Reza Uteem, élu trois fois de suite, est devenu président du MMM et du PAC, grâce à Cassam Uteem ?

Le patronyme n’aide pas ?

Le fait que j’ai grandi dans une famille militante et que j’ai été inspiré par la sagesse, la droiture et l’honnêteté de mon père m’a certainement préparé à affronter un électorat. Mais le patronyme ne suffit pas. Et plus votre patronyme est résonnant, plus le fardeau est lourd à porter, car les attentes sont encore plus grandes. Cela s’applique à moi. Cela s’applique à Joanna.

Vu comme ça, Pravind Jugnauth, fils du mythique sir Anerood, ne se débrouille pas trop mal.

Je ne crois pas qu’il se débrouille. Il mène le pays à sa perte.

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