Alain Ramanisum: «La mor péna lodér, péna lér»

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Parce qu’il évolue dans le monde des fêtes et de l’amusement, on ne connaît que sa bonne humeur et sa joie. Pourtant, c’est un homme complètement abattu que nous avons rencontré. Alain Ramanisum vient de subitement perdre son batteur, son bras droit, celui qu’il considère comme son frère. Xavier Figaro avait 34 ans, il n’avait aucun antécédent médical sérieux, et il a succombé à un malaise cardiaque. Lors de la veillée mortuaire, Alain Ramanisum a pris son courage à deux mains, pour se confier à «l’express»

Permettez d’abord que toute la rédaction de l’express vous adresse ainsi qu’à votre épouse ses sympathies…
Merci, c’est important. On ne rend pas compte à quel point dans de pareils moments, chaque soutien compte. Je remercie tous ceux qui sont là ce soir. Ceux qui ne sont pas là et qui nous ont envoyé des messages de là où ils sont partout dans le monde. Nous avons reçu beaucoup de soutien. Mon téléphone n’arrête pas de sonner.

Xavier Figaro c’était qui ?
(Il pousse un grand soupir et réfléchit 10 bonnes secondes) Vous excuserez les petites erreurs de dates et de périodes. Tout est tellement confus. Je viens de perdre mon batteur, mon frère, mon soldat, mon bras droit. Xavier était adolescent quand on s’est lié d’amitié, il devait avoir entre 14 et 16 ans. Ses parents allaient émigrer, et lui il a refusé. Il a dit à sa famille, «je vais rester ici, je vais jouer avec Alain, je vais faire carrière dans la musique». Pourtant, il venait à peine de rejoindre le groupe. On jouait simplement dans un pub à Pereybère. Il a continué son cheminement à mes côtés jusqu’à ce que la musique devienne mon métier. Les gens ont commencé à nous prendre au sérieux, et nous avons fait nos premiers voyages à Rodrigues et La Réunion. Puis c’était la France, l’Angleterre, la Suisse, et beaucoup d’autres pays.

À un moment je lui ai dit de travailler avec moi, même quand nous n’avions pas de scène ou quand je chantais en playback. Il était devenu mon assistant, il répondait à mes appels, calait nos scènes. Xavier est devenu un membre de la famille. Mes parents le considéraient comme leur fils. C’était mon frère et celui de Laura (NdlR : Laura Beg, l’épouse d’Alain Ramanisum).

Et il habite juste à côté ?
Oui, dans la même cour, chez moi. Depuis quatre mois il occupe cette maison là où est exposée sa dépouille. Il est venu ici avec sa femme, son enfant de 3 ans dont je suis le parrain. Xavier c’est la famille, vous comprenez ? Tonbé lévé nou inn ansam.

Quand il a commencé avec vous, Xavier était déjà le bon batteur que l’on connaît aujourd’hui ?
Il débutait. Il n’avait pas encore le niveau pour enregistrer en studio avec un métronome. Il a travaillé dur. Et le premier album sur lequel il m’accompagne c’est l’album I Love You. Depuis sur tous mes albums, c’est lui à la batterie. Vous savez, quand on enregistre un album, c’est la batterie qu’on enregistre en premier. C’est donc mon premier musicien. Parallèlement on s’est tout partagé, nos souffrances, notre amitié.

Comment avez-vous appris la mort de Xavier ?
Depuis trois mois j’étais en tournée en France et en Europe. Je lui parlais tous les jours. Je lui disais ce que je faisais à la minute près. Je rate souvent mes vols, et il me disait à chaque fois, «wai to pé vini lot semenn la ?» Et je lui réponds, «monn rat vol la» et on rigolait. Mardi, le jour de son décès, vers 17 heures, heure de Maurice, on s’est parlé. Il ma dit, «frer to pé vini la ?» Je lui ai dit oui, c’est bon je rentre bientôt. Je lui ai demandé d’organiser une sortie en mer pour que tout le groupe Ravanna se retrouve ensemble à mon retour. Il m’a dit qu’il s’occuperait de la voiture qui viendrait me récupérer à l’aéroport. Deux heures plus tard, on m’appelle, on me dit que Xavier est décédé. (long silence)

C’était une souffrance atroce. J’ai très peu parlé depuis. Je m’excuse auprès de tous les journalistes qui m’ont appelé. Je ne leur ai pas répondu, car je ne pouvais pas parler. Là avec vous je prends mon courage. On est jeudi, je suis arrivé à Cassis ce matin à 9 heures. Ce n’est qu’à 17 heures que je suis allé me recueillir devant la dépouille.

La dépouille est à 15 mètres de votre maison…
Oui, juste là, dans la prochaine maison dans ma cour mais je ne pouvais pas. Je n’étais pas prêt. Ce n’est pas facile de voir un ami de 34 ans sur un canapé. D’habitude quand je rentre, il est là, il m’attend, on rit, on mange. Là je rentre pour voir sa dépouille ; il me fallait du temps. Je n’ai pas de mots.

Je suis rentré avec une grande tristesse. C’est une partie de moi que je perds. Vous savez, les amitiés qui se construisent dans le monde de la musique ne sont pas comme les autres. La nature du métier, le temps que l’on passe en backstage, les joies de la scène, des répétitions, des studios, sont des moments exceptionnels. Maintenant quand cet ami musicien est votre soldat, votre bras droit, votre frère, voilà pourquoi j’aimerai que vous souligniez cela dans votre article. Ecrivez que j’ai dit que Xavier est irremplaçable. Ne me demandez pas qui sera le prochain batteur du groupe. Xavier est irremplaçable. Ce n’était pas juste un batteur. Pas juste le batteur. Il était le son, le cœur, le sang, la solidarité, la vision du groupe.

Lin s’en est allé très jeune. L’animateur Guillaume Domingue dont vous étiez mutuellement des fans, aussi. Quel regard jette-t-on sur la mort quand on est dans le business de l’amusement ?
La mor péna lodér, péna lér. Ça me fait peur. Je ne sais pas de quoi mon demain est fait. Voilà pourquoi il faut passer du temps avec ceux qui nous sont chers. On ne connaît pas notre heure. La mort n’a pas d’âge. Elle prend n’importe qui, n’importe quand. Je ne sais pas si j’ai raison de dire cela ou bien si c’est parce que je suis confus, mais avec la mort de Xavier, j’éviterai peut-être de me faire des amis, de m’attacher aux gens. Ça fait trop mal quand ça se termine comme ça. Je peux moi-même mourir demain et cela fera tellement mal à ceux qui m’aiment.

Vous avez pris le temps de pleurer et laisser éclater vos sanglots ?
Je n’ai pas eu à prendre le temps pour cela. Je ne fais que ça depuis que j’ai appris la mort de mon soldat. Mardi et mercredi, j’ai pleuré. Sur le vol retour de France j’ai pleuré. Je ne fais que ça. Je demande à Dieu de me donner le courage de comprendre et d’accepter que la vie peut s’arrêter demain et qu’une nouvelle page peut commencer. C’est ma seule prière. J’ai pleuré la mort de ma maman, celle de mon père, mais là je pleure pour mon frère de 34 ans. D’habitude c’est Xavier qui m’encourage quand j’ai un problème. Et là j’ai un gros problème.

Laura est un soutien…
Oui. Un grand soutien. Elle souffre aussi. Elle perd un frère.

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