Achat d’hélicoptère: plus d’un milliard de roupies pour un Dhruv qui n’a pas fait ses preuves

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Le «Dhruv» est fabriqué par Hindustan Aeronautics Limited, compagnie à laquelle Maurice fait confiance depuis 2005. © DECCAN HERALD

Le «Dhruv» est fabriqué par Hindustan Aeronautics Limited, compagnie à laquelle Maurice fait confiance depuis 2005. © DECCAN HERALD

Maurice a récemment fait l’acquisition d’un «Dhruv» au prix de 25 millions de dollars. Un achat qui soulève des questions quand on sait que quelques appareils ont terminé dans des crashes ces dernières années et que certains pays n’achètent plus l’hélicoptère et tentent même de s’en débarrasser.

Hindustan Aeronautics Limited (HAL) avait vendu sept hélicoptères à l’Équateur en 2009 à USD 6,4 millions l’unité, soit Rs 276 M. On apprend que Maurice en a acheté un exemplaire à 25 millions de dollars. Le prix a-t-il quadruplé en l’espace de 12 ans ? Même s’il est difficile de faire des comparaisons avec les autres marques, le prix d’acquisition de cet hélicoptère de fabrication indienne surprend.

La qualité est-elle au rendez-vous ? Il faut savoir qu’en 2009, le gouvernement équatorien voulait annuler le contrat et retourner six des sept hélicoptères après le crash d’un des Dhruv. En 2015, trois autres de ces sept Dhruv ont été perdus dans des crashes. Le gouvernement de ce pays d’Amérique latine décide durant la même année de clouer au sol les trois hélicos restants. Avant d’annoncer, en 2016, qu’il compte s’en débarrasser en les mettant en vente. On ne sait pas si ces trois Dhruv ont trouvé preneur ni à quel prix. Répondant à une question parlementaire à New Delhi en 2016, le ministre indien de la Défense d’alors, Rao Inderjeet Singh, reconnaissait que depuis 2002, il y a eu 16 crashes d’hélicoptères Dhruv, onze en Inde et cinq à l’étranger.

HAL n’a pas beaucoup exporté ses Dhruv, sauf aux Maldives, au Népal et trois à la Turquie. Israël en a pris un mais en location. La plupart des ventes de HAL se concentrent donc en Inde et plus précisément par l’armée. Contrairement à Israël, pays pourtant riche qui a loué un Dhruv, Maurice a jugé bon d’en acquérir un flambant neuf au prix tout aussi flambant. Et il fait toujours confiance à HAL depuis 2005. Qu’il est loin le temps où notre pays se contentait d’appareils de seconde main, à beaucoup moins cher !

Pourquoi investir plus d’un milliard dans un hélicoptère alors que cet argent, qu’il soit emprunté ou pas, aurait pu servir à d’autres projets plus importants et urgents, surtout à l’heure où l’économie du pays peine à se relever ? Aucun débat n’y sera consacré, le Parlement étant en vacances. Et à quoi servira cet hélico ? On parle de surveillance de notre zone maritime qui est, rappelons-le, pillée de ses ressources halieutiques par la pêche légale et illégale, malgré la présence d’autres Dhruv. L’hélico assurera également, dit-on, des search and rescue missions en mer. À noter que l’appareil a une portée de 630 km.

En attendant, il pourrait servir à surveiller les citoyens sur terre ou en mer, y compris ceux qui nagent ou font du surf en période de restriction sanitaire, comme on en a été témoin le mois dernier.

Pourquoi chercher le financement de l’Inde ?

Pour un spécialiste de l’aéronautique, c’est une fausse bonne idée que de laisser le pays exportateur financer l’achat de l’hélicoptère. «S’il y avait un appel d’offres comme il faut, on aurait pu négocier un rabais de 50 à 65 % du prix catalogue.» Selon lui, c’est plus facile pour notre gouvernement de négocier avec le gouvernement du pays fournisseur car la transaction échappe alors au contrôle du Parlement et autres auditeurs. Pour notre interlocuteur, on aurait pu même trouver un meilleur deal financier si on l’avait recherché l’emprunt sur le marché financier. «En dépendant du pays fournisseur pour le financement», explique notre interlocuteur «on paie le produit plus cher et on en a un de moins bonne qualité, on encourt des frais de maintenance plus élevés et cela, pour toute la durée du prêt. Et si jamais, on se plaint de problèmes techniques ou autres, on vous ignore.» Notre spécialiste sait de quoi il parle… Un membre de l’opposition, qui a voulu garder l’anonymat, de crainte d’être accusé de faire de l’«India-Bashing», rappelle qu’il y a beaucoup de corruption dans les ventes de matériels militaires, même en dehors de l’Inde. Et à propos de la qualité du «Dhruv», il nous fait savoir qu’avec ses nombreux milliardaires, l’Inde est un des plus gros marchés pour les hélicoptères de marques… américaines ou européennes. «Voyez Mukesh Ambani qui utilise un Sikorsky. Et les autres riches qui font plus confiance à Eurocopter ou Bell qu’au Dhruv.»

SOS helicopte… money

Le communiqué du Conseil des ministres du 14 janvier indique que notre pays, via la SBM (Mauritius) Infrastructure Development Company Ltd, a contracté une ligne de crédit de USD 190 M, soit environ Rs 8 milliards, auprès de l’Exim Bank of India pour le financement du metro et d’autres projets infrastructurels. Si l’achat de l’hélico est inclus dans ce deal, il va sans dire que ces millions de dollars reçus vont très vite repartir vers l’Inde pour payer le «Dhruv», le métro, les constructeurs des projets financés par la Grande péninsule, de même que ses ouvriers. Pourtant, le même communiqué vantait le chiffre de 8,6 milliards de nos réserves en devises étrangères. Éphémères ?

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